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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LA VERITABLE DAME DE FER

Ce que j'apprécie dans la culture asiatique, c’est la notion extraordinaire de " force tranquille ". Cette attitude m’a personnellement toujours fasciné, puisqu’il fut une époque, durant la fin de mon adolescence, où j’ai imaginé pourvoir rejoindre la pensée portée par des courants divers indous, japonais ou chinois. La théorie voulant que la meilleure arme soit la conjonction de la ténacité, de la résistance pacifique, de la sérénité, m’a toujours imprégné même si, dans le quotidien, je n’arrive pas nécessairement à le laisser transparaître. Le Mahatma Gandhi a été, pour moi, un pionnier et un théoricien du " satyagraha ", la résistance à l'oppression à l'aide de la désobéissance civile de masse, le tout fondé sur la totale non-violence, qui a mené l'Inde à l'indépendance. Il a inspiré de nombreux mouvements de libérations autour du monde, et de nombreuses autres personnalités, comme Albert Schweitzer, Martin Luther King et… Aung San Suu Kyi. A l’heure actuelle, la résistance birmane est la seule héritière de ce comportement " politique " au sens premier du terme, qui m’impressionne.
Daw Aung San Suu Kyi est en effet la figure emblématique de l'opposition birmane à la dictature militaire. Elle s’est fait connaître du grand public en recevant le Prix Nobel de la Paix en 1991 pour ses actions non-violentes. Elle est secrétaBurma-3-150.jpgire générale de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), opposée à la dictature en place. Elle ne peut exercer son activité politique, car elle est actuellement emprisonnée par la junte militaire au pouvoir. Cette dame, aussi menue dans son corps que solide dans ses convictions, n’occupe pas trop l’espace médiatique mondial comme ce fut le cas pour Gandhi. Elle ne correspond absolument pas au monde actuel qui n’est fait que de spectacle, de coups d’éclats, de sensationnel. Le combat mené par le Mahatma en Inde ne trouverait probablement aucun écho actuellement. Il aurait suffi qu'on le coupe du reste de la population en l’isolant, comme ce fut le cas durant des décennies pour Nelson Mandela, ou moins longtemps pour Vaclav Havel. La technique n’a pas toujours été concluante, car elle n’évite pas la montée en puissance de la contestation.
Les militaires birmans s’accrochent à cette pratique. Ils pensent que les idées peuvent se mettre en " cage " et qu’elles ne franchiront jamais les murs. Or on sait que tous les remparts ne parviennent jamais à contenir la contestation et surtout en Asie où justement l’attitude " politique " inspirée de Gandhi reste la plus sûr moyen d’abattre les régimes les plus matériellement robustes. Daw Aung San Suu Kyi devrait être pour son comportement exemplaire mise en portrait sur bien des édifices publics français. Elle n’a malheureusement pas de relais réels dans les pays occidentaux, car les liens économiques avec la Birmanie restent prépondérants et donnent au silence prudent des Américains ou des Français, par exemple, une signification toute particulière. Sa force personnelle mériterait pourtant une tout autre considération… dans des pays où la " désobéissance civile " devrait retrouver toute sa valeur dans des domaines cruciaux comme la chasse aux étrangers, décrétée par un gouvernement obsédé par l’adéquation entre ses mesures et l’opinion dominante réputée civique !
SURTOUT LA COUPER DU MONDE
Aung San Suu Kyi est le " fruit " de l’exemple comme l’est aussi Michèle Bachelet au Chili. Fille du leader de la libération birmane, le général Aung San qui, après avoir négocié l’indépendance de son pays en 1947, a été immédiatement assassiné par des rivaux la même année. Sa mère commence à s'engager dans les milieux sociaux et publics pour gagner peu à peu une certaine importance dans le paysage politique du gouvernement des années 50 et 60. Elle est nommée ambassadrice de la Birmanie en Inde, ce qui va permettre à sa fille Suu Kyi d’étudier, après une passage à l’École anglaise catholique de Birmanie, puis termine ses études secondaires au pays de Gandhi. Ce parcours va nettement inspirer celle qui réussira à concilier trois facettes d’une vie complexe : l’héritage parental très fort, le savoir occidental et la puissance morale de Gandhi. En 1988 Aung San Suu Kyi retourne vivre dans son pays, afin de s’occuper de sa mère vieillissante. Cette année-là, le général Ne Win, leader du parti " socialiste " au pouvoir, perd peu à peu le contrôle du pays. Des manifestations éclatent dans tout le pays afin d’obtenir plus de démocratie, elles sont violemment réprimées par l’armée. Une nouvelle junte militaire prend alors à son tour le pouvoir. Fortement influencée par la philosophie non violente du Mahatma, Suu Kyi entre petit à petit en politique afin de travailler pour la démocratisation du pays. Elle devient un symbole du désir populaire pour la liberté politique avant d’être arrêtée… le 20 juillet 1989, le gouvernement militaire lui propose la liberté, à condition qu’elle quitte le pays, ce qu’elle refuse. Elle est mise plus tard en liberté " surveillée " et de fait se retrouve otage du gouvernement le plus répressif et anti-démocratique de la planète qui ne lui épargnera rien, cherchant par tous les moyens (refus de revoir son époux mort loin d’elle, refus de recevoir ses enfants vivant en Grande Bretagne…).
Depuis presque 20 ans elle est " emmurée " médiatiquement, afin que l’opinion publique mondiale ne puisse jamais s’emparer de son cas. Seul le Prix Nobel de la Paix accordé en 1991 va la faire revenir véritablement sur la scène mondiale. Le reste du temps, elle vit dans l’anonymat le plus complet. Elle attend que Bernard Kouchner fasse une déclaration destinée à aller bombarder les palais de généraux sans aucun scrupule ou que Nicolas Sarkozy envoie Cécilia négocier sa libération. Malheureusement il n’y a pas de nucléaire civil à vendre en Birmanie. Ce n’est donc pas pour demain… D’autant que Total a quelques intérêts de qualité dont il ne veut pas trop que l’on parle.
DES SANCTIONS BIDONS
Les sanctions économiques prises contre le régime militaire birman par la communauté internationale, dont les États-Unis, la Chine, la Malaisie, la France, n'ont eu que peu d'effets, ceci étant dû en grande partie à l'inventivité des collaborateurs de la Junte et surtout à la volonté de nombreux pays asiatiques de continuer à promouvoir les échanges économiques avec la Birmanie et notamment en vue des profits générés par les investissements dans l'extraction des ressources naturelles du pays. On peut cependant affirmer que ces sanctions ont eu pour effet de mettre au chômage, du jour au lendemain, plus de… 100 000 personnes, qui travaillaient auparavant dans les usines textiles qui commençaient à émerger dans le pays. Beaucoup des jeunes filles qui avaient un emploi dans ce secteur sont allées grossir les rangs des prostituées de la capitale. En plus de ces résultats peu glorieux, les sanctions ont contribué plus à un appauvrissement de la population qu'à une démocratisation du pays. Les généraux serrent au collet les industriels qui puisent leurs richesses dans le sous-sol birman. De nombreuses voix se sont élevées contre les sociétés comme Total qui, en investissant dans le pays, renforcent la puissance de la junte militaire, et contre les touristes qui accréditent la confiance potentielle que l’on peut mettre dans le système dictatorial actuel. Selon les démocrates, l'entrée de devises étrangères aide en effet le gouvernement actuel et contribue à la généralisation du travail forcé. Tout le monde sait que Total ne se contente même pas de fournir une source importante de devises aux militaires, mais leur apporte surtout une caution morale et politique. Les contrats passés avec la junte militaire comptent, en effet, parmi les plus importants pour la Birmanie (environ 7% du budget estimé de l’Etat). Une procédure judiciaire est en cours en Belgique sur cette collaboration, mais il faut bien convenir qu’elle ne rencontre que peu d’échos en France car elle a été classée… sans suites. Non lieu sur toute la ligne !
DES MOINES COURAGEUX
Aung San Suu Kyi, assignée à résidence depuis plus de quatre ans, est pourtant sortie hier, en pleurs, en compagnie de deux femmes, pour la première fois depuis de longs mois, de sa maison à Rangoon, pour saluer des moines qui manifestaient contre la junte militaire. Alors qu'il pleuvait, plus d’un millier de moines sont restés devant la résidence de l'otage de la junte birmane pendant une quinzaine de minutes, récitant notamment la prière suivante: "Faisons en sorte d'être totalement libérés de tout danger, de toute douleur, de la pauvreté et que la paix soit dans nos cœurs et dans nos esprits". Environ 20 policiers en uniforme avaient auparavant levé les barrières bloquant l'avenue. Ils n'ont pas cherché à interrompre la procession religieuse alors que, généralement, des forces de sécurité bloquent l'avenue où est située la résidence de Aung San Suu Kyi, mais hier, un millier de moines ont pu passer devant sa maison à l'occasion de gigantesques manifestations organisées dans le pays. Ainsi, quelque 10.000 moines bouddhistes défilaient à Mandalay, une ville située dans le centre, dans une des plus grandes manifestations contre la junte depuis l'insurrection pro-démocratie de 1988.
Le mouvement des moines bouddhistes relaye les protestations contre la hausse des birmanie-moines-200.jpgprix de l'essence et pour la première fois, il a exhorté le public à se joindre aux protestations contre le " despotisme militaire " du pays. " Pour bannir le mauvais régime ennemi du sol birman pour toujours, les masses unies doivent avancer main dans la main avec les forces unies du clergé ", a précisé l'Alliance de tous les moines birmans dans un communiqué. On sait peu de choses sur cette organisation, mais ses communiqués sont largement diffusés par le bouche à oreille et par les médias d'opposition en exil. " Nous considérons le mauvais despotisme militaire, qui appauvrit et paupérise notre peuple, dont le clergé, comme l'ennemi commun de tous nos citoyens " démontrant ainsi que la Résistance prend de l’ampleur.
Un silence assourdissant qui revient en échos de nos pays, plus habitués à se demander ce que fait l'opposition que de savoir où elle croupit en détention. La communauté internationale revient régulièrement dire que dans le fond, elle a essayé de la faire libérer, mais que, bon, elle n’a pas réussi, et qui retourne vaquer à ses occupations mercantiles. Comme si la Birmanie finalement n'existait pas, comme si c'était un non lieu comme celui obtenu par Total le 28 mars dernier, elle qui était accusée par quatre birmans de " soutien logistique et financier à la junte militaire, responsable d'actes de torture, de déplacement forcé de population et de travail forcé ". 
Un non lieu, comme l'État Kayah, au nord-est de l'État Karen (Kayin), que le ministère des affaires étrangères dans ses " conseils aux voyageurs " sur son site internet déconseille de visiter suite à des rébellions fréquentes. Et pour cause, cela fait 40 ans que les Karens  combattent les généraux en place. Environ 120.000 d'entre eux ont fui la répression birmane depuis 15 ans, et vivent dans des camps où le dénuement est à l'aune des aides internationales, le long de la frontière thaïlandaise, qui tente de refouler ces réfugiés. Mais comme on n’a rien à leur vendre, et que l’Emir du Qatar n’a rien à y gagner, on se contentera de quelques images furtives lors d’un Jité de nuit. Il ne faut pas donner des idées au peuple, au cas où il s’inspirerait de l’exemple de Gandhi ou de Aung San Suu Kyi. On ne sait jamais.
Mais je déblogue…
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Y
Decidemment mauvais temps pour Kouchner qui a "blanchi" Total en Birmanie pour 25 000 € (selon ses dires ). Triste personnage il est devenu.Quant à Aung San Suu Kyi et les moines qui sont venus la soutenir ils me donnent encore espoir en l'Humanité. A surveiller de très près que leur geste non violent puisse renverser des montagnes (et la junte militaire en passant). Eux sont de véritables Heros mais en même temps de simple gens.La non violence est la véritable révélation du 20ème siècle et transformera le monde pendant des siècles encore je l'espère.
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