Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

LA MISSION QUI DERANGE

Dans l'affaire des otages d'Etat libyens Nicolas Sarkozy a mené des négociations qui ont fait espérer aux amis et aux défenseurs d'Ingrid Betancourt qu'un miracle était possible. Il est vrai que pour ce moment particulièrement glorieux (en apparence) du mandat présidentiel, il y avait sous la table le dossier nucléaire. Le Colonel Kadhafi, guide de moins en moins éclairé de son pays avait un urgent besoin de reconnaissance internationale. Il a profité au maximum du besoin de notoriété de son visiteur pour obtenir ce qu'il souhaitait. On s'est retrouvé dans le même contexte au Tchad car chaque fois l'interlocuteur avait une faiblesse exploitable. En Colombie on n'est pas du tout dans la même situation. La voix de la France ne porte ni intérêts économiques bien compris, ni enjeux véritables de pouvoir, ni possibilités d'attribution d'une centrale nucléaire.
L'agence de presse colombienne ANNCOL, proche des Farc, a qualifié d'ailleurs hier « d'ingénu » le président français Nicolas Sarkozy, en commentant sa décision d'envoyer une mission humanitaire pour secourir l'otage Ingrid Betancourt sans accord préalable avec la guérilla.  « Il faut déplorer que le président Sarkozy soit aussi ingénu et que le Comité international de la Croix-Rouge accompagne cette aventure dangereuse », soutient ANNCOL. Cette appréciation peu glorieuse pourrait en fait être fatale à... Ingrid Betancourt. En effet elle va inciter les FARC à se protéger au maximum de toute tentative d'exploitation militaire de ce périple dont on peut imaginer que, quoi qu'il advienne, il ne restera pas secret. La puissance des moyens techniques de repérage d'un groupe aussi discret soit-il vont bien évidemment peser sur l'initiative française un peu trop médiatisée.
L'agence souligne « que le souvenir, que ce fut l'appel téléphonique de membres du gouvernement français qui a permis de localiser le camp de Raul Reyes, numéro deux de la guérilla, et de le bombarder, est encore très frais ».
Raul Reyes est mort le 1er mars dans une attaque de l'armée colombienne contre le campement de la guérilla établi en Equateur. La sénatrice colombienne Piedad Cordoba avait laissé entendre le 19 mars que le camp des Farc avait été localisé grâce à un appel d'un émissaire français, ce que l'ambassade de France a catégoriquement démenti par la suite à Bogota. En fait ce démenti n'a convaincu personne car les milieux spécialisés s'accordent sur un fait indiscutable : Paul Reyes entretenait bien des liens réguliers avec les représentants de la France et il est certain que ceux-ci ne pouvaient être que par téléphone satellitaire. Un système très aisément repérable !
DES PIEDS DE PLOMB
« Nous ne savons pas si les FARC ont connaissance de la mission », indique l'agence soulignant que dès qu'ils en auront connaissance, les chefs rebelles « avanceront avec des pieds de plomb ». Une manière de préciser que la mission humanitaire risque bien de revenir sans avoir améliorer la santé de cette pauvre otage et surtout après avoir contraint les FARC a s'isoler encore plus ! « Nous ne devons pas oublier que la France est un pays capitaliste, que son président est de droite (......) et que nous ne savons pas quelles sont les limites de la sincérité de Sarkozy », poursuit ANNCOL. L'agence affirme également que les coordonnées permettant de localiser Ingrid Betancourt ne sont pas parvenues aux délégués de la mission française ce qui leur donne autant de chance de trouver l'otage que la personne qui chercherait une épingle dans une meule de foin !
« Où iront les délégués du président français et les volontaires du Comité de la Croix-Rouge internationale?, Qui leur donnera les coordonnées?, Qui les recevra? », s'interroge ironiquement ANNCOL qui passe pour bien connaître le comportement et els décisions des FARC. Impossible de parler recherche pétrolière, usine nucléaire pour la dessalinisation de l'eau de mer, déploiement de militaires protecteurs, d'indemnisation en millions d'Euros...
La mission française a pourtant été lancée au lendemain d'un nouvel appel solennel de Nicolas Sarkozy pour que la guérilla marxiste libère l'otage franco-colombienne que le chef de l'Etat a décrite comme en « danger de mort imminente ». On peut s'étonner de cette agitation médiatico-politique qui dans le fond repose surtout sur une méconnaissance réelle du contexte colombien. Certes tous les efforts sont les bienvenus. Certes la France doit prendre sa place dans les efforts internationaux pour libérer celle qui ne mérite pas le sort qu'on lui réserve. Certes rien ne doit être négligé en sa faveur.
COUP DE FROID
Mais quand hier, l'avion de la mission humanitaire lancée par la France pour tenter de venir en aide à Ingrid Betancourt est arrivé en Colombie on se pose des questions sur ce déploiement qui met quasiment les FARC en situation de réponse positive rapide et obligatoire. Ils ne courront pas le risque de faire tuer des dizaines de leurs soldats pour faire plaisir à un Président avide de reconnaissance nationale ou internationale. Interrogée sur la possibilité pour cette mission d'entrer en contact avec Ingrid Betancourt, un proche des FARC a répondu: « nous n'avons pas de réponse ». Et pour cause on se méfie beaucoup de l'agitation française contraire aux soucis des guérilleros. L'ancien mari d'Ingrid Betancourt, Fabrice Delloye a estimé jeudi que la mission humanitaire devait se poursuivre « dans le secret ». Le premier objectif de cette mission, c'est de réussir à approcher Ingrid et de la soigner. Par la suite, ses initiateurs espère que les émissaires pourront avoir la possibilité de discuter avec les FARC et envisager la sortie d'Ingrid de la jungle.
C'est malheureusement mal parti. Rodrigo Granda, considéré comme le ministre des Affaires étrangères des FARC, a en effet exclu toute libération unilatérale d'otages, déclarant qu'aucun ne serait libéré autrement que dans le cadre d'un échange avec des guérilleros emprisonnés. Cette déclaration rendue publique sur le site Web de l'Agence bolivarienne de presse, qui diffuse régulièrement des communiqués des Forces armées révolutionnaires de Colombie, intervient alors que la mission attend un signe positif de ceux qu'elle doit contacter. « Ceux qui sont prisonniers dans nos campements ne seront libérés que dans le cadre d'un échange de prisonniers », déclare Rodrigo Granda. « Il n'est pas admissible qu'on nous demande encore des gestes de paix, quand après tant de preuves concrètes de notre volonté politique de trouver des issues au conflit, on nous répond par l'infamie », ajoute-t-il. Il ne mentionne même pas la mission humanitaire française.
« Ils sont nombreux à demander la libération des 'otages' mais nombreux aussi à oublier que les nôtres, les fils des pauvres qui ont lutté comme combattants de l'armée du peuple pour la justice sociale, sont dans des conditions pires que les prisonniers aux mains des FARC », lance cet homme important dans le dispositif des FARC ;
Cette déclaration a refroidi tout le monde et semble détruire les maigres espoirs d'une libération d'Ingrid Betancourt.
CHAVEZ ENCORE EFFICACE
La soeur de l'otage franco-colombienne, a compris et a appelé hier à « ne pas délaisser » le canal de négociation que représente le président vénézuélien Hugo Chavez en misant uniquement sur l'envoi d'une mission humanitaire en Colombie. « On fait un appel aux FARC pour qu'elles puissent réagir positivement à la mission humanitaire lancée par la France en Colombie, a déclaré Astrid Betancourt. Mais cette initiative n'est pas le dernier espoir », a-t-elle dit. Il faut « ne pas délaisser le front d'une négociation de libération d'Ingrid et de tous les otages par le canal du président Chavez », a-t-elle ajouté.
Elle a surtout souligné que « le président Chavez avait un contact direct avec Ivan Marquez qui est celui à travers qui les libérations unilatérales des autres otages ont pu réussir ». Or Ivan Marquez est un des chefs des FARC. Le président Chavez est le seul jusqu'à présent à avoir obtenu des rebelles la libération de six otages colombiens. Le gouvernement colombien a annoncé mercredi qu'il n'envisageait pas "de participation directe" du président du Venezuela Hugo Chavez à la mission humanitaire française visant à secourir Ingrid Betancourt.
Le président français Nicolas Sarkozy a cependant appelé Hugo Chavez, après avoir annoncé l'envoi d'une mission humanitaire, pour « faire le point avec lui sur la situation des otages en Colombie ». Hugo Chavez a alors affirmé le 25 mars n'avoir plus d'information concernant Ingrid Betancourt, et avoir perdu les contacts avec les Farc, depuis la mort du numéro deux de la guérilla marxiste Raul Reyes lors d'une incursion militaire colombienne en Equateur dont on connaît la cause ! Une manière comme une autre de renvoyer son interlocuteur à ses contradictions.
N'empêche qu'Ingrid Betancourt durant ces affaires plus ou moins compliquées souffre et risque de mourir de manière cruelle et injuste. Elle doit biens e moquer de la solution pourvu qu'elle retrouve cette liberté qui lui allait si bien. On peut seulement se demander si parfois on pense sincèrement à son triste sort !
Mais je déblogue...
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
On m'a toujours enseigné, à la fac de droit, et plus particulièrement au cours de droit international, que toute tractation diplomatique ne pouvait se dérouler, pour réussir, que dans la plus grande discrétion. Ce précepte s'est, me semble-t-il, révélé payant dans maintes circonstances.... Secret, discrétion et efficacité.Au lieu de cela, que voyons nous? Un Président de la République qui multiplie les déclarations tonitruantes, les injonctions et  les gesticulations spectaculaires : il ne sait pas faire autrement, le pauvre ! Il faut que le monde entier sache que c'est LUI qui va obtenir la libération d'Ingrid Bétancourt, quitte à aller la chercher lui-même. Il l'avait promis, il le fait. "Roulez tambours, sonnez trompettes, c'est moi, Sarkozy, qui suis le sauveur d'Ingrid".Et si ce remue-ménage médiatique était plus nuisible qu'utile? Si les FARC, qui ne tiennent pas à se laisser piéger une seconde fois, se refusaient à fournir toute information dans de telles conditions? Bien sûr qu'il fallait faire quelque chose, tenter de sauver à tout prix une femme malade dont la captivité n'a que trop duré. Mais dans la discrétion, le secret, les démarches feutrées....qui sont le propre de toute action diplomatique. Et en cas de réussite, il eût été bien temps de se glorifier, avec toute la pompe médiatique dont notre Président sait si bien s'entourer.On ne peut que souhaiter avec ferveur qu'il obtienne cette libération tant souhaitée par tous, mais on est en droit d'éprouver quelques inquiétudes devant la fin de non recevoir réïtérée des rebelles. Et je suis convaincue que l' Etat français n'a pas choisi le meilleur moyen de parvenir à ses fins...Je sais que les circonstances n'invitent pas  à la plaisanterie... Mais on peut quand même essayer de sourire, et se demander pourquoi il n'a pas songé à  utiliser les charmes de Carla? Là où Cecilia avait réussi, Carla n'aurait pu faire que mieux.Mais moi aussi, je déblogue.....
Répondre