Le fameux panier de la ménagère va devenir l’obsession des économistes durant les prochaines semaines. On va en scruter le contenu mais plus encore le montant car il va conditionner les échecs et les réussites des mesures économiques en cours ou à venir. Pour tout agent économique, l’évolution de la dépense de cet outil de mesure de la consommation s’explique à la fois par un " effet-volume " et par un " effet-prix ". Le premier reflète un phénomène physique : la dépense évolue en fonction des quantités consommées, et le second traduit un phénomène monétaire : la dépense évolue avec le prix des biens considérés. Pour évaluer la hausse des prix supportée par les consommateurs, l’INSEE a donc composé un " panier de la ménagère " dont il évalue régulièrement le prix ; c’est cet indicateur qui est retenu pour mesurer l’inflation et qui est utilisé par exemple pour l’indexation des dotations de l’État. La composition de ce " panier " est une " image " des produits et services consommés par les ménages. Les principaux postes de dépense concernent les transports, les biens alimentaires, le logement, la santé. Il faut bien avouer que ces calcul savants sont plus ou moins biaisés car on prend parfois en compte des produits totalement dépassés et qui ne relèvent pas de la consommation quotidienne réelle. Il est assez amusant, à cet égard, d’effectuer un comparatif entre la " panier " officiel de la ménagère et le " caddie " réel de la ménagère. On trouve en effet dans ce réceptacle de nos habitudes de consommation bien autre chose que ce qu’imagine l’INSEE. Ainsi une étude vient d’être menée sur les dix achats les plus courants dans les supermarchés.
Saviez-vous que c'est la bouteille de Ricard qui tient le haut du Caddie, en trônant en tête des dix meilleures ventes en valeur, c'est-à-dire en chiffre d'affaires… mais bien évidemment pas en volume ? Le Français n’hésitent donc pas à financer son " jaune " quotidien ou occasionnel quel que soit son pouvoir d’achat ! L’honneur est sauf car il devance le Coca-cola " classique " qui est devenu la deuxième boisson la plus profitable pour les grandes surfaces. Etonnant couple que celui du Ricard et du Coca mais aucun des deux n’entre dans le fameux panier de notre ménagère type !
En troisième position ? On retrouve de l’eau : en l'occurrence le pack de Cristalline qui se paye à un prix désastreusement prohibitif par rapport à celui de même quantité d’eau parfaitement potable du robinet . Les volumes consommés sont tellement extraordinaires pour ces bouteilles qui ensuite encombrent les poubelles que tous les supermarchés rêvent d’un été chaud ! On y arrive. En quatrième position arrive enfin une nourriture non liquide avec le célèbrissime bocal de… Nutella. C’est le seul produit non liquide du palmarès puisqu’on trouve ensuite le pack d'Evian, celui de l’incontournable bière standardisée Kronenbourg (il ne cesse de progresser) du pack de Contrex, du pack d'Hepar, de la boîte de Ricoré et du pack de Volvic… On est loin très loin des produits de première nécessité. Mais je trouve qu’il y a une certaine logique puisque le Ricard va toujours avec l’eau ! Une seconde étude donne les meilleures ventes en… volume, c'est-à-dire en nombre de produits vendus.
QUE D’EAU !
Là, sans discussion possible, c'est la bouteille de Cristalline (à l'unité) qui tient le haut du panier, suivi de la bouteille de 1,5 l de Coca-Cola classique, et de lait demi-ecrémé en brique. A noter que le palmarès de ces dix meilleures ventes-là ne comporte que l'eau, du Coca et du lait, sous différentes formes. Mais l’eau devient une… source de revenue exceptionnelle pour la grande distribution !
Ce secteur affiche en effet une santé florissante en regard d'une consommation mondiale qui s'est élevée en 2004 à 154 milliards de litres, soit un quasi doublement par rapport à 1999. Même dans les pays où l'eau du robinet est saine, la consommation d'eau minérale augmente, avec pour corollaire un accroissement des déchets et de la consommation d'énergie. Emily Arnold, auteur de cette étude, estime en effet que " Si l'eau minérale n'est souvent pas plus saine que l'eau du robinet dans les pays industrialisés, elle peut coûter jusqu'à… 10.000 fois plus cher ", si l'on tient compte de l'énergie utilisée pour la mise en bouteille, les livraisons, et l'éventuel recyclage des contenants.
Cela n'étonnera vraisemblablement personne, les Etats-Unis étaient en 2004 les premiers consommateurs d'eau minérale avec 26 milliards de litres, soit un verre de 25 cl par personne et par jour. Si l'on considère la consommation par personne, les italiens arrivent en tête avec 184 litres consommés en 2004, la France, riche de ses leaders mondiaux dans le secteur, se classe au cinquième rang avec 145 litres par personne.
L'attrait des eaux minérales a également gagné les pays en développement, notamment l'Inde et la Chine où la consommation a respectivement triplé et doublé sur la période 1999-2004. Les paniers de la ménagère sont totalement étrangers aux maîtres de Bercy ! Ils ne font surtout pas évoluer son contenu pour ne pas fausser leurs résultats sans aucun lien avec la réalité.
UNE TRISTE REALITE
Pendant ce temps, en effet, les prix des produits alimentaires ont explosé de novembre à janvier, jusqu'à… + 48% selon l'Institut national de la consommation, mais la hausse des matières premières ne justifie pas une telle flambée selon toutes les composantes du système libéral de consommation à l’exception des intermédiaires et des distributeurs : les producteurs agricoles et associations de consommateurs.
Selon le numéro de mars de 60 millions de consommateurs, à paraître mardi, beurres, yaourts, pâtes, céréales, biscottes, pains de mie, riz et autres jambons ont vu leurs prix s'envoler… de 5% à 48% entre novembre et janvier. Personne ne parle au niveau gouvernemental de ce surcoût et surtout pas Mme Lagarde préoccupée par sa campagne électorale parisienne et qui ne doit surtout pas très souvent aller remplir son panier dans les supermarchés.
Sur 1.055 références de produits laitiers et céréaliers comparés, près de la moitié ont augmenté, dont 200 de plus de 10%. Moins de 60 références ont baissé " de quelques pour cent ", selon l'observatoire de l'association. " La flambée des matières premières ne peut justifier des hausses d'une telle ampleur, et cela a continué en février ", souligne Marie-Jeanne Husset, directrice de rédaction du mensuel. " Le prix du lait ne représente que le tiers du prix final du yaourt. Comment expliquer que certains yaourts aient augmenté de 40 %? ", s'étonne-t-elle. Mais dans le système libéral il n’y a aucun recours possible contre ces dérives ne reposant pas sur une réalité économique. Le cabinet Nielsen Panel montre de son côté une augmentation globale des prix en janvier, pour le quatrième mois consécutif, avec des hausses de plus de 10% pour les pâtes, les oeufs et le lait.
La flambée devrait durer encore quelques mois selon Nielsen et l'Insee et Leclerc, qui est bien placé, prévoit une hausse de… 4% en 2008. Ce qui fera que le travailler plus pour gagner plus ne débouchera que sur une moindre baisse du pouvoir d’achat. On ne sauvera pas le panier de la ménagère mais simplement les découverts des comptes en banque !
PERSONNE N’ASSUME
Distributeurs et industriels s'accusent mutuellement d’être les responsables de cette flambée des prix. La CGPME qui regroupe des PME, rappelle que les cours du blé ont grimpé de… 72% et que les prix des oeufs aurait progressé de 36% en un an. Les patrons estiment que ceux qui transforment les produits " n'ont d'autre choix que de répercuter " ces hausses, mais rendent les distributeurs " coupables " de l’incendie des tickets de caisse. Le patronat des distributeurs rétorque que " certaines hausses de tarifs d'industriels ne sont pas justifiées ". Ils se disputent pour la frime mais comme leurs sorts sont liés il y a forcément entente dans certaines filières. " Il y a une manipulation dans le discours des industriels et des distributeurs. La hausse des matières premières profite aux uns et aux autres ", estime d’ailleurs la responsable de la revue Que Choisir
Certains producteurs, qui ont vu leurs revenus dopés de 12% en 2007 grâce à la flambée des cours des matières premières, ne souhaitent pas endosser la responsabilité de l'inflation en magasin. " Le prix du lait au producteur a augmenté, mais sans commune mesure avec la hausse du prix au consommateur ", précise la Coordination rurale. " La flambée actuelle des prix, c'est l'éternel problème de l'évolution des tarifs entre les producteurs, les intermédiaires et les distributeurs: chacun prend successivement sa marge ", argumente le responsable du service d'études économiques à l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture. En fait la ménagère se fait toujours plumer en remplissant son panier. Elle n’a pas le choix sauf à revenir au système du troc. Il existe cependant une évolution régulière : l’explosion des jardins potagers. L’un de mes amis horticulteur depuis très longtemps me confiait samedi matin que la vente de fleurs baisse annuellement de 5 % mais que celle des plants pour les potagers croît beaucoup plus vite. On va revenir aux cultures vivrières et à l’élevage des poules sur les balcons !
Mais je déblogue…