l y a du Matamore qui pointe derrière les déclarations récurrentes des collaborateurs de Nicolas Sarkozy. Ils tiennent des discours ambivalents, aboyant comme ces roquets hargneux guettant le facteur pour ensuite se rouler au sol pour recevoir une caresse du maître. Il faut avouer que cette comparaison va assez bien à quelques éminences plus ou moins grises puisque le personnage de Matamore est d’origine espagnole (tueur de maure) même s’il est l’un des plus célèbres personnages de la commedia dell’arte. Ce soldat fanfaron, se targant d'exploits qu'il n'a pas réalisés et qui au fond n'est qu'un poltron porte des vêtements bigarrés et des accessoires, épée et chapeau, de taille exagérée qui dénotent le côté bouffon du personnage. On croit reconnaître parfois des gens que l’on voit à longueur de journée parader devant micros et caméras. Même que hier, entouré d’une horde de spadassins musclés, discrets et armés jusqu’aux dents, Matamore est arrivé en milieu de matinée, il a fait face aux multiples invectives, répondant à l'un : " Toi, si tu as quelque chose à dire, tu as qu'à venir ici! ", ou lançant, énervé, à un autre qui l'insultait: " toi, tu n'as qu'à descendre! "… Un apostrophe qui ressemblait, menton levé vers le ciel à celle du Karcher en d’autres lieux. " Si je viens, on me le reproche, si je ne viens pas, on me le reproche aussi. Moi je viens ", avait-il poursuivi de telle manière que l’on sache bien qu’il était prêt à en découdre si la contestation des pêcheurs éprouvés par un effondrement dramatique de leurs revenus ne correspondait pas à l’effort présidentiel. On était proche du " retenez moi ou je fais un malheur ! "
Ce défi permanent et ce sentiment de supériorité naissant d’une légitimité renforcée par une omniprésence réputé bénéfique transparaît de plus en plus dans les rodomontades sarkozystes. Rachida Dati s’en inspire d’ailleurs fortement comme si elle considérait que son statut d’amie de l’ex-femme lui conférait une autorité particulière. Elle est même partie en tournée dans les régions pour montrer qu’elle teindrait bon face aux gens de robe. Bruno Thouzellier, président de l'Union syndicale des magistrats (USM), syndicat majoritaire en France, a estimé, hier, que " le malaise s'accroît de jour en jour " entre Rachida Dati et les professions judiciaires. Il s'est exprimé à la suite d'un rendez-vous, prévu justement hier matin, entre l'USM et la ministre de la Justice et décommandé à la dernière minute en raison de l'agenda de Rachida Dati, qui accompagne Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis. " Il y a un manque de respect pour nous. La ministre traite les gens de manière très légère ", a déclaré Bruno Thouzellier. Selon lui, " le problème est de savoir ce qu'on privilégie : son ministère ou autre chose ? ". L'annulation du rendez-vous combinée à " une absence réelle de concertation sur les sujets essentiels " comme la carte judiciaire, " ne concourt pas à désamorcer la crise et le malaise très profond qui s'accroît de jour en jour ", a souligné, le président de l'USM. On sent bien que les menaces des Matamore commencent à exaspérer les troupes d’en face.
DES REFORMES BATTUES EN BRECHE
On sent bien qu’il y a les apparences de la démonstration de force et les suites. Par exemple on sent bien que malgré les déclarations du collaborateur en chef, les ministres tentent en ordre dispersé de sauver les meubles. Par exemple alors que Fillon prône l’intransigeance absolu sur le sujet hautement symbolique des " régimes spéciaux " les conducteurs autonomes (Fgaac) de la SNCF ont participé hier à des… négociations avec la direction de l'entreprise ferroviaire publique sur l'application de la réforme des régimes spéciaux de retraite.
Six des huit fédérations de cheminots (CGT, Sud Rail, Unsa, FO, CFTC, CFE-CGC) ont appelé à une grève reconductible à partir du mardi 13 novembre à 20h00 contre la réforme. La direction de la SNCF a invité les syndicats à négocier sur le volet des " avantages conjugaux et familiaux ". Elle les a de nouveau conviés le 12 novembre sur le thème de " l'aménagement des fins de carrière ". C’est un moyen comme un autre de faire un ou deux pas en arrière afin de vider finalement une réforme " dangereuse " de son sens par des négociations directes entre l’entreprise et les représentants les plus accommodants des conducteurs. Le gouvernement ne met pas les doigts dans le cambouis mais il serait étonnant que la Directrice de la SNCF ne sache pas jusqu’où elle peut aller avant de se lancer dans une telle aventure.
La Ministre de l’enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, s'est déclarée de son coté " très attentive " au début de grogne étudiante contre sa réforme des universités, qui se manifeste dans plusieurs facultés à Paris et en province, bien qu'il ne lui paraisse " pas justifié ". Elle a été extrêmement modeste pour calmer le jeu : " Ma réforme (sic) est un socle pour une réforme de cinq ans de l'enseignement supérieur qui vise à améliorer le fonctionnement des universités " et " je regarde très attentivement tout ce qui pourrait se mettre en travers du chemin de cette réforme. " La ministre a réclamé un peu de patience pour que la loi puisse porter ses fruits. En fait on sait déjà que ce qui passait pour une réforme emblématique a déjà du plomb dans l’aile et que la semaine prochaine elle pourrait être conduite à revoir sa copie sous la pression des étudiants en voie de mobilisation. En définitive le seul grand projet sarkozyste qui soit passé sans manifestation d’hostilité aura été le paquet fiscal… car les bénéficiaires sont restés extrêmement discrets.
LA LECON D’INDEPENDANCE
Matamore avant de partir rencontrer celui qui se prend pour le maître du monde, Matamore a lancé un nouveau défi aussi peu maîtrisé que celui qu’il avait dédié aux marins pêcheurs. Cette fois il a apostrophé, s’érigeant en justicier potentiel, le Tchad. " J'irai également chercher ceux qui restent, quoi qu'ils aient fait ", a ainsi lancé Nicolas Sarkozy. " Le rôle du chef de l'Etat est de prendre en charge tous les Français ", a également déclaré Supersarko, deux jours après une visite éclair à N'Djamena d'où il a rapatrié quatre hôtesses de l'air espagnoles et trois journalistes français, inculpés au Tchad.
Après s'être désolidarisé de l'opération de l'Arche de Zoé, le président avait toutefois " souhaité " à N'Djamena que les ressortissants français puissent être jugés en France. Quand on sait (voir chronique de hier) combien le Président Idriss Déby joue sur la nationalisme dans cette affaire pour se refaire une santé politique c’est une énorme maladresse. Annoncer à l’avance qu’il forcera les autorités tchadiennes à capituler et à manger leur chapeau pour renforcer son image de libérateur constitue une marque de " bravitude " inutile. " C'est impossible qu'il y ait une extradition quand on lit la convention de 1976 qui lie le Tchad à la France ", a déclaré Me Philippe Housseini à la presse, dans une " mise au point " après les propos du président français.
" Un des articles de la convention, l'article 49-C, indique que 'l'extradition est refusée quand une infraction est commise en tout ou en partie sur le territoire de l'Etat requis', en l'espèce le Tchad ", a expliqué l’avocat tchadien. " Par conséquent, nous renvoyons les autorités françaises à une bonne lecture de l'article 49 ", a-t-il conclu. Mais probablement qu’à l’Elysée ou chez Rachida Dati personne n’avait lu cette convention signée au temps de Giscard d’Estaing.
Le Ministre de la Justice a même renvoyé avec arrogance Matamore dans son camp : " ce n'est pas le président Sarkozy qui décidera ", a-t-il lancé. " Cette déclaration me semble inopportune dans ce contexte ", a commenté le ministre. " Elle semble reléguer à l'arrière-plan le judiciaire. Si cela est possible en France, (sic) malheureusement cela n'est pas possible au Tchad. C'est les juges qui décident ici (re-sic), ce n'est pas le président Nicolas Sarkozy qui décidera ce que fera la justice tchadienne ", a-t-il poursuivi avec un zeste d’insolence car on ne voit pas à quel comportement peut-il faire allusion. Fermez le ban ! Personne n’aurait osé en France parler ainsi à Supersarko. Même pas un marin pêcheur…
Il en est un qui moins le fier à bras car il sait que c’est lui qui finira un jour ou l’autre par être fusillé pour l’exemple. François Fillon a exhorté, hier , les députés UMP à " une très grande solidarité " avec le gouvernement et les a prévenus qu'ils allaient devoir " attacher leurs ceintures " face aux turbulences sociales de novembre. Face aux mouvements sociaux qui se profilent ce mois-ci, notamment contre la réforme des régimes spéciaux de retraite. Il a compris que quand le ballon gonflable menace de s’écraser au sol on jette par-dessus bord tout ce qui peut alourdir l’aéronef. Fillon après les fêtes de fin d’année ne sera pas probablement balancé dans le vide politique mais par contre il aura à collaborer avec des ministres différents. Il flambe moins que son employeur principal.
Rasséréné par la position de hier soir du bureau national du PS sur le traité simplifié européen, Matamore sait qu’il peut envisager sereinement une nouvelle vague d’ouverture. Il trouvera bien dans le vivier des approbateurs de ce texte des candidats à un poste ou un autre au nom de la nécessité de participer à la " relance européenne ". Sur Marianne on prétend même qu’il y aurait eu une entrevue entre Supersarko et François Hollande le 29 octobre à l’Elysée pour parler… des gosses et de la famille mais surtout pas du traité européen.
Matamore aura enfin quelques jours de bonheur partagé en se rendant à la Maison Blanche. Il y rencontrera le cow-boy qui tire beaucoup plus vite qu’il ne réfléchit. Ce qui dans le fond les rapproche et leur permet d’avoir c’est ce sentiment que le libéralisme consiste à démontrer en permanence sa force et de ne pas se soucier des conséquences pour les faibles. En se basant sur ce principe George Bush a inventé l’ingérence militaire en Irak et Nicolas Sarkozy a innové avec l’ingérence judiciaire. Il reste à savoir comment ce termineront ces deux méthodes de gestion de situation de crise. Il faudra encore patienter un an de plus. Comme l’écrivait l’un des journalistes que je erspecte le plus Bernard Langlois dans son blog : " Sarkozy court. La Cour s’esbaudit. Le bourgeois prospère. Le prolo en bave. L’étranger tremble et souffre. La société du spectacle déroule ses fastes (…) Drôle d’époque ". Ah ! si Corneille revenait quelle belle comédie écrirait-il avant de passer aux tragédies. Il lui donnerait comme titre : " l’illusion comique "... ou "l'illusion tragique".
Mais je déblogue…