Mais quel malheur que le parti socialiste ne soit qu’un bateau ivre des ambitions personnelles de son équipage car jamais il n’a été aussi nécessaire pour lui d’avoir des idées simples, claires, portées par une voix forte. Depuis six mois, le gouvernement du " collaborateur " Fillon accumule les bévues, les erreurs stratégiques, les attaques frontales sans pour autant être mis en danger tellement la cacophonie du principal parti d’opposition devient un atout pour la majorité actuelle. Avec de l’aplomb et beaucoup d’esbroufe les ministres se sortent des situations les plus périlleuses. Personne n’ose dénoncer cette affreuse carence d’une opposition en voie d’implosion car manquant cruellement de leader charismatique ayant le pouvoir de parler au nom d’un groupe solidaire. Le seul programme actuel du PS c’est de dénicher son ennemi interne et de l’abattre dès qu’il traverse une campagne en terrain découvert. Les leaders socialistes sont devenus des tireurs d’élite, embusqués en haut de leur montagne, prêts à faire feu sur tout ce qui tenterait de leur ravir une part de leurs ambitions personnelles. Et pourtant chaque ministre " rallié " ou " canal historique " offre une occasion de penser à autre chose. Tenez, prenez la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Pécresse qui pourtant ne passe pas pour la plus mauvaise des sarkozy’s women elle vient de réussir à réveiller des universités engoncées dans la réussite à n’importe quel prix et l’angoisse de l’échec qui imprègne désormais les esprits estudiantins de moins en moins insouciants. Et bien dans le camp d’en face, on ne cause pas, on ne fulmine pas, on ne se montre pas, on approuve sans approuver tout en approuvant car on ne sait pas quel est celui qui doit porter la contradiction. La parole est confisquée au prétexte que chacun pense que seule la sienne à une valeur. Il suffit même de prendre une position… ne répondant pas aux principes de la Gauche pour s’installer dans le top des habitués des plateaux télé ravis de trouver un socialiste qui détonne (NDR : j’ai bien écrit qui détonne !).Manuel Vals qui ne rêve que d’entrer dans le fameux palmarès mensuel du Journal du Dimanche s’en est fait une spécialité. Il est prêt à approuver les positions sarkozystes pourvu qu’elles lui ouvrent les portes du paradis des cotes de popularité ! Il a fait fort sur les régimes spéciaux de retraite et il serait bon, que ce week-end, il vienne au secours de Valérie Pécresse empêtrée dans l’autonomie des universités.
Cette dernière tente d’appliquer la tactique de la négociation à la marge de son projet pour noyer la contestation sur l’axe principal de son projet : " marchandiser " les études supérieures ! Elle évoque donc, pour la fin de l’année, " la fin des cautions " pour le logement étudiant grâce à la " garantie du revenu locatif ". Une idée généreuse dont elle ne connaît absolument pas les réalités mais qui lui permet de surnager dans la tempête. Elle s’offre en effet le luxe d’inventer ce qui existe déjà ou, c’est encore mieux, ce qui ne relève même pas de son domaine de compétence. Alors que les universités françaises sont toujours agitées et que les lycéens entrent dans le conflit, Valérie Pécresse cherche par tous les moyens à apaiser les tensions. Quitte à tomber dans la précipitation et l’approximation.
LE COUP D’ECLAT PERMANENT
Invitée de RMC Info hier matin et sur tous les plateaux télé importants, la ministre de l’Enseignement supérieur a froidement annoncé : " Nous allons aboutir d’ici la fin de l’année à ce qu’on appelle la garantie du risque locatif. C’est un mécanisme qui va garantir les impayés et il va s’appliquer aux étudiants ". Et de continuer en expliquant : " d’ici à la fin de l’année, j’espère vous annoncer que désormais on ne demandera plus de caution aux étudiants ". Ce qui constituerait, selon ses propres mots , " une révolution ". Rien que ça ! Elle est devenue révolutionnaire dans ses propositions reléguant au rôle de " gentils organisateurs " les gauchos des campus ! Dommage qu’il n’y ait pas un solide socialiste pour la ramener à davantage de modestie.
En effet... le dispositif " garantie du risque locatif " baptisé GRL existe depuis l’été, et concerne déjà les étudiants. C’est ce que l’on appelle le " coup d’éclat permanent " consistant à annoncer comme nouveau ce qui est déjà en place ! Ce système d’assurance sociale, qui garantit au bailleur le paiement du loyer, a même un site web spécialisé et accessible sur lequel on trouve un questionnaire permettant à chacun de savoir s’il est éligible. Et un étudiant peut tout à fait y souscrire... Les gestionnaires de ce système, mis en place depuis 2006, assurent n’avoir jamais été consultés et apprennent chaque jour, de la bouche de Valérie Pécresse qu’il font de la " négociation " sans le savoir.
Le conseillers de ce ministre inventif se montrent un peu embarrassés, et assurent que Valérie Pécresse et Christine Boutin ont bien eu l’idée d’ouvrir le dispositif aux étudiants. Faux, répond Lucie Kahn, directrice de APAGL, qui gère le volet " social " du dispositif : " ils y ont toujours eu accès ". Personne en face ne réagit trop préoccupés que sont les ténors à chercher une place sur une liste ou à dézinguer un rival potentiel aux municipales !
La seule avancée envisageable serait en effet d’étendre légalement la GRL à tous les étudiants. Car aujourd’hui, il faut aujourd’hui disposer de ressources deux fois supérieures au loyer demandé par le propriétaire. Ce qui n’est pas le cas de nombre d’étudiants défavorisés mais pour y arriver il faudrait des crédits qui n’existent pas dans un budget 2008 déjà voté et sans marge de manœuvre pour avoir fait Pâques (paquet fiscal) avant Carême (cure d’austérité du printemps prochain).
UNE VERITABLE SUPERCHERIE
En plus Jean-Luc Berho, directeur de l’Union d’économie sociale du logement, véritable initiateur du système GRL, explique n’avoir " jamais été contacté, ni par Valérie Pécresse, ni par Christine Boutin ". Selon lui, la ministre de l’Enseignement supérieur " n’évoque qu’une partie du dossier " dénonce sans ambages une manière étonnante de gouverner : celle des effets d’annonces vides de tout leur sens ! " C’est très bien de faire des annonces dans la presse, ce serait mieux de passer un coup de fil à ceux qui gèrent le dispositif ", s’indigne Jean-Luc Berho, qui se dit par ailleurs tout à fait ouvert à la discussion avec l’Etat et les régions (tiens donc elles vont financer la négociation comme la SNCF, la RATP ou EDF pour les régime spéciaux) pour améliorer le système actuel. Mais qui va soutenir et relier ce point de vue décapant qui dénonce une supercherie parmi beaucoup d’autres ? " C'est devenu une rengaine : " On n'entend pas le PS sur les conflits sociaux." A force de la répéter, chacun s'en persuade. Pourtant, nous ne sommes pas devenus muets " , se désespère pourtant le député européen Benoît Hamon. Ces dernières semaines, en effet, les nombreuses déclarations d’un François Hollande, ne dirigeant plus rien mais qui a interpellé deux fois le premier ministre à l'Assemblée nationale, multiplié les appels à la négociation et réclamé une conférence globale sur les retraites, l'emploi et les salaires, sont restées sans grand effet sur l'opinion qui continue à placer devant lui l’Ump et le… Modem ! 50 sites restaient perturbés par ce mouvement de grève ainsi que 80 lycées, un peu partout en France.
La police a procédé à l'évacuation de l'université Rennes 2 hier au petit matin, sans heurts, à la demande du président de ce site. Les étudiants exigent toujours un aménagement de la loi Pécresse qui risque selon eux de conduire de fait à une privatisation des universités qui ne seraient désormais plus sur un pied d'égalité. le PS tergiverse collectivement. es socialistes parlent, s'expriment. Mais qui les écoute, qui les rencontre, qui veut véritablement les voir ? sur ce thème du logement, mais aussi sur celui de l'accompagnement des élèves de première année, si les étudiants manifestaient des " gestes d'apaisement " dans les universités. Car la grogne perdure par ailleurs dans les facs, à propos de la réforme sur l'autonomie des universités. LA VALSE HESITATION
Le PS semble plus gêné qu’emballé par les mobilisations sociales en cours. L'absence de figures emblématiques du parti au côté des mal-logés de la rue de la Banque, imputable à un " problème de communication" entre le premier secrétaire et le maire de la capitale, Bertrand Delanoë, a valu aux socialistes de subir les foudres de Josiane Balasko. " Qu'est-ce qu'ils foutent, les mecs du PS ? C'est nous, l'opposition !", a asséné la comédienne, le 11 novembre, devant les caméras. M. Hollande s'est finalement rendu sur place jeudi 22 novembre pour affirmer que les municipalités socialistes "vseront là si l'Etat se défausse ". On attend la suite. Sur les universités le silence est assourdissant.
Les sondages ne donnent donc aucun signe d'amélioration de la crédibilité du PS mais confirment le bond de la popularité… d'Olivier Besancenot. Pour Benoît Hamon avec lequel j’ai longuement dialogué jeudi matin à Paris en compagnie de quelques amies sûres tient un discours imparable autour de ce phénomène : " c'est moins le discours de l'extrême gauche qui séduit que l'image des socialistes, qui donnent le sentiment d'hésiter sur tout, qui nous fait du tort ".
Le PS revient aux vieux démons de la SFIO et met une distance inquiétante avec la partie la plus " radicale " du mouvement social. Il réclame une négociation globale et la prise en compte de la pénibilité de certains métiers mais reconnaît sans fard la nécessite d'allonger à quarante ans la durée de cotisations pour les régimes spéciaux (cf Vals). De même, il dénonce le peu de moyens accordés aux universités sans condamner le principe de leur autonomie.
Ce qui ne les empêche pas de miser sur la thématique fédératrice du pouvoir d'achat, considérée comme le principal point de faiblesse de Nicolas Sarkozy. Benoît Hamon ajoute à son diagnostic une vision attristée de la situation de la rue de Solférino : "Les instances de délibération ne fonctionnent plus et se contentent de consensus mou au prétexte qu’il ne faut pas s’éloigner du centre. Avant chaque bureau national on le vide de toute substance par une réunion des leaders destinée à vider le débat politique de toute substance ". Jamais le constat n’a été aussi criant de vérité !
Faute d’exister résolument à gauche et de ne pas parler d’une voix d’opposition claire, solide, transparente. On n’a droit qu’à un brouhaha socialiste ou pour exister il faut obligatoirement hurler plus que les autres ou parler à contre temps des autres. La cacophonie est telle que les ministres peuvent chanter faux sans risque d’être sifflé par les citoyens spectateurs .
Mais je déblogue…