Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

SOUS LA PAGE LA SUPERCHERIE

Durant des années j’avais rêvé d’être un jour journaliste professionnel. Cette passion venait d’une habitude de mon grand-père qui, dans mon enfance, ne cessait de me répéter qu’il ne croyait pas un mot de ce qui était écrit dans un journal qu’il lisait pourtant méticuleusement. J'avais une envie de voir par moi-me^me l'envers du décor, d'entrer dans les pages, de vérifier s'il vait raison. Mon besoin permanent d’écrire et de partager m’a donc conduit en 1981 à franchir le pas, à abandonner la classe pour créerr l’hebdomadaire que le groupe Sud-Ouest voulait installer sur Bordeaux. Après cinq années d’apprentissage comme pigiste je suis entré dans une rédaction à temps plein. Ce fut une période superbe de ma vie personnelle que je dois à l’amitié me liant à Alain Ribet qui osa me faire confiance alors que je n’avais aucune autre formation que celle acquise sur le tas.
 e me suis éclaté durant des semaines jusqu’au début de 1982 où l’on me chargea de recueillir les positions de Jacques Chaban Delmas, alors Député Maire de Bordeaux sur les municipales qui approchaient. J’entretenais avec celui qui ne s’était jamais remis des trahisons de 74 lors des présidentielles des relations confiantes. Le maire radical socialiste de Sadirac, André Lapaillerie, que servaient avec dévouement mes parents, avait en effet été son hôte lors de la première campagne électorale bordelaise en 1947 . Cette recommandation me permettaient d’effacer les éventuelles méfiances politiques bien que ma position sur l’échiquier ait été extrêmement en ces temps là discrète. Il accepta de me recevoir un samedi matin.
Au premier étage du Palais Rohan j’entrais dans son antre où il était installé depuis déjà 34 ans. Il était assis à son célèbre bureau en fer à cheval dans une pénombre atténuée par une grande lampe de bureau sur pied. J’eus alors une première surprise : il portait des lunettes et intima immédiatement l’ordre au photographe qui m’accompagnait de ne pas faire une seule photo avec ces demi-lunes sur le bout du nez. Il sentait déjà que tout se jouait sur l’image et lui devait être éternellement jeune, sportif, épargné par les vicissitudes de la vie ordinaire. Il passa donc l’heure à jouer au chat et à la souris avec un objectif qu’il soupçonnait fortement de vouloir le saisir en position qu’il jugeait défavorable. Chaban avait fait sa carrière sur une image, il ne voulait pas à un concéder une miette!
LA JUBILATION INTERIEURE
La discussion s’engagea autour de l’élection de François Mitterrand avec lequel il entretenait des relations extrêmement proches en raison de leur parcours commun sous la IV° République et plus encore parce qu’il considérait que, celui qui avait siégé dans le même gouvernement que lui, l’avait vengé en nettoyant Giscard d’Estaing ! Il me parla avec sa voix nasillarde comme un sage s’adressant à un élève. Il finit par oublier que j’étais… devenu journaliste ! Mon carnet de notes se noircissait et je jubilais à l’idée que je tenais, moi le débutant un entretien d’une densité exceptionnelle (j’ai gardé toutes mes notes de l’époque donc celles prise ce jour là). J'avoue avoir été enthouiasmé par ces propos qui corresponfdait à des réalités profondes du personnage.
Il me tailla avec une férocité exceptionnelle jacques Chirac qu’il savait responsable de son échec de 74. Il me confia que si le temps le lui en donnait la possibilité il aurait sa revanche et que personne ne devrait accorder son soutien à celui qu’il jugeait médiocre et prêt à trahir tout le monde. J’eus même la certitude que si Mitterrand avait été élu avec le renfort de certains Gaullistes il n’y était pas pour rien… J’étais ravi, fier et heureux de ces déclarations qui me permettaient de garnir les deux pages centrales de l’hebdo que l’on m’avait réservées.
Au passage il m’annonça en exclusivité qu’il serait à nouveau candidat à la Mairie un an plus tard ! Je vous assure que je savourais chacune de ses révélations ou de ses bons mots aussi tranchants que sa voix. En sortant j’eus l’impression d’être vraiment entré dans le journalisme, celui qui repose sur la confiance entre un intervieweur et un homme qui compte. Je revins à la rédaction cours Alsace et Lorraine persuadé que j’allais réussir le "coup" de ma brève carrière professionnelle.
LA MORTELLE DESILLUSION
Je confiais alors au directeur du journal les grandes lignes ce que je prenais pour un scoop… et il me ramena à la triste réalité médiatique : " tu fais vite ton papier et tu me le donnes m’annonça-t-il. Je dois le porter dans la boîte aux lettres de Chaban avant ce soir pour qu’il le relise ". J’avoue avoir eu un moment de doute. Je n’imaginais pas que Chaban ait envie de vérifier ce qu’il avait bien voulu me dire sans que je fasse une quelconque pression sur lui. D’ailleurs jamais je me le serais permis ! Je bossais dur pour vers 17 heures donner une version aussi fidèle que possible de cet entretien qui allait, selon moi, faire un peu de bruit. " C’est du bon boulot me lança celui pour elquel j’avais une admiration particulière. A lundi ! " Je rentrais tranquille à Créon avec la sensation du devoir accompli.
A mon retour au journal, je découvris une enveloppe bistre de la mairie de Bordeaux portant mon nom. A l’intérieur un texte dactylographié différent de celui que j’avais au l’audace d’écrire. Plus question de Mitterrand. Exit le " traître " Chirac. Adieu les confidences sur la vengeance. Oubliées les considérations sur le " Yalta " girondin passé avec mes camardes socialistes d’alors ! Des propos totalement aseptisés et banalisés uniquement tournés vers son amour pour Bordeaux et les Bordelais ! Je déboulais dans le bureau du directeur pour lui faire part de mon étonnement : cette prose n’avait aucun intérêt et ne reflétait absolument pas ce qui avait été dit. 
"C’est celui-ci qui sera publié m’expliqua-t-il. C’est la règle. Tu ne peux rien changer à ce qui a été accepté par Chaban ! " Nous eûmes pour la première et le dernière fois entre nous une explication musclée et je lui signifiais que je quitterai la rédaction en septembre quand il m’annonça pour m’achever qu’il signerait le papier de mon nom et que je ne pouvais pas le refuser ! J'étais sidéré car j'ignorais ces pratiques. je restais meurtir et surtout extrêmement déçu pas ces pratqiues dont j'ignorais l'existence. Mon grand-père n'avait donc pas tort!
J’ai conservé de cette aventure et de beaucoup d’autres qui suivirent une vision assez critique du fonctionnement médiatique souvent fait de compromissions, d’accommodements, de concessions faites à la déontologie. J’en ai été meurtri mais j’ai aussi beaucoup appris. J’ai poursuivi durant exactement 20 ans à vivre de l’intérieur les réalités de ces rédactions qui se parent dans leur indépendance alors que souvent ils sont dépendants des " vedettes " qui leur donnent leur notoriété. Au fil des ans, sous l’influence de la télé la situation ne s’est pas arrangée. Bien au contraire : le factice, le facile, le culte du superficiel, le goût pour l’écho qui assassine ont pris une place de plus en plus forte dans le système. 
J’ai ainsi été ébahi de voir hier matin sur Canal +, Bruce Toussaint, présentateur du journal matinal s’étonner des révélations de François de Montvalon, directeur de la rédaction du Parisien sur l’entretien présenté comme sans concessions entre des lecteurs et Nicolas Sarkozy sur 5 pages ! Impossible qu’un journaliste comme Bruce Toussaint découvre que… les articles sont relus et estropiés par ceux qui accordent le privilège d’en être les sujets !
ON RECTIFIE LE TIR
Nicolas Sarkozy si l’on en croît le Parisien/ Aujourd'hui en France, au sujet de son comportement au salon de l'Agriculture fait son auto contrition sur la fameuse réplique pouvant alimenter une belle leçon de morale (selon Saint Darcos) dans les classes de ce pays. Il regrettait son désormais inoubliable " casse-toi alors, pauvre con " expédié à un visiteur qui l'avait gratifié d'un " touche-moi pas, tu me salis ".
Des regrets du chef de l'Etat qui ont en fait été… insérés par l'Elysée, a déclaré Dominique de Montvalon, directeur de la rédaction du quotidien, interrogé sur Canal+. " J'aurais mieux fait de ne pas lui répondre ", explique Nicolas Sarkozy dans cet interview, qui a été " amendée et corrigée " et transmise au journal lundi en fin de soirée par l'Elysée.
" Cette phrase n'a pas été prononcée " devant le panel de lecteurs du Parisien qui a interrogé le chef de l'Etat, a expliqué Dominique de Montvalon. " Ils retrouvent dans le journal quelque chose que le président n'a pas dit, qu'ils n'ont pas entendu. " Selon cet éminent journaliste, qui a assisté à l'entretien, le président " n'avait pas exprimé le moindre regret " dans la matinée. " En substance ", le président " a exprimé qu'il a été victime d'une véritable provocation ", et que " quand on le cherche, on le trouve ", selon Dominique de Montvalon.
" Je pense que les choses ont mûri - on va dire ça gentiment - au cours de l'après-midi et en soirée à l'Elysée, en se disant qu'il fallait quand même aller jusqu'à exprimer des regrets ", a estimé le responsable du Parisien. Le directeur de la rédaction a précisé que Le Parisien publierait aujourd’hui la version non amendée de l'entretien, qui s'est déroulé lundi matin à l'Elysée.
Les question adressées par écrit à l’avance. Les questions réputées interdites sou peine de non participation à l’émission. Les relances impossibles lors des conférences de presse. Les coupures dans des réponses gênantes. Les images soigneusement choisies par des spécialistes de la " com " et non des journalistes. Le choix des jours de publication… Il y a des rites, des codes, des habitudes dans le système médiatique qu’il faut connaître pour être un véritable téléspectateur, auditeur ou lecteur. Bien informé un homme passe du statut de sujet à celui de citoyen. A méditer après cet incident pas si mineur qu’on le pense. Il révèle le dessous d'une supercherie permanente de répartition des pouvoirs et surtout les véritables raisons qui font actuellement le pouvoir sarkozyste hurler avec les loups s'en prenant aux journalistes qui résistent. Rassurez vous après els élections vous verrez que ce sont eux qui auront fait perdre un camp ou un autre : certains auront refusé de laisser les candidats écrire pour eux! 
Mais je déblogue…
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article