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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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QUADRATURE DE L'OVALE

La France va retrouver ses élans patriotiques, puisque le Tournoi des 6 nations arrive. Durant cette période de l’année, le tricolore se porte en maquillage sur les joues, dans la chevelure, en cape de Mousquetaires ou en bannière fièrement déployée sur terrain adverse. La Marseillaise s’écoute religieusement ou se chante à gorge déployée. Le pays s’arrête durant deux bonnes heures, et la consommation de bière fait un bond significatif dans tous les pays d'accueil d’une rencontre. La balle ovale constitue la meilleure pilule euphorisante pour déprimés du quotidien. On se rassemble entre amis, sur des canapés dont les ressorts souffrent autant que les sièges froids des stades. La France regorge d’hommes retrouvant le sens des responsabilités en se prenant pour des sélectionneurs potentiels. La critique citoyenne, dans l’intérêt du Pays, prend le pas sur toute autre considération. Elle prend pour cible le " gouvernant du jour ", en général aisément identifiable, car habillé sur le petit écran de manière différente des vaillants soldats s’affrontant à crampons déployés. Bien évidemment, il assume la charge des échecs, et n’a, surtout pas, contribué aux réussites. La France, qui s’enlise dans la défaite, espère se rassurer par une dose de bonheur récupéré sur le pré des victoires.

FURIEUSES MELEES .-
La guerre des 100 jours de rugby n’est que la digne héritière de celle tout aussi acharnée qui dura… Cent ans. D’abord, en portant le nom de " Tournoi ", elle revient sur une période historique, où les batailles ressemblaient étonnamment à ces furieuses mêlées où l’on a bien du mal à reconnaître les siens ! Ensuite, elle met aux prises ces territoires royaux qui n’ont jamais réellement accepté que Castillon mette un terme à leurs règlements de compte. Enfin, elle contribue à la gloire de ceux qui, de loin, contemplent l’explication sans mettre le petit doigt dans les combats. Le rugby synthétise les rivalités historiques ancrées dans les gênes des peuples. Il les entretient, à partir des mêmes bases, mais sous une forme différente.

Durant cette période, il est de bon ton de solliciter du Peuple, ravi d’avoir du pain et des jeux, un effort de guerre particulier. En fait, la France d’en Haut ne décrète pas de contribution exceptionnelle, et ne prononce pas la mobilisation générale, mais elle se contente d’annoncer, selon le résultat des confrontations, de bonnes ou de mauvaises nouvelles. On sait, dans le système médiatique institutionnel, que si la France gagne, une petite augmentation de tarifs ou un texte législatif délicat passe, sans aucune difficulté, le dimanche ou le lundi, dans le flot de textes ou d’images relatifs au match. En revanche, si elle perd, mieux vaut différer de quelques semaines l’information susceptible d’être mal digérée. La recette a toujours marché, et nul ne se prive de l’utiliser.

EPREUVE DE FORCE .-
L’image du ballon ovale étant la meilleure, par les valeurs qu’elle est censée porter, est exploitée au maximum. Devenu essentiellement une épreuve de force, de moins en moins basque, un match reflète la vie actuelle. Il ne repose plus guère sur la finesse tactique, mais sur la capacité d’une équipe à monopoliser la " beuchigue ", en culbutant le mur adverse. Une sorte de planification destructrice, un culte du passage en force, ouvrant la porte vers la réussite. La tortue béglaise est reléguée à l’époque du paléolithique, tant elle constituait une version édulcorée de l’art nouveau de la catapulte, consistant à passer le ballon à un équipier lancé contre la citadelle adverse. On ne contourne plus. On esquive peu. On ne déborde guère. On fonce. On pulvérise. On renverse. On affronte.

Les chevauchées aériennes des Boniface, Darrouy, Gachassin, Maso, Trillo, Codorniou, Blanco, ou les petits pas menus des Cambérabéro, ne conviennent plus aux forts de Halles, recrutés pour percer les murailles et brasser de la viande. Cette violence ordonnée, mais c’est vrai, le plus souvent contenue, ne donne pas une vision esthétique du sport. Elle accrédite l’idée moderne que la forme n’a pas d’importance si elle débouche sur la réussite finale. La sacro-sainte efficacité se traduit davantage par un principe tactique simpliste : faute de jouer pour gagner, mieux vaut jouer pour ne pas perdre. Tout risque est prohibé, dans la mesure où la pire sanction réside dans le contre !

Face aux Britanniques, il faut être historiquement méfiants, car leur fair-play n’appartient plus qu’à la légende des siècles passés. Ils manient l’art de la " pigne ", de la " fourchette dans les yeux " ou de la " godasse rôdeuse " avec la perfidie que l’on n’attribue qu’à Albion ! Heureusement, cet après-midi, le tournoi débute en Ecosse, où le danger demeure apparemment limité, car les montagnes écossaises ne s’annoncent pas infranchissables. Toute la France espère donc débuter, cornemuses au vent, le tournoi 2006.

LE SPECTACLE SE SUBSTITUE AU SPORT .-
Le rugby s’est américanisé. Cette nuit a eu lieu la finale du Super Bowl. Malgré des tactiques alambiquées, des codes ultra secrets, des répétitions à l’aveugle, le "droit au but " demeure la clé de voûte de toutes les victoires. Il lui faut de l’affrontement " viril mais correct " pour que le spectacle se substitue au sport. La foule ne demande pas de la subtilité, elle demande de la puissance. Laporte recrute donc dans le géant aux pieds agiles. Il parcourt les villes du Top 16, pour dénicher des " gros " qui courent vite, bêtes rares, hantant les prés de l’Ovalie. Feu Amédée Domenech ou Alfred Roques auraient actuellement du mal à revêtir un maillot bleu, compte tenu de leur manque de mobilité dans le jeu ouvert, et de leur incapacité à déplacer le jeu.

Le nec plus ultra consiste, en effet, à aligner une équipe dans laquelle les joueurs de première ligne ont la vista des trois-quarts, et les ailiers la puissance de piliers… Un quinze formaté uniformément dans le XXXL constitue le rêve de tout sélectionneur. Il s’endort en expédiant sur le terrain des Hercule, capables d’accomplir de manière " séquencée " les nouveaux travaux du rugby moderne : fixation, déblayage, récupération, progression ! Pour le reste, on espère simplement créer, à l’usure, une brèche dans le barrage adverse.

Le Tournoi débute. J’ai envie de voir autre chose, de retrouver du panache, de l’envie, de l’improvisation, pourquoi pas du génie. Les supporters n’ont besoin que de voir gagner, afin de s’offrir une troisième mi-temps, symbole d’un art de vivre en voie de disparition.

Mais je déblogue… 

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E
il est encore possible de voir du panache, de l’envie, de l’improvisation, et du génie dans le rugby "moderne". Pour cela, il faut suivre les matches du STADE TOULOUSAIN !
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V
Il faut vivre avec son temps Jean-marie. Les français ont grandi de 7 cm et pris 10 kg en moyenne, alors les rugbymen, avec en plus les effets de la créatine...
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