J'ai le souvenir d'une tribune libre que m'avait demandée, quelques jours après le second tour des présidentielles de 2002 le quotidien SUD OUEST. Elle était destinée à fournir l'analyse d'un élu local sur le séisme de la disparition du PS du second tour de ce moment qui restera comme le plus douloureux pour les gens sincères ancrés à Gauche. Je l'avais intitulée « revenir aux fondamentaux » pour reprendre une formule chère aux entraîneurs de rugby. En effet il me semblait qu'au fil de quelques affirmations maladroites Lionel Jospin avait en effet totalement déboussoler son électorat traditionnel. Il semble que les résultats des derniers scrutins aient anesthésié l'esprit d'analyse des responsables nationaux du PS et qu'ils repartent dans leurs travers habituels en accentuant même les cotés les plus négatifs.
D'abord il n'existe plus aucune ligne directrice globale solide opposable à toutes les prises de position individuelles. Ensuite s'organise une sorte de montée au mât de cocagne qui laisse croire aux électrices et aux électeurs que seul le pompon qui est au sommet a un intérêt dans les parcours individuels. Enfin on assiste à un spectacle permanent de tir à la corde : chacun recherche à gonfler son équipe pour entraîner l'autre soit vers la droite, soit vers la gauche. Et en fait, on imagine bien que quelques uns aimeraient bien que le tout demeure au centre ! Tout cela a pris un tour angoissant cette semaine avec des affrontements et des affirmations n'ayant plus aucun rapport avec le partage d'une orientation commune.
Confortés par leurs succès locaux sur des territoires divers les agitateurs permanents de la lutte des clans se déchaînent afin de se positionner, comme les potaches, face au self-service. Ils savent que la politique n'est qu'un rapport de forces internes ou externes. Il est donc indispensable d'occuper le terrain. De quelle manière ? Surtout pas par des propositions fortes mais des positions globales très larges dans lesquelles le maximum de personnes pourrait se reconnaître.
Ainsi la double offensive du PS n'aura pas lieu à l'Assemblée nationale. Avant d'annoncer le dépôt d'une motion de censure contre l'envoi de troupes françaises en Afghanistan, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, et une bonne partie des socialistes, ne cachaient pas leur intention de profiter de l'occasion pour interpeller le gouvernement sur sa politique économique et sociale. Au terme d'une rude bataille interne, François Hollande a finalement décidé de concentrer son propos sur l'Afghanistan et la politique étrangère, même s'il doit commencer son discours par tous les sujets qui auraient pu être, eux aussi, évoqués : suppressions de crédits, gonflement de la dette...
DESAVOUER FABIUS
Cette marche arrière de Hollande résulte d'une opération de forcing menée, tout au long de la journée, par Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Jean Glavany et leurs troupes. En fait on assiste à la lutte du politique et du médiatique. Lors d'une réunion du groupe socialiste pour préparer la motion, l'ancien premier ministre a plaidé pour que les socialistes se concentrent sur la seule question de l'Afghanistan. Selon Laurent Fabius, cela présenterait plusieurs avantages. Le premier concerne la lisibilité des débats auprès des Français qui, interpellés sur l'Afghanistan, ne comprendraient pas que les socialistes en profitent pour parler d'autre chose. Deuxième avantage : faire tanguer la majorité UMP.
Laurent Fabius a expliqué qu'en centrant la motion sur la dérive atlantiste de Nicolas Sarkozy, cela permettait d'enfoncer un coin dans la majorité en allant "chatouiller" les gaullistes historiques et les souverainistes hostiles à l'Otan . Un point de vue partagé par Pierre Moscovici, peu séduit par l'idée d'une motion fourre-tout. « C'est après les municipales qu'il aurait fallu provoquer un débat économique et social. Glisser cela derrière l'Afghanistan donnerait l'impression que les socialistes cherchent une session de rattrapage », ajoute-t-il. À l'issue de la réunion de groupe, les partisans de la motion Afghanistan dont la Députée de la Gironde Martine Faure pensaient que leurs arguments l'avaient emporté. Mais dans l'après-midi, après la séance de questions au gouvernement, Jean-Marc Ayrault revenait à la charge en assurant qu'il serait un peu surréaliste qu'on ne parle que de la politique étrangère et pas de la vie des Français. Les positions politiques claires, simples, lisibles pour les opposants à cette décision de va-t-en guerre dangereuse étaient éliminées.
L'analyse de Laurent Fabius volait en éclats car on venait d'apprendre que le débat serait... télévisé en direct sur France 3. L'Ump avait senti le piège et insistait là où ça fait mal : la multiplicité des positions socialistes ressemblant à une mauvaise chorale ! C'est quotidien au PS : ne jamais répondre simplement et clairement aux positions sarkozystes au prétexte que la diversité allant des partisans de l'ouverture aux défenseurs de l'alliance avec la LCR serait un atout !
CONVAINCRE LES FRANCAIS
François Hollande, a au moins le mérite de s'être aperçu de cette situation d'une absolue confusion. Il a appelé les socialistes à « être moins candidats à sa succession qu'à convaincre les Français », au lendemain du lancement par Ségolène Royal d'une « consultation participative » des adhérents en vue du congrès de novembre. Une série de questions qui a dû être préparée par un spécialiste des sondages car elles permettent à tout le monde de se reconnaître dans leur énoncé. « Je pense que les socialistes doivent être moins candidats à ma succession que candidats à convaincre les Français qu'il faut nous faire confiance », a déclaré le nouveau président du Conseil général de la Corrèze, tout en se refusant à commenter directement l'initiative de son ex-compagne. « Ce que je dis aux socialistes, et ça vaut pour tous, c'est que c'est au mois de juin qu'il faut déposer des textes qu'il faut que ces textes aient une clarté, puissent permettre une vraie délibération, un vrai choix d'orientation, de stratégie ». Il en tirera la leçon en respectant la position majoritaire du groupe socialiste de l'Assemblée. « Jusqu'au mois de juin, occupez vous des Français. Ils attendent de vous des propositions, des réactions qui permettent d'être une opposition utile. Le reste doit être plus un travail souterrain qu'un travail public, » a ajouté celui qui sait fort bien que le leadership du PS sera pris par celle ou celui qui saura tout simplement le mieux communiquer... à l'extérieur du parti car à l'intérieur plus personne ne dit rien ! Silence radio dans les réunions.
« Ce que doivent faire les socialistes, c'est moins des actes de candidature que des positions politiques qu'il faut prendre pour éclairer ce que doit être le chemin de la gauche et, j'espère, celui de la reconquête », a déclaré François Hollande, qui ne sollicitera pas un nouveau mandat à la tête du parti au prochain congrès. « Le vrai problème que le PS, aujourd'hui, a, c'est qu'il n'est pas au pouvoir. Donc il doit chercher les projets, les idées, les forces qui doivent le conduire à être demain aux responsabilités, » a-t-il expliqué avec aucune chance d'être entendu puisque tout le monde trace sa route sans se soucier des dégâts collatéraux.
CET ESPECE DE MATCH
Le premier secrétaire finit même par trouver encore une fois un allié chez les Fabiusiens pourtant peu solides en ce moment car jugés nettement trop à gauche. Claude Bartolone qui ne passe pas pour avoir la langue dans la poche a en effet posé clairement les bases des enjeux actuels du PS. Ou il vire une fois encore à la Star'Ac politique ou il engage un débat de fond sur sa ligne directrice. Le bras droit de Laurent Fabius, s'est déclaré hostile à « la politique fast-food », en réaction aux déclarations de Jean-Louis Bianco qui a souhaité mardi que le PS choisisse un leader et un projet avant l'été et que Ségolène Royal fasse acte de candidature.
« A l'inverse de Jean-Louis Bianco, je ne suis pas pour la politique du vite cuisiné, vite consommé. Il faut qu'on ait le temps de préparer un projet qui puisse séduire les Français », a déclaré le député de Seine-St-Denis. Selon lui il ne faut « surtout pas quelqu'un qui ait un profil de présidentiable à la tête du PS », et le prochain congrès ne doit pas être « cette espèce de match qui semble vouloir être organisé tout de suite entre des présidentiables ». La leçon qu'il faut tirer des élections municipales et cantonales, c'est pour cet adepte du franc-parler que « c'est plus le projet qui compte que la tête d'affiche ». Il en a voulu pour preuve la victoire de Martine Lignières-Cassou à Pau ou de Pierre Cohen à Toulouse. Les victoires de la gauche les 9 et 16 mars sont « la preuve par l'exemple que ce n'est pas une question de popularité, c'est une question de projet ». Il lui faudra beaucoup de persuasion pour dissuader tout ce beau monde de la tentation d'une caméra ou d'un micro qui se pointent, d'un canapé chez Drucker, d'une place autour de la table chez Ardison, d'une interview par Apathie... Face à ces réalités la notion de projet a déjà du plomb dans l'aile puisque plus que jamais ce sont les sondages qui imposeront les choix des militants. Et dans un tel contexte médiatico-politique seule une réponse fortement ancrée à gauche peut sauver d'une dérive qui conduira une fois encore sur les écueils habituels. Au PS on n'a pas encore compris que les électrices et les électeurs préféraient toujours les originaux aux copies.
Mais je déblogue...