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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LES LIMITES DU LIBERALISME MONDIALISE

On assiste à une période formidable : les libéraux les plus forcenés commencent à se plaindre amèrement des effets pervers de la mondialisation. Ils découvrent que la main mise des Américains sur les structures de régulation potentielle du marché les rend tributaires d’une décision plus ou moins dangereuse. Epoustouflant : des ministres de Droite se plaignent que la balance n’est pas équitable et tiennent des propos altermondialistes ou presque. La crise liée à l’augmentation des matières premières démontre amplement que l’on ne peut avoir aucune confiance dans des institutions diverses liées, directement ou indirectement, au système des multinationales et à rien d’autre.
Le ministre français de l'Agriculture Michel Barnier a par exemple estimé que le nouveau document proposé dans le cadre des négociations agricoles à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), était « inacceptable » après une réunion avec dix-neuf de ses homologues européens. Il aurait dû en parler à son Président favori qui serait intervenu auprès de son copain Bush pour atténuer la pilule. En fait pour résumer différemment ce que prépare l’OMC c’est la mise à mort de l’agriculture européenne. Il faut alors rappeler que malgré les bienfaits supposés du Traité de Lisbonne et la certitude que l’Europe allait se redresser comme un seul homme, on assiste à ce que l’on peut appeler un joyeux « bordel ». Personne n’est d’accord et les absences justifient des ralliements objectifs aux propositions de l’OMC, temple de la concurrence absolue.
« Nous sommes prêts à dire tous ensemble que le dernier papier Falconer est inacceptable, encore plus déséquilibré que les précédentes copies », a commenté Michel Barnier devant la presse. Crawford Falconer est le médiateur au sein de l'OMC du groupe de négociation sur l'agriculture. Le problème c’est que quand il dit « tous » il oublie qu’à sa petite sauterie il y avait… sept absents et non des moindres : Royaume-Uni, République tchèque, Malte, Lettonie, Suède, Danemark et Estonie. Décider d’une riposte sans les Anglais, le Tchèques, les Suédois, les Danois réduit considérablement l’impact de ce qui est fait. Pourtant selon le brillant Ministre de l’Agriculture cette proposition « met en cause des pans entiers de l'activité agricole européenne, notamment dans le domaine des fruits et légumes ou de l'élevage ». On s’oriente en effet vers une concurrence non régulée qui va détruire des secteurs dans lesquels le coût de la main d’œuvre est essentiel « Le sentiment général de tous mes collègues, c'est qu'il vaut mieux pas d'accord qu'un mauvais accord sur l'économie agricole », a résumé le ministre français. Dommage que ce principe n’ait pas été adopté pour le Traité européen car on aurait évité de se croire sauvés dans un contexte difficile.
UNE VARIABLE D’AJUSTEMENT
Forte du soutien de ces vingt pays, la commissaire européenne à l'Agriculture Mariann Fischer Boel pourrait exiger, si l’on en croît l’altermondialiste Michel Barnier, du commissaire au Commerce Peter Mandelson « une ligne responsable et dure ». On le sait elle n’est pas libérale pour un sou et les viticulteurs du Bordelais, entre autres, peuvent en témoigner. Pour Michel Barnier, le texte incriminé présente en effet « des concessions supplémentaires en matière de tarifs douaniers qui ne sont pas acceptables à nos yeux, surtout à un moment où l'on est tous soucieux de la croissance européenne et qu'on constate dans cette croissance la part que tient l'économie agricole ». Soulignant la volonté à l'OMC « d'accélérer les choses jusqu'au mois d'avril pour aboutir », le ministre français a noté: « nous ne pourrons pas accepter que l'agriculture soit la variable d'ajustement d'un mauvais accord ». L’Europe évoluant à géométrie variable on peut encore craindre que chacun y aille de sa position plus ou moins proche de celle des Américains. Jamais les ravages n’ont pourtant étaient aussi patents.
Avec l’ouverture des marchés du Sud, les petits paysans se retrouvent en concurrence avec les produits fortement subventionnés et souvent vendus à perte, provenant essentiellement des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Face à cette concurrence déloyale, des millions de paysans sont poussés à la ruine.
Derrière l’ouverture des marchés et la disparition des barrières douanières, nous retrouvons comme toujours, la Banque mondiale, le Fond Monétaire International, l’Organisation Mondiale du Commerce et ...les intérêts des entreprises du Nord. Ils ne se posent pas de question : ils protègent leur domination. La grande nouveauté c’est que si les pays les plus pauvres ont déjà places sous le joug des puissants il reste aux Américains à affaiblir l’Europe et ainsi dominer largement la planète grâce à la maîtrise des productions agricoles. Par le jeu des subventions déguisées, des droits douaniers ciblés, par l’introduction des semences OGM monopolisantes, les USA parviennent à sauver leur propre production au détriment de celle du reste du monde.
BATAILLE DE SUBVENTIONS
Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du Commerce et apôtre d'une «mondialisation maîtrisée», dont on murmure parfois qu’il serait dans le collimateur de Niciolas Sarkozy pour devenir ministre d’ouverture, affirme l'échec des « négociations sur le cycle de Doha », engagées il y a cinq ans pour donner une nouvelle impulsion à la libéralisation des échanges internationaux et reportées sine die. Les raisons en sont multiples. Généralement peu suspect d'antiaméricanisme, Peter Mandelson, qui négociait au nom des 25 pays de l'Union européenne, attribue la responsabilité de l'échec aux… Etats-Unis qui dépensent officiellement 19,6 milliards de dollars (deux fois plus selon les calculs de l'OMC) en subventions à leurs agriculteurs. Refusant tout compromis, les Américains ont de fait condamné à l'échec la demande des pays riches faite aux pays en développement d'ouvrir en contrepartie leurs marchés à leurs produits industriels. Symétriquement, Susan Schwab, ministre du Commerce extérieur américain, accuse l'UE, qui dépense plus de 100 milliards d'euros en aides à ses agriculteurs, avec, en prime, un coup de patte à la France où « la peur des paysans a été plus forte que les ambitions des distributeurs européens ». On se jette à la figure des sommes folles qui ne servent qu’à masquer un protectionnisme indispensable pour éviter un désastre économique.
Dans cette double accusation on déniche aisément l'incapacité des poids lourds de l'OMC à trouver un compromis sur les aides à l'agriculture, qui faussent le jeu du marché, rendait illusoire l'idée d'un troc entre une baisse des protections agricoles des pays riches contre une ouverture de leurs investissements dans les pays émergents.
Tout comme les Européens s'interrogent sur les effets « forcément bénéfiques » mais de moins en moins sensibles de l'union monétaire et de l'euro, le postulat selon lequel l'ouverture des frontières dope la croissance se heurte aujourd'hui au scepticisme des puissances régionales. On ne croît plus du tout dans les chaumières et surtout dans les grandes fermes entreprises que l’ouverture absolue des frontières deviendra la panacée contre les problèmes traversés par le monde agricole.
Pris en otages dans ce conflit les pays pauvres regardent le pugilat avec le regard de ceux qui meurent à petit feu puisque leur avenir dépend du résultat du match sur les subventions. Michel Barnier, dans le fond, en devenant un adversaire résolu de l’OMC va simplement prolonger le calvaire de ces producteurs qui attendent simplement de pourvoir accéder au marché à un prix honnête et donc voir respectés les principes du libéralisme portés dans feu le Traité constitutionnel européen promettant une « concurrence libre et non faussée » dans le domaine de l’Agriculture.
LE BRESIL, LA CHINE, L’INDE ARRIVENT
Les pays émergents (G20) ont eux bien accueilli les dernières propositions de l`Organisation mondiale du commerce (OMC) pour libéraliser le commerce agricole, mais se sont montrés plus réservés en ce qui concerne l`ouverture des marchés aux produits industriels. Le projet d'accord agricole présenté il y a une semaine « est une bonne base de travail », a déclaré l'ambassadeur du Brésil, Clodoaldo Hugueney, s'adressant aux pays membres en tant que porte-parole du G20. Le texte, qui a repris plusieurs propositions du G20, « offre les meilleures chances de parvenir à un résultat équilibré et raisonnable » dans les négociations du cycle de Doha, lancé en 2001 dans la capitale du Qatar, a déclaré M. Hugueney. L'ambassadeur s'est félicité de l'inclusion dans le projet d'accord d'une réduction minimale moyenne de 54% des droits de douane que perçoivent les pays développés sur leurs importations agricoles, proposée à l'origine par le G20, qui réunit, outre le Brésil, de grands pays émergents comme l'Inde et la Chine.
Ces pays sont cependant moins satisfaits du dernier projet concernant les produits industriels, estimant qu'il a « largement ignoré leurs propositions », a déclaré M. Hugueney à la presse. « Cela a créé une réaction négative », a-t-il estimé. Ce texte appelle une trentaine de grands pays émergents à ramener au maximum à 23% leurs droits de douane sur les produits industriels. Sa dernière version a supprimé toute référence au nombre de produits qu’un pays pourra préserver d’une baisse trop forte des droits de douanes. « Cela donne le sentiment d’être retourné en arrière », a déploré M. Hugueney.
L`OMC prévoit de réunir les ministres des pays membres en avril pour procéder à des concessions Nord-Sud entre l’agriculture et les produits industriels. L’objectif est de parvenir à boucler l’ensemble de la négociation de Doha avant la fin de l’année, c’est-à-dire avec quatre ans de retard sur le calendrier fixé en 2001.
Le grand déballage va donc débuter et conduire à une vaste remue ménage qui mettra le libéralisme mondial à l’épreuve des faits. L’un d’entre eux ne va tarder à faire son entrés dans la salle des négociation : le baril de pétrole a battu ses records avec un prix de plus de 100 dollars ! Sa progression constante va peut-être mettre tout le monde d’accord en faisant mourir les plus pauvres écrasés sous le prix de l’énergie et en affaiblissant les plus puissants avides de consommation outrancière. 
Les négociations sur les produits industriels et même sur ceux de l’agriculture extensive vont bien entendu devoir tenir compte de cette flambée inquiétante. On se reverra dans deux ou trois ans… pour décider que le système est devenu ingérable car on a absolument perdu le contrôle des évolutions économiques exclusivement basées sur le profit !
Mais je déblogue… 
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