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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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L'ENFANT OBJET MALTRAITE

Chacun a son point faible et parfois la vie publique permet, non pas de le révéler aux autres, mais de " se le révéler à soi-même ". Il suffit de se trouver précipité dans un contexte imprévu pour vérifier que nous avons tous des limites. D’ailleurs, c’est souvent méconnu du grand public, des électrices et des électeurs, la fonction de maire conduit à affronter des situations pour le moins déstabilisatrices. Croire qu’il y a similitude de responsabilité entre les premiers magistrats de toutes les communes de France c’est ignorer totalement la réalité. La quasi totalité des élus se retrouvent en effet en direct avec les drames du quotidien alors que seuls, ceux qui atteignent des proportions exceptionnelles, atteignent les autres puisque tout est construit pour qu’ils n’en aient pas connaissance(services performants, cabinet, police municipale…) Ce n’est donc guère étonnant que seulement … 52 % des sortants veuillent actuellement repartir en mars prochain tant la tâche est usant moralement.
Personnellement j’ai eu l’occasion de rencontrer la mort dans une demi-douzaine de suicides, des accidents de la circulation, des décès après malaise ou une longue maladie, des affrontements familiaux, dans la misère noire, la saleté repoussante… et jamais je n’ai trouvé matière à reculer. Et pourtant, malgré ce " blindage " répété, je vais vous surprendre, je ne supporte pas d’entendre un enfant pleurer ou se plaindre. Par déformation professionnelle je ne résiste pas à une situation mettant en jeu l’équilibre et a fortiori la vie d’un petit d’homme. Inutile de chercher à me convaincre que cette marque de faiblesse, dans ma vie quotidienne, n’a pas de fondements logiques, je ne l’accepterais pas. J’ai conservé de mon passage au séminaire laïque (l’école normale) d’une autre époque, un respect absolu pour la fragilité de tout enfant. Les cours de morale professionnelle d’Ernest Monlau, directeur de cette caserne pour hussards noirs de la République sont restés gravés en moi et rien n’est plus précieux que le bonheur d’un jeune. Les seules véritables satisfactions viennent d’ailleurs, dans un mandat électif, de ce que l’on peut leur apporter et un sourire, un petit mot suffisent parfois à ensoleiller une journée. Je ne voudrais que des enfants heureux car dans le fond je ne suis élu que pour eux.
98 000 ENFANTS EN DANGER
Or quelque 98.000 enfants ont été signalés en danger en 2006, soit un millier de plus qu'en 2005, selon le rapport annuel de l'Observatoire national de l'action sociale décentralisée (Odas), publié hier. L'étude souligne que ce résultat reflète la part grandissante des adolescents en détresse. Depuis 1998, le chiffre de l'enfance en danger n'a cessé d'augmenter chaque année pour progresser de 18% en moins de dix ans, selon les enquêtes menées par l'Odas auprès des départements, responsables de la protection de l'enfance. Je n’avais pas besoin de ce résultat pour le constater car il ne se passe pas une semaine sans que je sois obligé, directement ou indirectement, d’intervenir sur la situation plus ou moins critique d’une situation intra-familiale.
Ainsi, ce sont aujourd'hui sept mineurs sur 1.000 qui sont concernés contre cinq sur 1.000 en 1998, souligne l'Odas. " Le nombre d'enfants signalés en danger progresse plus vite que la population de la tranche d'âge correspondante ", explique le rapport publié. Une étude sur les classes d'âge permet de déceler que l'augmentation des signalements en 2006 est liée au public de préadolescents et d'adolescents, poursuit l'Odas. Ainsi, alors que le nombre des enfants âgés de moins de 11 ans diminue de 1.100, celui des 11-21 ans augmente de 2.100. Néanmoins, avec 44% du total des signalements, la part de la population adolescente reste minoritaire.
Comme lors des précédents rapports, les " carences éducatives des parents " citées dans plus de la moitié des situations recensées, et les " conflits de couple et de séparation " (22%) figurent parmi les facteurs de dangers identifiés comme les plus fréquents.
Le facteur de la " précarité économique " augmente cette année : le nombre d'enfants concernés atteint les 15% du total des signalements et arrive en troisième place, avant celui des " problèmes psychopathologiques des parents " (11%). Si la liste n'est pas exhaustive voici quelques situations que j’ai rencontrées en une décennie sans qu’elles soient hiérarchisées. En toute franchise elles mettent toujours l’enfant au centre d’une tornade qui finit par engloutir son avenir.
L’INCAPACITE PARENTALE
Même si c’est contraire à toutes mes conviction, il faut bien reconnaître d’abord qu’il existe des parents qui n'ont pas les capacités intellectuelles suffisantes pour élever leur enfant dans de bonnes conditions. Il s'agit d'adultes mentalement déficient ou mentalement fragiles. Le nier serait faire l’impasse totale sur une situation que personne n’ose aborder. Il manque parfois de tutorat, d’accompagnement, de solutions alternatives entre la tutelle et le soutien. C’est une réalité que d’admettre que des parents ne disposent que de capacités intellectuelles réduites et ne s'attachent pas suffisamment aux apprentissages scolaires de leur enfant (retards, absences en classes….). Ceci pouvant avoir des conséquences désastreuses pour des enfants ayant de réelles compétences non exploitées et provoquer chez eux une forme de maltraitance sociale non prise en charge. Je la rencontre de plus en plus car elle se manifeste avec des comportements agressifs des enfants dans les structures collectives
Les parents vivant dans des conditions matérielles très précaires mais de manière secrète génèrent sans qu’ils ens oient responsables une gêne psychologique grave dans la société de la surconsommation. Même si l'on peut admettre que des enfants grandissent bien moralement, affectivement et scolairement on ne peut accepter qu'ils soient maintenus là où un minimum d'hygiène et de sécurité n'est pas garanti. Or, la encore, la situation se rencontre régulièrement après de longs travaux d’approche. Pour un cas recensé il y en a certainement 2 ou 3 autres qui échapperont trop longtemps à une prise en charge effective car on ne les connaît pas.
Il existe aussi et je suis désolé de l’écrire, des parents qui ne souhaitent pas élever leur propre enfant. Ils le rejettent par exemple parce qu'il n'a pas été conçu dans des circonstances appropriées, ou parce qu'il présente un handicap qu'ils n'arrivent pas à assumer, ou parce qu'ils refont leur vie avec un adulte qui ne veut pas entendre parler de cet enfant ni l'accueillir chez lui. La fameuse recomposition familiale ne va pas sans poser parfois de très gros problèmes. Je vous assure que les cas sont nombreux dans votre voisinage car parfois les apparences soient trompeuses. La situation provoque des dégâts considérables chez les " maltraités " surtout quand leur père ou leur mère " absent " vient se mêler à cette crise pouvant aller jusqu’aux coups ou à la privation de droits fondamentaux de l’enfant. La déchirure d’un couple autour de l’enfant entraîne des lésions plus ou moins graves pour la fille ou le fils. C’est indéniable même si tout se passe pour le mieux ;
L’ENFANT ECARTELE
Autre cas en augmentation constante : les parents, et ceci est valable pour toutes les catégories socioprofessionnelles, qui traversent à un certain moment de leur vie, une grave crise personnelle ou de couple qui déstabilise totalement la vie familiale et rejaillit sur le bien être de l'enfant. Le mal est pernicieux car on fait de la progéniture un enjeu. L’inconscience peut atteindre des sommets de bêtise. En 48 heures j’ai été confronté à deux situations avec des déchirements psychologiquement terribles pour des gamins de moins de dix ans. Le week-end transforme les gendarmes créonnais en juge de pais familiale avec constat de carence de droit de visite, avec non respect des horaires de retour de celui qui est devenu à l’insu de son plein gré un " paquet " que l’on s’arrache.
Les cas de maltraitance intra-familiale évolue encore plus vite. Il n'est pas certains que les actes soient plus nombreux qu'auparavant mais le sujet étant de plus en plus souvent traités par les médias, des campagnes ayant été menées auprès des enfants scolarisés, les professionnels étant beaucoup plus sensibilisés et avertissant plus spontanément les autorités, le nombre de dossiers traités a considérablement augmenté. Les signalements au maire se multiplient dans des lotissements repliés sur eux-mêmes et persuadé que le danger ne vient que des autres. La maltraitance extra-familiale qui est le fait de voisins existe aussi et des " affaires " sont en cours d’instruction sur Créon !
Enfin il faut évoquer le problème des sectes qui existent aussi sur le territoire communal. Il s'agit d'un mode de fonctionnement où parents et enfants vivent au sein d'un groupe souvent coupé du monde extérieur qui suit des règles de vies draconiennes influencées par une pseudo religion. Ces règles sont parfois strictes, souvent dangereuses moralement et physiquement pour les enfants qu’ils transforment en " recrues " pour l’avenir avec impossibilité ultérieure pour les jeunes de raisonner autrement que sous l'influence de leurs parents.
Chaque cas est une souffrance pour les gamins et pour moi. C’est ainsi. Je ne supporte pas que l’on fasse du mal, peu importe la raison, peu importe la motivation, peu importe le contexte, à un enfant surtout quand un adulte prétend qu’il le fait pour son… bien.
L’égoïsme des adultes est tel que désormais il existe une forme de sacrifice institutionnel de vies prometteuses qui n’interpelle nullement cette société prompte à voir la pailles dans l’œil des autres mais incapables de se débarrasser des poutres qu’elle porte.
Mais je déblogue… 
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J
Deux choses, au moins, pouvaient masquer cette souffrance des enfants et adolescents : - la sacro-saint respect de l'autorité parentale sur les enfants. L'autorité parentale étant une image de l'autorité de l'Etat ou des institutions.- l'absence de droits voire d'existence légale des enfants.On ne naît pas père ou mère, on le devient. On le devient à la suite d'un conditionnement culturel, social, familial. Je pense que ce conditionnement ne fonctionne plus bien, ou est remis en cause etcL'enfant est sans doute le témoin avancé de l'évolution du monde. Il est probable que l'éducation (ses valeurs, ses fondements, ses buts) sont à revoir complètement.   
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