Il n’y aura jamais d’audit impartial et fouillé sur les conséquences de l’utilisation de pesticides dans l’agriculture. On a des études très éparses et surtout qui débouchent toujours sur des résultats contradictoires. Les partisans de la recherche agronomique défendent bec et ongles leurs produits qu’ils estiment absolument sans effets négatifs sur l’environnement. D’autres plus dubitatifs préfèrent se réfugier derrière le principe de précaution. Enfin on constate de plus en plus d’opposants qui trouvent que nous ne mesurons pas suffisamment la dangerosité des utilisations massives de produits s’accumulant sur la terre. Il semble que le combat mené par ces derniers qui paraissait très inégal au début soit en passe de changer d’âme. Le 23 février 2004, un coup de tonnerre dans le milieu de l'agrochimie avait retenti puisqu’un juge courageux avait osé mettre les groupes Bayer et BASF en examen, en tant que personnes morales, ainsi que leurs PDG respectifs, pour " mise en vente de produits agricoles toxiques nuisibles à la santé de l'homme ou de l'animal ". C'était La fin favorable d'un combat de dix ans mené par les apiculteurs français, persuadés que deux insecticides produits par ces firmes: le Gaucho et le Regent, étaient à l'origine de la surmortalité de leurs abeilles et du déclin de leurs ruches. Depuis 1994 les apiculteurs français déploraient un dépeuplement massif des ruches et une chute de la production de miel. Ils désignaient, en 1997, l’insecticide Gaucho comme responsable et saisissaient les pouvoirs publics.
En effet, selon eux, le phénomène coïncidait avec le début de l’utilisation de l’insecticide sur tournesol en 1993. Ils suspectaient que l’insecticide se retrouve dans le capitule des fleurs visitées par les butineuses. Bayer CropScience, détenteur du produit, contestait on s’en doute vigoureusement et avec les grands moyens cette hypothèse.
Leurs propres études ne montraient pas de différences de mortalité entre les abeilles visitant des tournesols traités ou non. De plus, selon leurs analyses le produit ne resterait pas assez longtemps dans la plante pour entraîner la mortalité des abeilles. Suite à la suspension du produit par le ministère de l’agriculture, la situation des apiculteurs ne s’arrangeait pas. Ils accusaient ensuite le principal concurrent du Gaucho, le Régent TS commercialisé par BASF Agro. Ce dernier fut également suspendu par principe de précaution.
Huit ans de controverses parfois houleuses et d’études scientifiques n’ont pas permis de départager les protagonistes : les apiculteurs français d’un côté, les industriels Bayer et BASF de l’autre. Au milieu, une administration, un ministre, les médias et toute une population de scientifiques. L’affaire très médiatisée se place dans un contexte particulier de réticence vis à vis des produits chimiques. L’opinion publique soutient majoritairement les apiculteurs.
Le Gaucho et le Régent TS sont-ils vraiment dangereux pour les abeilles ? Quels sont les intérêts des différents acteurs de la controverse ? Où en est-on à l’heure actuelle ? Ce problème a révélé une crise à la fois sociale, environnementale et scientifique qu’il est important de résoudre.
UN PROCES EN VUE
Le lendemain des mises en examen de 2004, le Régent, produit par BASF, est interdit par le ministre de l'Agriculture Hervé Gaymard. Quant à l'autorisation de mise sur le marché du Gaucho, produit par Bayer CropScience, pour le traitement des semences de maïs et de tournesol, elle est retirée en juillet 2004.
Trois ans plus tard, dans un courrier adressé aux différentes parties, la juge d'instruction a indiqué avoir clos le dossier le 26 décembre après communication d'une "ultime pièce".
Elle doit le transmettre incessamment au procureur de la République, qui a désormais un délai maximal de trois mois pour rendre son réquisitoire définitif. " Nous attendons désormais le procès avec impatience, même si nous pensons qu'il nous faudra être patients " en raison du report à septembre 2008 du procès d'un précédent volet concernant l'importation de Regent à partir d'Espagne, a déclaré Jean-François Cauquil, membre de l'Union nationale de l'apiculture française, l'association à l'initiative du dépôt de plainte.
Ce procès, prévu en décembre dernier à Saint-Gaudens, avait été reporté en raison de la grève des avocats dans ce tribunal menacé par la réforme de la carte judiciaire.
" Vu l'influence et le poids des firmes Bayer et BASF, nous avons longtemps craint que le procès ne soit jamais organisé ", a souligné Jean-François Cauquil, qui a insisté, en tant que président de l'Association de défense des victimes des pesticides agricoles, sur l'incidence sur la santé des ces insecticides : des " des traces de ces produits " ont été retrouvées " dans le lait, l'huile de tournesol ou la margarine de tournesol ". En février 2007, des parlementaires avaient réclamé une commission d'enquête pour connaître les raisons de la surmortalité des abeilles. Désormais c’est au tribunal que se jugera provisoirement cette affaire décisive pour le sort des apiculteurs si le Procureur va jusqu’au bout des poursuites demandées. La puissance de Bayer peut sûrement jouer un rôle dans le processus engagé !
DES CONSTATS SEULEMENT FRANCAIS
Depuis 1994, les apiculteurs du Centre de la France (en 1995 ou 1996 dans les autres régions), constataient des dépopulations brutales et massives des colonies d’abeilles en tout début de la miellée de tournesol, lors de la floraison. Une colonie amoindrie engendre nécessairement une récolte moins importante. D’année en année, ce phénomène s’est accentué. En 1999, une étude sur la production de miel de tournesol dans l’Ouest de la France a révélé une chute d’environ 50 % depuis 1994.
Selon les apiculteurs, cette diminution a commencé après la mise sur le marché de traitement à base de Gaucho sur tournesol et elle s’est accrue avec l’augmentation de surfaces traitées à l’aide de Gaucho particulièrement celles semées en tournesol et en maïs. Ces faits paraissent indiscutables même si, bien évidemment, Bayer réfute tout lien de cause à effet entre leurs produits et ces constats.
Après la suspension de l’autorisation de mise sur le marché du tournesol Gaucho, une nette amélioration a été observée en 1999 voire 2000. Mais depuis, les apiculteurs dénoncent à nouveau les signes d’une intoxication : apathies et tremblements, faiblesse musculaire, mauvaise utilisation de repères locaux d’orientation et finalement disparition des butineuses. Les apiculteurs accusent alors le Régent TS qui a remplacé le Gaucho sur tournesol mais aussi sur maïs. Ils déplorent à nouveau une baisse de production, une surmortalité des abeilles en début de miellée et d’importantes pertes hivernales (20 à 40 % au lieu de 5 à 10 %) qui génère une baisse de leur revenus. L’enjeu est aussi économique… avant d’être environnemental.
Le problème Gaucho/ Régent paraît cependant un problème très " franco-français ". En effet, l’insecticide Gaucho est commercialisé dans 120 pays, le Régent TS dans plus de 70 pays et c’est en France seulement qu’il y a autant de contestations apicoles. Cependant, on recense des problèmes de mortalité d’abeilles au Québec, en Belgique et en Allemagne. En Allemagne, les autorités ont conclu que les problèmes rencontrés par les apiculteurs venaient de la gestion du varroa (parasite de l’abeille) et du fait qu’il n’y a pas de médicaments adaptés. Mais dans aucun de ces pays les produits Gaucho et Régent TS n’ont été retirés du marché.
Les firmes Bayer et BASF considèrent que les causes de ces problèmes sont multifactorielles et que le principe de précaution s’est appliqué par rapport au contexte actuel (peur des molécules chimiques et pression médiatique). Selon certains acteurs, cela est révélateur d’une mauvaise organisation de la filière apicole française. Il n’existe pas à l’heure actuelle d’institut technique apicole comme à l’étranger. Ils permettraient de donner des réponses plus rapides pour expliquer ce que les apiculteurs observent sur le terrain. Cet argument n’est pas prêt de tomber compte tenu de la suppression des crédits accordés à la recherche en général et à l’INRA en particulier. Durant le procès ils sera aisément utilisé par les avocats des multinationales.
BOVE L’AFFAME
Pendant ce temps José Bové et une quinzaine de militants anti-OGM ont entamé depuis un peu moins d’une semaine, une grève de la faim pour réclamer l'activation par la France de la clause de sauvegarde, qui permet à un État de l'Union d'interdire la culture d'un OGM autorisé par Bruxelles. Les grévistes de la faim ont installé leur quartier général dans le "ministère de la crise du logement", situé rue de la Banque à Paris, un bâtiment occupé depuis des mois par l'association Droit au logement (Dal), qui a mené une longue action couronnée de succès en décembre en faveur du relogement de familles.
Le leader altermondialiste et une quinzaine de proches décidés à jeûner avec lui estiment que la suspension, par simple arrêté, de la commercialisation du maïs MON 810, le seul autorisé à la culture en France, ne respecte pas les décisions du Grenelle de l'environnement. " Une parole a été donnée, elle n'est pas respectée. Le Grenelle de l'environnement s'était conclu sur l'engagement d'appliquer cette clause de sauvegarde ", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse sous la Tour Eiffel. Il a plus que l’impression d’avoir été floué. " Si le moratoire n'est pas mis en place, ce qui a été dit au Grenelle ne tient pas ", a-t-il ajouté, soulignant que seul a été mis en œuvre un gel des ventes de semences OGM jusqu'en février, " c'est-à-dire pendant l'hiver, quand personne n'en achète. "
Le gouvernement a dit pour sa part avoir suspendu le gel de la commercialisation du maïs MON 810 dans l'attente de l'avis de la Haute autorité créée à la suite du Grenelle de l'Environnement, qui sera rendu le… 11 janvier. Il ne reste plus qu’à attendre qui du lobby des " semenciers " et de celui des anti OGM aura le plus de poids au sein de l’Ump ! Devinez un peu.
En fait il est extraordinaire que des débats sur la santé humaine, sur l’avenir de la planète soit réglés par des procédures judiciaires plus ou moins longues. Pendant ce temps, faute d’une recherche objective et puissante, la France plonge. Or on sait fort bien que ce secteur reste l’or de demain. Que ce soit les pesticides ou les OGM il doit être en effet possible de trouver, avec l’agriculture raisonnée, des moyens de concilier le progrès et les équilibres naturels. Ce n’est qu’une question de volonté politique mais surtout pas de volonté économique !
Mais je déblogue…