Dans la vie publique il faut toujours avoir à l’esprit quand on est engagé politiquement que l’on aura à choisir à un moment ou à un autre entre les consignes et sa conscience. Jusqu’où peut-on aller dans l’obéissance aveugle aux " ordres " donnés par des responsables que l’on a choisi ? A quel moment doit-on refuser de se plier aux exigences de la solidarité réputée intangible ? Acceptez une position globale empêche-t-elle de réfléchi et d’exister ? A-t-on le droit de tromper ses mandants au prétexte que l’on affaiblirait son parti en mettant en évidence sa divergence ? J’ai traversé en plus de 40 ans d’appartenance à des instances collectives (syndicat, mutuelle, parti) des crises multiples et je n’ai jamais su rester discipliné. Je me suis retrouvé déjà à trois reprises déféré devant des instances susceptibles de m’exclure… et j’an ai toujours réchappé sans trahir ma conscience. Je me suis retiré des lieux de pouvoir quand je n’étais pas d’accord avec leurs positions ou avec ceux qui prétendaient les mettre en œuvre. Résister n’a jamais été facile. Contester reste un acte qui place en position délicate car elle vous place sous le feu nourri de la critique collective. Renoncer à un mandat électif pour rester soi-même nécessite un effort. Or demain, les parlementaires du P.S. vont se retrouver dans l’enceinte de la salle du congrès à Versailles face à ce dilemme. Les 577 députés et 330 sénateurs se réunissent pour une révision de la Constitution purement technique, avant la décision très politique de ratifier le traité de Lisbonne. Après le vote d’aujourd’hui, qui doit être acquis au 3/5èmes des suffrages exprimés, l'Assemblée puis le Sénat se prononceront jeudi pour donner à la France le feu vert pour ratifier le traité européen. Majoritaire, l'UMP dira, à quelques rares exceptions près, deux fois "oui", à la révision de la Constitution, puis à la ratification du traité, présenté comme un succès de Nicolas Sarkozy pour relancer l'Europe, après le "non" des Français au référendum du 29 mai 2005.
De son côté, le PS attend avec impatience cette fin de séquence politique sur les institutions de l'UE, source de division depuis près de quatre ans. Les socialistes iront en effet à Versailles en ordre dispersé. Une grande partie d'entre eux s'abstiendra, pour protester contre le mode de ratification du traité de Lisbonne. Tout le PS demandait en effet un référendum, comme en 2005, et non un vote devant le Parlement. D’autres voteront contre mais ce sont les moins nombreux car le courage a fui les esprits. Ils se sont réunis samedi à Paris pour réclamer un référendum sur le traité européen de Lisbonne.
CONTOURNER UN VOTE DEFAVORABLE
" Ils se moquent du peuple ",
Cinquante-neuf pour cent des Français voulaient pourtant un référendum sur le nouveau traité européen, selon un sondage. Mais dans ce cas là il vaut mieux ne prêter aucun intérêt aux enquêtes d’opinion. surtout quand elle vous sont défavorables !
Un petit millier de personnes opposées au traité européen de Lisbonne se sont rassemblées samedi à Paris pour réclamer que ce traité soit soumis à référendum, et non ratifié par la voie parlementaire comme l'a décidé le président français. C’est peu. Le rassemblement a eu lieu à l'appel du Comité national pour un référendum (CNR) qui groupe des personnalités et formations politiques de gauche et d'extrême gauche allant de responsables du Parti socialiste à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en passant par le Parti communiste et les altermondialistes de José Bové. Les organisateurs du rassemblement de samedi voulaient " empêcher ce déni de démocratie et exiger la tenue d'un référendum. Nicolas Sarkozy veut contourner le vote populaire et refuse le référendum. S'il persiste dans son refus de donner la parole au peuple sur un texte qui engage l'avenir du pays, les députés et sénateurs peuvent l'y contraindre ", a déclaré le CNR, qui revendique les signatures de 111 députés et sénateurs en faveur d'un référendum. On vérifiera lundi soir s’ils ont tenu parole ou s’ils sont restés à la maison pour éviter de s’engager. Ils ne représentent moins d’un cinquième du nombre des parlementaires pouvant voter.
NOUS SOMMES CLAIRS
En ce qui me concerne, dans le tandem que j’ai accepté de former avec Martine Faure, députée de la neuvième circonscription, nous avons débattu de la position à prendre. Un échange très rapide puisque nous avons décidé d’opter pour la conscience sur les consignes. En notre nom, Martine Faure se rendra à Versailles pour son premier congrès et votera non à la réforme de la Constitution avant de voter non lors de l’adoption jeudi du Traité de Lisbonne. Nous l’avons annoncé sans circonvolutions de circonstances. Le Parlement peut-il désavouer le peuple ? C'est la question que posait dans un article du monde Didier Maus, président de l'Association française de droit constitutionnel, à propos du choix du président de la République de passer par la voie parlementaire pour ratifier le traité de Lisbonne, alors que les électeurs s'étaient prononcés à près de 55 %, le 29 mai 2005, contre le projet de traité constitutionnel. "A partir du moment, ajoute-t-il dans une tribune publiée le 30 janvier sur le site Respublica, où le traité de Lisbonne n'est pas substantiellement différent de celui de 2004, demander au Parlement de désavouer le peuple aurait un double inconvénient : amoindrir la confiance des Français dans leur système politique et constitutionnel ; enfermer l'Europe politique dans le cénacle des spécialistes et lui refuser une véritable légitimité démocratique." Cet argument simplement républicain voulant que seul le Peuple puisse délier d’un engagement pris par le Peuple aura été décisif dans notre raisonnement politique.
On pourrait paraphraser la position de Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau et reprendre son apostrophe : " Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu’on ne nous en arrachera une décision contraire que par la puissance des… décisions du peuple ". en fait ça arrange bien tout le monde car c’est sans enthousiasme excessif que les parlementaires iront s'acquitter de cette " formalité " constitutionnelle. Il s'agit d'inscrire dans la Loi fondamentale que la France "peut participer à l'Union européenne dans les conditions prévues par le traité de Lisbonne modifiant le traité sur l'Union européenne et le traité instituant la Communauté européenne, signé le 13 décembre 2007". Si le Parlement refusait cet article, le Traité constitutionnel européen empoisonnerait encore longtemps la vie des partis partagés entre les eurorésignés, les eurobéâts, les eurosceptiques, les eurodéboussolés, les euroréalistes… Ils savent tous que l’adoption du Traité de Lisbonne ne changera rien au quotidien immédiat de millions d’Européens mais ils sauvent les meubles.
LES PEUPLES OUBLIES
Avant la France, trois Etats membres entrés dans l'Union européenne en 2004 ont ouvert le processus de ratification du traité de Lisbonne : la Hongrie, le 17 décembre 2007, puis la Slovénie et Malte, mardi 29 janvier. L'entrée en vigueur des nouvelles institutions est prévue pour le 1er janvier 2009. " Vingt pays devraient avoir franchi le pas d'ici à la fin juin ", espère le premier ministre slovène, Janez Jansa, dont le pays assure la présidence de l'UE. M. Jansa affirme vouloir " ne rien faire qui puisse gêner les ratifications ". Seule l'Irlande est tenue, de par sa constitution, d'organiser un référendum, qui pourrait se tenir avant l'été. La campagne est balbutiante, mais le principal enjeu pour le gouvernement sera de limiter l'abstention, afin de ne pas risquer un nouveau non, comme lors du référendum sur le traité de Nice en 2001. Il y aurait en effet seulement 26 % des Irlandais qui approuveraient ce document !
Dire non n’est jamais facile quand on est élu. En général tout le monde attend que l’on approuve toutes les propositions réputées présentées dans l’intérêt général. On sait que la tentation est grande de se défiler en ne participant jamais aux moments clés de la vie collective.
Voici trois mois que les adversaires de ce texte absolument identique dans ses principaux axes essaient de relancer une mobilisation digne de l'anniversaire du non, vainqueur au référendum du 29 mai 2005. En vain. La mobilisation n'y est plus et l’élection présidentielle est passée par là. La valse-hésitation du Parti socialiste, oscillant entre abstention et non-participation au vote, n'a pas aidé à clarifier les enjeux de cette dernière bataille. "Notre principal adversaire, c'est le silence. Mais les Français finiront par s'apercevoir qu'ils sont régis par un traité qu'ils ont rejeté et pourraient réagir avec colère", assure François Delapierre, bras droit du sénateur PS Jean-Luc Mélenchon. Le silence que l’on a… entendu ce week-end à la vielle d’un choix pourtant au moins aussi crucial que celui effectuée samedi matin par Nicoals Sarkozy. Il est vrai que lui-aussi n’avait pas le choix : il était contraint de dire oui… à une dame de belle constitution !
Mais je déblogue…
a estimé Jean-Pierre Chevènement lors d'un meeting organisé à la Halle Carpentier, à Paris. L'ancien ministre socialiste a dénoncé une " forfaiture ". La secrétaire nationale du Parti communiste Marie-George Buffet voulait croire à un rejet du texte par le congrès, ce qui pourrait " ouvrir la porte à un référendum. Il suffit d'aller à Versailles pour voter contre. C'est ce que je vais faire en tant que députée ", a-t-elle dit sur LCI. Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait annoncé que le traité européen remplaçant la Constitution, rejetée par les Français par référendum en 2005, serait ratifié par voie parlementaire.