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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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J'AI LA MORALE DANS LES CHAUSSETTES

Le lundi 14 novembre 1966 reste gravé dans ma mémoire. Il ne m’est pourtant rien arrivé d’exceptionnel ce jour là mais n’empêche qu’aujourd’hui je ne peux que penser à cette matinée où pour la première fois de ma vie professionnelle j’étais face à une classe. En effet, durant la seule année de formation professionnelle (la quatrième) que nous dispensait l’Ecole normale, nous devions un mois par trimestre passer de la théorie à la pratique. Nous commencions par une seule leçon, puis par une demi-journée, puis une journée et enfin une semaine. Nous étions en " couple " chez celui que nous appelions le maître d’application. J’eus le privilège d’être expédié pour mes premières armes pédagogiques chez M. Geoffre dans l’école annexe d’application Jules Ferry à Mérignac.
Blouse grise, allure martiale, apôtre d’une discipline impitoyable conduisant les plus turbulents (rares) sous son bureau dans la niche du fauteuil, Monsieur Geoffre le bien nommé régnait sans partage sur un cours moyen première année de 38 gamins qui auraient bien préféré être ailleurs. M. Geoffre, en fin de carrière, aurait particulièrement plu à Xavier Darcos car il aurait parfaitement collé à la nouvelle vision de la scolarité primaire. Même à 19 ans, fraîchement bachelier rescapé de la réforme Fouché, je n’aurais jamais osé lui adresser la moindre parole sur des méthodes pédagogiques qui ressemblaient à celles d’avant-guerre. Le moment de franchir le pas de la pratique vint donc trop tôt.
Le samedi soir (on travaillait encore tout le samedi) il m’annonça que je débuterais ma carrière par une… leçon de morale ! Au début du mois de Novembre il me confiait le traditionnel rendez-vous qui suivait l’entrée en classe du lundi matin. Il m’indiqua le sujet de cette séquence dont je devais écrire le titre à la craie blanche sur un tableau noir : " maman est la fée du foyer ! " Jamais je n’oublierai cette mission impossible consistant, pour un normalien novice, à passionner, sur un thème aussi porteur, une classe habituée à s’ébrouer dès que les jeunots prenaient les rênes.
Durant tout mon week-end sadiracais je planchais donc en cherchant le texte de référence qui m’aiderait à convaincre les gamins que leur mère constituait pour eux le plus précieux des trésors. Il fallait en effet partir d’une référence écrite que nous allions commenter durant une quinzaine de minutes. Je finis par dénicher un extrait d’un poème de Maurice Carème. Le lundi matin, je n’avais pas entamé depuis quelques secondes cette mission salvatrice pour les enfants, que l’on frappa à la porte de la classe. Le directeur de l’E.N. en personne venait m’inspecter ! Sa rigueur restée légendaire pour les instituteurs de mon époque suffisait à glacer n’importe qui. Je n’ai que le souvenir lointain des efforts désespérés que je fis pour arracher quelques phrases à une troupe consciente qu’il ne fallait surtout pas plaisanter. Je le vois encore, dans son imperméable trois-quart beige claire, muni d’un petit carnet de notes à la main, griffonnant des remarques sur ma première leçon de morale… Les siennes redoutables dites de " morale professionnelle " se déroulaient le jeudi matin de 10 heures à midi. J’eus droit à une " spéciale ", en tête à tête dans son bureau, sur mes débuts qui me valut un 8 sur 20 paradoxalement flatteur !
RETOUR AUX FONDAMENTAUX
Vous imaginez bien que je ne saurais oublier cette séquence de ma vie professionnelle originelle quand j’entends les personnages les plus importants de l’état dont le vénérable ministre de l'Education Xavier Darcos s’extasier sur les nouveaux programmes de l'école primaire, qui s'appliqueront à la rentrée 2008 à près de sept millions d'enfants. L'enseignement marquera un retour aux " fondamentaux ", selon l'expression de Nicolas Sarkozy, avec l'accent porté notamment sur le français, les mathématiques et " l'instruction civique et morale ". Les cours du samedi matin seront supprimés, permettant d'apporter à la place un soutien aux élèves en difficulté.
Présentant ces nouveaux programmes et les nouveaux horaires (24 heures hebdomadaires en classe), Xavier Darcos a affiché plusieurs objectifs, dont celui de " diviser par trois en cinq ans le nombre d'élèves sortant du primaire avec de graves difficultés " et de diviser par deux le nombre des redoublants. Et pour cela il compte sur… le retour en arrière toute et notamment sur une baisse de la délinquance reposant sur des leçons de morale dispensée par des enseignants à la Geoffre ! Autant prôner l’absorption quotidienne d’une verre d’eau bénite provenant de la grotte de Lourdes. Au moins cette solution serait sarkozyste !
Encore une fois c’est véritablement flatter le plus porteur des sentiments voulant qu’une recette d’une époque puisse donner les mêmes résultats transplantés cinquante ans plus tard. C’est oublier ce changement fondamental de la société qui ne place plus l’école au cœur du processus éducatif. Ah ! le bon vieux temps : " à notre époque monsieur on était plus sévère que maintenant ". " On n’en est pas morts ! On respectait les autres ! "… Je ne supporte pas ces affirmations passéistes car elles sont totalement déconnectées du monde réel qui a forcément évolué. C’est aussi et surtout sur estimer son poids dans une société dans laquelle on ne donne plus l’exemple au plus haut de l’Etat ! Le Minsitre joue exclusivement sur un réflexe voulant que l’école soit un champ clos dans lequel l’enfant doit tout apprendre sur une société qui passe son temps à " détricoter " les savoirs, à avilir les esprits et à transformer le monde en jungle pour la survie. L’école ne peut être qu’un espace ouvert dans lequel on pratique la morale ou la vie citoyenne et pas une chapelle repliée sur elle même qui serait hors du temps.
UNE SEULE VALEUR : L’EXEMPLE
Comment par exemple évoquer le refus de la violence devant des gamins qui verront le soir à la télé des milliers de policiers armés jusqu’aux dents, envahir des cages d’escaliers, défoncer des portes ou arracher à leur sommeil des pseudos suspects que les juges relâcheront quelques heures plus tard ? Comment parler de solidarité dans un monde où le chacun pour soi devient le credo de chaque jour dans la vie collective ? Comment leur faire croire que le travail constitue la pierre angulaire d’une vie réussie quand un jeune ambitieux peut faire perdre 5 milliards à une banque sans aucune surveillance réelle ? Comment leur faire refuser le mensonge quand leurs parents ont été roulés dans la farine par le premier des Français et par ceux qui les gouvernent ? Comment être crédible et leur parler en mal de la violence quand ils voient des centaines de crimes virtuels par an sur l’écran plasma de leur salon ? Comment leur expliquer le respect quand le Président de la République apostrophe un manifestant avec le vocabulaire que l’on ne tolère même pas d’un gamin dans une cour de récréation ? Comment leur apprendre les vertus de la raison quand la Présidence de la république voit dans la religion ou les sectes la solutions au désespoir social ambiant ? Comment leur enseigner le partage quand chaque jour il constate que les plus riches sont encore et toujours plus riches et que lui il a parfois faim ? L’école sera ridicule en revenant à des leçons de morale déconnectées du monde réel qui l’entoure. Elle n’est plus la seule à dispenser les leçons de vie et surtout elle est en permanence contestée pour ce qu’elle n’est plus capable de redresser, de combattre ou d’apporter !
Le Ministre lui-même ne cesse de prétendre qu’il n’a plus confiance dans celles et ceux qui pourtant ont été recrutés pour le mettre en valeur. Je ne crois qu’à la morale de l’exemple pas à celle abstraite qui s’apprend sur les bancs des écoles. La morale naît de l’action, par l’action, par l’imitation des situations créées par les adultes. Elle ne s’enseigne pas : elle se vit ! Le reste n’est pour moi que de la poudre aux yeux pour électrices et électeurs nostalgiques de ce qu’ils ont vécu comme étant efficace et performant ! Toutes les leçons de morale ne remplaceront pas un enseignant à l’heure, fier de son travail, heureux de la pratiquer, respectueux des différences, soucieux d’éduquer, convaincu que sa mission ne s’arrête justement pas à une leçon de morale, volontaire pour un engagement citoyen concret hors de l’école…
A L’INTERIEUR ET A L’EXTERIEUR
Venez donc voir le comportement de quelques pères ou mères, habitant à moins de 500 mètres de l’école de Créon, qui tentent d’approcher au plus près du portail pour récupérer en automobile leur progéniture en automobile et vous aurez une idée exacte de la valeur de l’exemple ! Stationnement anarchique, insultes récurrentes, concurrence acharnée pour une place de stationnement, non respect des règles élémentaires de circulation… La leçon de morale elle est là, hors de l’enceinte scolaire, dans cette attitude sociale méprisante pour les autres.
Quelques jours après le discours sur le primaire prononcé à Périgueux par le président de la République, le ministre de l'Education a donc présenté à la presse un fascicule d'une trentaine de pages portant sur les programmes dans les écoles maternelles et élémentaires. " Il s'agit d'un projet de programmes, qui sera ensuite soumis aux enseignants lors d'une demi-journée banalisée prévue après les vacances d'hiver. Ils pourront faire remonter leurs remarques, avant que les textes soient soumis au Conseil supérieur de l'Education ", a précisé le ministère. Il va s’empresser ensuite de le distribuer avec une préface de sa main aux familles afin qu’elles puissent exercer un contrôle sur l’enseignant de leur enfant et le noter sur internet. " Les nouveaux programmes de l'école primaire présenteront en quelques pages, dans un langage évitant tout jargon, l'ensemble d'un cursus disciplinaire désormais recentré sur le français et les mathématiques ", avait déclaré Nicolas Sarkozy, ajoutant que vocabulaire, orthographe et grammaire seraient des disciplines " remises à l'honneur ".
Il avait aussi annoncé l'introduction d'une " instruction civique et morale " dans le cadre duquel entrera " l'initiation des enfants au drame de la Shoah " ou encore " l'apprentissage des règles de politesse et de bonne tenue, la connaissance et le respect des valeurs et des emblèmes de la République française: le drapeau tricolore, Marianne, l'hymne national, à l'écoute duquel nos enfants devront se lever ". Et tout ça avec 13 000 enseignants en moins dès la rentrée et surtout tous les jours à la télé une autre vision des mêmes faits. Qui aura le plus de poids : la société dans son ensemble ou un maître face à 30 gamins dans une classe durant un peu plus de 130 jours effectifs de classe ? Heureusement qu’il y aura la religion et les sectes pour les ramener dans le droit chemin. Autant confier la morale à celles et ceux qui sont qualifiés pour la faire !
Mais je déblogue…
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B
Salut camarade ! Je lis de temps en temps ton "Autre Quotidien", (tu vas voir tout de suite pourquoi je me permets de te tutoyer...) et j'ai revécu avec "la Morale Dans Les Chaussettes" ces petits matins (lundi ou jeudi, de préférence) où nous assistions au débarquement, tel un boulet de canon, du "patron". Déjà, c'était dur de reprendre après le court intermède du dimanche ou du jeudi "secs", journées souvent occupées à essayer de se divertir un petit peu (on était jeune !) , mais le plus souvent passés à préparer le mémoire de fin d'année ou une semaine de stage qui ne s'annonçait pas forcément drôle.C'est vrai que nous l'avions dans les chaussettes le moral quand on voyait arriver le personnage dont tu parles, le père Monlau et son petit carnet noir,  je suppose. Nous l'appellions "Le Pif"à l' E N d'Angoulême, où il a sévi, avant d'aller semer la terreur dans le bordelais.Pour la leçon (?) de  morale, c'est dans le "Doquet", redoutable cathéchisme laïc, ou supposé tel, que nous devions pêcher nos exemples.  J'ai été tellement traumatisé par ce genre d'exercice que je me suis juré, le CAP en poche de ne jamais plus me livrer à ce genre d'exhibition : j'ai remplacé l'activité par un "entretien libre" : événement local ou mondial, discussion sur la vie de la classe etc...Il est vrai que ça ne m'a pas toujours apporté l'admiration du personnel d'inspection. Je m'étais promis, et j'ai essayé durant toute ma carrière de tenir la promesse, de ne pas passer une journée sans évoquer un fait "moral"et en discuter avec mon troupeau, mais sans jamis le dire. Tous mes encouragements pour continuer ton Autre Quotidien  et bon courage pour le 9 mars.
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D
merci, mais  bon...je pense que c'est la moindre des choses...revendiquer n'a de sens que si c'est juste...Par ailleurs, il semble que mon lien pour la Tribune ne fonctionne plus, mais sur le blog de Mélenchon , y'a quelqu'un qui en a retrouvé un qui marche..;quoi qu'il en soit  Quillardet l'a dit!
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E
J'aime les gens qui savent dire : "je me suis trompé" !<br /> C'est tellement rare ! ;-)
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D
bonjour, j'ai dit une connerie, donc je la rectifie avec mes excuses...emportée par mon étonnement +++++de voir la franc maçonnerie représentée par le grand maitre dire des choses pareilles :http://www.latribune.fr/info/Proposition-de-Sarkozy-sur-la-Shoah--une-idee--belle-et-saine--pour-le-grand-maitre-du-Grand-Orient-de-France-909-~-AP-EDUCATION-SHOAH-SARKOZY-QUILLARDET-SGEN-CFDT-$Db=News/News.nsf-$Channel=Politique, j'ai un peu trop vite associé deux XAVIER....Il s'agit de XAVIER BERTRAND et non Darcos à qui je présente mes excuses!!
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D
bah, c'qui fait du bien c'est de savoir que darcos est franc maçons, au Grand Orient de France...tinestiens..je comprend mieux la posiiton du grand maître dans la Tribune  qui disait que l'idée de sarko était "belle et saine" concernant la mémoire de la shoah...c'est à se poser des questions sur la frnc maçonnerie...
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