Je ne résiste pas, tellement je le trouve révélateur de ce Noêl 2007, de vous proposer en intégralité le texte de Gérard Filoche sur le véritable scandale que représente l’affaire de l’UIMM, filiale richissime du Medef. Un silence coupable s’instaure autour de cet énorme détournement de fonds qui est au moins aussi capital pour la morale politique que l’affaire Clearstream. Cet article décrit parfaitement le contexte et surtout la machination qui se met en place pour étouffer ce qui devrait être le symbole de ce libéralisme se sentant impuni et préservé par les secrets qu’ils détient. A découvrir par celles et ceux croient encore dans le Père Noël Sarkozy ! ENRICHISSEMENT PERSONNEL AVERE
On a pu savoir que Denis Gautier-Sauvagnac s’était versé à lui même un "prêt" de 331 000 euros pour racheter a bas prix à la "découpe", 190 m² à l’Etoile, remboursable à taux zéro... en 2013. On a pu savoir qu’il versait des compléments de salaire en liquide à ses collaborateurs, lui, le président de l’Unedic, sans verser de cotisations sociales. On a pu savoir qu’ils aidaient les entreprises pour "prévenir les conflits" ou faire face aux conséquences des conflits. En un mot, cela servait de caisse anti-grèves : pour aider les entreprises qui "s’assuraient" de pouvoir "tenir" en cas de grèves... Une sorte de "racket" ou de caisse d’entraide qui servait à fausser la concurrence entre "assurés", ou complices de cette caisse secrète.
On a pu savoir que les transporteurs de fonds secrets, le chauffeur, les secrétaires, avaient parlé sur les modalités de retrait du liquide depuis les banques concernées. D’autres co-responsables, comme M. de Calan ont avoué avoir usé de ces caisses, y compris pour des besoins et affaires personnelles. Mme de Menton (du groupe patronal "Ethic", sic) a avoué "savoir" sur l’antenne de RMC.
Le TRACFIN a pu établir que des pointes de retrait en liquide avaient été observées avant les deux dernières élections présidentielles. Il a été observé que certains groupes de sénateurs, bénéficiaient de moyens exceptionnels pour se réunir (dans un grand hôtel de luxe d’Ajaccio) pour leurs journées parlementaires, et qu’ils défendaient tous les amendements de l’UIMM.
L’UIMM-Medef ont vaguement essayé d’expliquer que cet argent relevait des "droits syndicaux" et de la loi Waldeck-Rousseau : mais cette loi de 1884 ne s’applique en aucun cas au Medef-UIMM qui ne sont, explicitement pas des "syndicats" (cf. statuts du Medef sur son site). C’était, pour essayer de compromettre dans l’opinion publique, les syndicats de salariés, mais à ce jour, aucune preuve de versement n’a pu être apportée.
DGS aurait prétendu qu’il s’agissait de "fluidifier les relations sociales" terme grossier pour couvrir la corruption, l’achat éventuel de syndicalistes pour qu’ils trahissent leurs mandants... Encore une fois, aucune preuve n’a été apportée. Face au silence complice, respecté par toute la bande organisée qui dirige l’UIMM-MEDEF, la justice a eu un comportement exceptionnel : elle a attendu 75 jours avant d’ouvrir une "enquête judiciaire".
FEROCE AVEC LES UNS . OUBLIEUX AVEC LES AUTRES
Mme Rachida Dati qui, depuis la Chine, où elle était en déplacement, appelait à la "plus grande fermeté" contre les violences de Villiers-le-Bel, n’a pas eu un mot pour appeler à la "plus grande fermeté" contre ce trafic d’argent sale. D’ordinaire en de telles circonstances, la justice prend des mesures conservatoires pour empêcher les membres de telles bandes organisées de se concerter entre eux, et la destruction de preuves. Là, il n’y a pas eu de détention provisoire et seulement une garde-à-vue, de 48 h fin novembre, pour le chef le plus connu de la bande, DGS. Celui-ci a été traité avec égards, sans menottes, ni photos. Il a démissionné de son poste honorifique de "président" de l’UIMM (mais il n’aurait jamais du statutairement être "président" et seul le poste de "délégué général" qu’il est resté, est rémunéré..).
Libération a écrit à propos de "garde à vue, d’ouverture d’une information judiciaire, de déférement devant un juge d’instruction, de mise en examen pour abus de confiance, de contrôle judiciaire" en précisant que "nul n’imagine que Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) soit placé en détention". Pourquoi ? Il a été accusé "de destruction de preuves", mais pourquoi l’a t on laissé faire ?
Le Medef affirme avoir engagé un staff d’avocats et de communicateurs à 30 000 euros pour se défendre publiquement. Laurence Parisot, a prévenu que d’autres révélations auraient lieu et que ça allait tanguer. Il a été révélé par "Rues89", France inter, et puis le Canard Enchaîné que le Medef puisait aussi dans les caisses de la médecine du travail qu’il administre, et ce dans la quasi majorité des départements de France, soit par l’utilisation de locaux, soit par leur location, soit par l’usage de matériel et de salariés... Cette révélation accablante (puiser dans les caisses de protection de la santé de millions de salariés) est restée sans suite connue à ce jour.
La police financière a perquisitionné courant décembre, à Tracfin, la cellule anti-blanchiment du ministère de l'Economie, sur commission rogatoire du juge d'instruction Roger Le Loire, saisi après l'ouverture (le 4 décembre !) d'une information judiciaire pour "abus de confiance" notamment, visant nommément Denis Gautier-Sauvagnac.
Les résultats de cette perquisition ne sont pas connus. Informé de longue date des faits par les banques, le TRACFIN semble avoir attendu plusieurs années avant d'effectuer l’ouverture d’une enquête préliminaire. Selon le Canard enchaîné, Nicolas Sarkozy avait ordonné de mettre en attente la publication de l’enquête en 2004, lorsqu'il était à Bercy. Il y aurait donc des complicités antérieures au plus haut niveau : le président de la République et possiblement ses deux frères (Guillaume Sarkozy a failli être président du Medef, François Sarkozy dirige Aventis-Sanofi) puisque "beaucoup savaient inconsciemment" ce "secret de famille honteux".
UNE INDULGENCE CIBLEE
Ce n’est pas une "petite" affaire. Blanchiment, corruption, abus de biens sociaux, fraude fiscale, trafic d’argent liquide en secret, concertation en bande, destruction de preuves, tout cela est en jeu. L’Europe exige la lutte contre la corruption, notre République aussi, ne sont-ce pas des principes fondamentaux qui sont en cause ? Pourquoi tant de silence médiatique ? Pourquoi si peu d’investigation journalistique ? Pourquoi ce scandale du siècle nouveau n’est-il pas traité comme tel ? Croient-ils que les citoyens de ce pays se tairont ou se laisseront museler ?
Cette bande organisée a bénéficié, depuis deux mois, d’indulgence comme n’en aurait jamais bénéficié une bande de banlieue pour mille fois moins que cela. 600 millions d’euros d’argent sale, c’est énorme ! 7 fois plus que l’enjeu des grèves récentes ! D’où vient-il, où va t il ? Ils se taisent, c’est l’omerta - comme la mafia. Ils ont pu se concerter, supprimer les preuves, sans être placé en préventive, ils paient des avocats et des communicateurs à 30 000 euros pour faire oublier leurs méfaits dans les médias. Pendant ce temps-là courent la misère et le désespoir dans les banlieues.
Comment croire dans une justice qui organise ainsi deux poids, deux mesures, protége les trafiquants d’argent sale au plus haut niveau et affiche une fermeté exemplaire aux pauvres, chômeurs et exclus ? Comment parler de "caisses vides" quand un milliard d’euros est ainsi utilisé a discrétion pour de sales et secrètes pratiques au plus haut niveau du patronat ? Quels grands patrons de la métallurgie, de l’aéronautique, savaient, payaient, recevaient ? Ne découvrira t on pas des "initiés" proches du pouvoir ? De Peugeot à EADS, de ceux qui licencient, spéculent sur les actions de leurs propres entreprises, et se versent des retraites chapeaux, des parachutes dorés, des stocks options, ne sont ce pas les mêmes ? DGS n’était-il pas leur chef et porte-parole ?
Gérard Filoche, le 23 décembre 2007
Merci pour cette saine révolte qu’il faudrait faire lire à des millions de Françaises et de Français qui croient encore au Père Noël de la justice sociale républicaine portée par le Sarkozysme triomphant. L'AUTRE QUOTIDIEN souhaitent un joyeux Noël à celles et ceux qui se feront flashé, cette nuit de réveillon, par un radar pour 5 kilomètres d'excés de vitesse.
Mais je déblogue...
Voilà 90 jours que l’enquête préliminaire contre le trafic d’argent liquide de l’UIMM-Medef a été ouvert (le 26 septembre). On a découvert des choses stupéfiantes : le délégué général de l’UIMM, Denis Gautier-Sauvagnac, ("DGS") qui se payait lui-même 240 000 euros l’an, distribuait jusqu’à 2 millions d’euros en liquide par an depuis plus de 7 ans. Il a été établi que l’ensemble des sommes prélevées en liquide par mallettes de 26 à 32 kg depuis 2000 représentaient autour de 19 à 26 millions d’euros. Le tout était pris sur un "trésor" caché où il y avait 600 millions d’euros. D’anciens responsables de l’UIMM et du Medef, MM. Dewavrin, Gattaz, Ceyrac, ont reconnu que ces pratiques existaient, selon certains depuis, 123 ans, d’autres depuis 1901, 1947 ou 1968... La caisse noire aurait atteint jusqu’à 1 milliard d’euros.
Mme Laurence Parisot, tout en se prétendant "surprise", a avoué que "beaucoup savaient inconsciemment", elle s’est déclarée "salie", de ce "secret de famille honteux"... Elle a prétendu instaurer "la transparence", mais celle-ci était déjà prévue par les statuts de l’organisation qu’elle dirigeait depuis trois ans, elle est donc, selon ses propres déclarations, au moins co-responsable. Denis Gautier-Sauvagnac n’a pas voulu révéler au TRACFIN (la cellule de lutte anti-blanchiment d’argent) ni au juge où allaient ces sommes...
Néanmoins, on a pu savoir que l’argent provenait de "doubles cotisations" secrètes des grandes entreprises de métallurgie (il a été question de 0,04 % d’entre elles). Lesquelles ? Comment masquaient-elles ces versements ? Sur quelles lignes budgétaires ? Quels détournements par rapport au fisc, aux biens sociaux, aux salariés ? On ne sait pas encore.