Les élections américaines auront des conséquences planétaires. Même si on peut le regretter, le choix par les électrices et électeurs des USA de celle ou celui qui les gouvernera, plongera le monde dans l’espoir ou l’angoisse. Il est vrai que nous sommes rendus au bord du précipice et quelques centaines de milliers de voix d’un Etat ou d’un autre pourraient nous faire basculer définitivement vers l’abîme. Or ce scrutin, bien plus que d’autres, recèle des mystères que nous sommes incapables de percer. La France politique se ravitaille pourtant en idées neuves de l’autre côté de l’Atlantique. Elle va y chercher ses nouveaux principes libéraux, l’influence des médias, le culte de l’image, la faiblesse du débat idéologique, les promesses qui ne durent qu’un temps réduit, les résultats discutables, l’influence de la vie privée, le poids des financeurs… Il est certain que les entourages des candidats potentiels pour 2012 scrutent chaque semaine l’évolution des thèmes abordés et plus encore la manière dont ils le sont. Nous aurons en effet avec quelques années de décalage une campagne présidentielle quasiment du même ordre.
Le système des primaires tellement obscur pour le citoyen lambda est devenu par exemple très à la mode parmi les valeurs montantes du PS. On parle de primaires " à l’italienne " alors que d’autres veulent des primaires " à l’américaine " pour désigner le rival de Nicolas Sarkozy. En fait on supprimerait totalement la notion de " militantisme " pour lui substituer celle de " supporter ". On a vu une esquisse en 2007 de ce que deviendrait alors une élection de ce type et surtout les dégâts que génèrerait la notion de " consommation " dans une désignation ! En fait on irait vers une fin du principe fondateur de la République actuellement en vigueur : une femme, un homme, une voix.
Les élections primaires sont en effet organisées aux USA par les deux partis principaux (et la plupart des autres) pour désigner dans chaque État les délégués du parti qui se rendront à la convention nationale. L'existence et la forme de ces élections primaires dépendent du parti et de l'État. À l'origine, les délégués élus étaient libres de leur vote lors de la Convention ; depuis la seconde moitié du XX° siècle les délégués s'engagent sur un candidat et, de facto, ce sont les élections primaires qui déterminent le choix du candidat. Au fil des votes successifs la notion de démocratie directe disparaît aux Etats-Unis.
UN SYSTEME INDIRECT COMPLEXE
Les élections primaires vont débuter en janvier de l'année électorale dans l’Iowa et le New Hampshire. Ces deux États, qui sont loin de représenter l'ensemble des États-Unis, se sont arrangés pour être les premiers à lancer le processus essentiellement pour bénéficier de la couverture médiatique qui en découle. Au fur et à mesure que les élections primaires se déroulent, on assiste à l'élimination progressive des candidats qui additionnent le moins de délégués. Cette élimination provient, en grande partie, de la diminution des soutiens financiers : le candidat ne peut plus se permettre de payer ses frais de publicité et de représentation.
Pour contrer ce processus terriblement pénalisants, de plus en plus d'États décident de tenir leurs élections primaires le même jour, et ont choisi un mardi du mois de mars que les médias ont depuis baptisé " Super Thuesday ". Les élections de 2004 ont montré que le processus était loin d'être stabilisé puisque certains États continuent d'avancer leurs élections primaires dans l'espoir d'acquérir une plus grande importance aux yeux des médias alors que d'autres se regroupent dans le même but.
Dans la majorité des États, les élections primaires prennent la forme d'un vote qui peut être : ouvert à l'ensemble des électeurs qui le souhaitent, semi-ouvert (vote pour un seul parti) ou fermé, réservé aux membres du parti. Le vote " ouvert " permet, curieusement, à un électeur républicain de voter pour la désignation du… candidat démocrate et vice-versa. On peut pas dire qu’en France un candidat ait tout fait pour choisir l’opposition qui lui convenait le mieux car chez nous ce sont les médias qui ont fait le boulot !
Dans une minorité d'États, dont l'Iowa, les élections primaires prennent la forme d'un " caucus ". Il s'agit d'une réunion des membres du parti où les votes se font ouvertement, à main levée par exemple. Dans les deux cas, primaires ou caucus, les candidats à l'élection présidentielle commencent leur campagne dans les États depuis au moins un an avant le début des primaires. En raison du coût de ces mini-campagnes électorales multipliées, certains candidats ne se présentent pas dans tous les États pour économiser leurs fonds afin de faire campagne dans les États qui envoient le plus de délégués aux conventions.
Cette situation qui ne repose que sur les sommes récoltées pose le problème véritable de l’accessibilité au pouvoir. On est entré dans cette phase des calculs savants qui vont faire que les délégués de l’un vont se rallier à l’autre et que lentement mais sûrement va se dégager le face à face officiel des présidentielles réelles, elles aussi basées sur un système de " grands électeurs " très discutable !
LA MOBILISATION ITALIENNE
La primaire pour la coalition centre gauche-Verts en Italie a été expérimentée la première fois en 2004 dans la région des Pouilles (Bari) : elle a permis à la coalition ainsi formée de gagner la région. Elle a ensuite été étendue à l’ensemble de l’Italie à l’automne 2005. Là où les organisateurs attendaient entre 500 000 et 1 million de personnes, il y a eu… 4,2 millions d’électeurs à se déplacer. Tous les citoyens qui signaient un engagement à soutenir le candidat sortant de la primaire pouvaient y participer en s’acquittant en outre d’un don de 1 euro minimum. 20 millions d’Euros ont ainsi été récoltés. Rappelons qu’en France un candidat à la présidentielle qui fait 5% peut se faire rembourser 4 millions d’Euros. Il s’agit là d’un acte citoyen direct : un homme, une femme, une voix !
Les élections législatives en Italie ont eu lieu le 9 avril et ont permis à la coalition Unione (11 partis de catholiques-centre-gauche-communistes-verts ) emmenée par Romano Prodi de vaincre Berlusconi. C’est la participation massive à la primaire qui a donné à Prodi l’autorité pour parler au nom de tous avec une grande force et a permis de gagner de peu. Il est probable que sans la dynamique créée par la primaire, Berlusconi, qui n’a reculé devant rien pour se maintenir au pouvoir, aurait gagné. Depuis la coalition a passé sans encombre l’obstacle que représentaient les élections municipales, conservant aisément ses mairies de Rome, Turin et Naples et progressant à Milan, même si la Maison des libertés (CDL) de Silvio Berlusconi conserve son bastion.
Les élections municipales partielles, qui concernaient 1.261 localités italiennes et quelque 20 millions d’électeurs, constituaient le premier test d’envergure après les législatives extrêmement serrées d’avril qui ont porté l’Unione de Prodi au pouvoir. Berlusconi voulait faire de ce scrutin la base de sa reconquête. "La revanche a échoué", écrivait l’éditorialiste du quotidien de gauche La Repubblica. Il reste à savoir si ce système peut être profitable à un candidat de la Gauche en France car on a bien vu ses limites pour la désignation du " candidat " du Non lors des présidentielles écoulées. Au PS on avait, avec l’adhésion à 20 € trouvé une alternative " soft " qui a partiellement échoué car elle n’a pas stabilisé durablement un électorat.
TRES SERRE DANS LES DEUX CAMPS
En attendant aux USA la bataille se durcit car il ne reste que 3 semaines avant de lancer les premiers scrutins. John McCain a réduit l'écart avec Mitt Romney, favori de longue date pour la primaire de désignation du candidat républicain à la Maison Blanche dans le New Hampshire, selon un sondage publié par le Boston Globe. Chez les démocrates, Barack Obama a pris de l'avance sur Hillary Clinton.
Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts, et John McCain, sénateur de l'Arizona, se trouvent donc au coude à coude, avec 28% d'intentions de vote pour le premier et 25% pour le second, alors que l'écart était de 32 à 17 le mois dernier dans le même baromètre. L'ancien maire de New York Rudy Giuliani arrive en troisième position, avec 14%, devant l'ancien gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee, à 10%. Il est à peu près certain que le candidat républicain sera Mitt Romney qui ne cesse de progresser et qui peut coiffer sur le fil un rival parti trop tôt.
Dans le camp démocrate, le sénateur de l'Illinois Barack Obama est crédité de 30% d'intentions de vote, soit deux points de plus que la Sénatrice de New York Hillary Clinton, alors qu'un mois auparavant Hillary Clinton l'emportait avec 35% contre 21% à Barack Obama parmi les électeurs démocrates appelés à se prononcer pendant la primaire. Loin derrière viennent l'ancien sénateur de Caroline du Nord John Edwards, avec 14% d'intentions de vote, et le gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson, avec 7%.
La course commencera le 3 janvier avec les caucus de l'Iowa, suivis cinq jours plus tard de la primaire du New Hampshire.
Ces scrutins donnent le coup d'envoi de la véritable bataille et permettent déjà d'éliminer quelques prétendants à l'investiture. Il ne s’agit en effet dans un premier temps que d’une " course à l’américaine " comme on la pratique sur le vélodrome : le dernier est éliminé au bout de plusieurs tours sur le circuit. On ne trouvera donc rapidement que… deux Démocrates et trois Républicains pour finir par des affrontements en duels. Alors que dans le système italien on désigne directement " LE " candidat chargé de piloter le navire durant la durée du mandat sur la base d’un vote claire et précis.
Dans les primaires américains les clés du succès sont la peopolisation et les sondages dans celles de l’Italie on a parlé programme et efficacité électorale… La France de Gauche aura à effectuer rapidement ce choix et dans le fond le résultat conditionnera son retour au pouvoir.
Mais je déblogue…