Tous les analystes de la vie politique française savent que désormais l'en jeu majeur au sein des partis est constitué par les sénatoriales. Comme le veut la tradition les complots, les alliances, les rivalités sont beaucoup plus feutrées que lors des autres scrutins mais ils sont au cœur des mouvements actuels. Ils ne concernent qu'indirectement les états-majors car une nouvelle donne vient d'apparaître avec le poids accru au PS mais avec la débandade à l'Ump qui résultent des élections locales. On a pris les calculettes pour faire le point car si la présidence de cette docte assemblée dotée de moyens financiers et humains considérables n'est pas menacée elle va changer de destinataire. Les « gens qui comptent » au palis du Luxembourg sont préoccupées par leur sort et ils cherchent donc à se prémunir contre les dissidences, les mésalliances, les guet-apens et autres gentillesses politiques courantes.
L'ensemble des sénateurs de la série A actuelle soit 102 sièges (à noter qu'actuellement, la série A ne se compose que de 101 sénateurs, à la suite du décès de M. Jacques Pelletier, sénateur de l'Aisne, dont le siège n'est pas pourvu) : 98 sièges dans les départements métropolitains, de l'Ain à l'Indre, sauf l'Essonne et les Hauts-de-Seine, la Guyane, la Polynésie française et Wallis et Futuna, ainsi que 4 sièges de sénateurs représentants les français de l'étranger; 10 sièges correspondant à un accroissement graduel de l'effectif sénatorial pour tenir compte des changements démographiques (un siège supplémentaire étant attribué aux départements et collectivités suivants : Ain, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Drôme, Eure-et-Loir, Haute-Garonne, Gironde, Hérault, Guyane et Polynésie française) ; 2 sièges à Saint-Barthélémy et Saint-Martin, collectivités nouvellement créées.
On a entendu des bruits divers : candidature de Jacques Chirac en Corrèze pour obtenir une immunité nouvelle, candidature d'Alain Juppé pour s'installer dans le fauteuil de Poncelet, candidatures partout où des Modem sont sortants pour laminer définitivement Bayrou... En fait des stratégies sont à l'étude partout alors qu'au PC on se voit mal en point, que chez les Verts on ne voit pas d'ouverture et qu'au PS on essaiera à quelques semaines du congrès de placer ses pions !
On va donc assister des reclassements divers. Il est certain que François Bayrou va se trouver coincé entre ses contradictions car le nombre de départements dans lesquels il pourra glisser un de seines vont se compter désormais sur les doigts de la main droite car il n'a rien à espérer à gauche ! Hier l'hémorragie a débuté puisque le sénateur de Mayenne Jean Arthuis, président de la Commission des Finances du Sénat, a annoncé sa décision de quitter le Mouvement démocrate (MoDem), aujourd'hui "inaudible", dans un entretien au Journal du Dimanche. « Je ne reviendrai pas sur ma décision. Je quitte le MoDem. Je n'y ai plus ma place. Et la plupart des sénateurs du groupe pensent comme moi », dit-il.
Le président du conseil général de Mayenne ne rejoint pas pour autant le Nouveau Centre, créé entre les deux tours de la présidentielle par les ex-UDF ralliés à Nicolas Sarkozy. « Il n'en est pas question », dit-il. « Je n'irai pas au Nouveau Centre, pas plus qu'à l'UMP. Je suis centriste, viscéralement attaché à l'existence d'un centre indépendant en mesure de nouer des alliances dans la clarté. » Le groupe centriste au Sénat, présidé par Michel Mercier, est composé de trente membres. Après le départ de Jean Arthuis, ils ne sont plus que dix (dont Michel Mercier) à faire partie du bureau exécutif du MoDem. Cinq sont membres du Nouveau Centre, les autres ne s'étant pas clairement déterminés... mais qui devraient selon les circonstances et leur situation vis à vis de l'échéance de septembre 2008 choisir plus ou moine vite leur camp. Cette attitude est beaucoup moins anecdotique qu'on le pense car pour moi c'est la fin du Modem qui se détricote lentement comme un pull-over orange démodé !
SE RECONCILIER AVEC L'UMP
« L'UDF n'est pas morte, contrairement à ce que certains tentent de faire croire », ajoute le Président du Conseil général de la Mayenne , demandant de nouveau « que soit rapidement convoqué le comité directeur de l'UDF ». Il fait partie des élus qui avaient pris leurs distances avec le président du MoDem François Bayrou ces derniers mois. Au lendemain des municipales, il avait jugé que ces élections montraient « l'échec de la stratégie d'autonomie » du MoDem et réaffirmé sa volonté de faire revivre l'UDF... et de redonner cette étiquette du bon vieux temps à quelques-uns de ses collègues pour essayer de les sauver ! Et lui en l'occurrence il doit sauver sa peau de Président de la prestigieuse commission des finances du Sénat. Il la doit à l'Ump et il lui faut donc absolument se désolidariser de Bayrou. Mais on trouve toujours des arguments terriblement idéologiques pour expliquer ses défaillances. Il sait que la chasse au Modem va battre son plein et il préfère se mettre hors du ring de catch !
« J'ai plusieurs fois tiré la sonnette d'alarme: on ne gouverne pas un parti comme une secte », dit-il au JDD. « Le MoDem, ce n'est pas le Temple solaire. Un parti doit avoir une ligne politique claire assumée. Ne pas être ballotté au gré des humeurs des uns et des autres. »
Evoquant la « crise financière mondiale qui nous menace », il dit attendre « une expression publique forte sur le sujet que je n'entends pas chez François Bayrou. Cela ne peut plus durer ». Le Modem avec lequel certains rêvent encore de s'allier au PS ne sera bientôt plus qu'une coquille vide d'autant que les régionales relanceront le sketch des alliances à géométrie variable. Il restera bientôt une poignée de sénateurs, un trio de députés, quelques conseillers généraux et aucun maire de ville importante. Autant dire que la traversée du désert va être terriblement épuisante et il y aura des renoncements successifs qui réduiront des forces déjà très faibles.
LES NOUVEAUX ADHERENTS
« La démission de Jean Arthuis, en attendant peut-être d'autres démissions de sénateurs conduira nécessairement les instances dirigeantes du Modem à faire des choix clairs. La situation actuelle résulte de ce que une partie des élus UDF, qui doivent pour beaucoup leur élection à l'UMP ne sont pas d'accord aux stratégies d'autonomie à l'égard de la droite. Ils se sentent d'autant plus forts pour exiger la renaissance de l'UDF que François Bayrou est affaibli non pas tant en raison de son échec à Pau ou du résultat des élections municipales, qui n'est pas aussi mauvais que la presse veut bien le dire, mais par un manque de soutien exprimé par la base du mouvement, par les nouveaux élus, par les nouveaux militants par ce que en l'état actuel nous ne leur donnons pas ce qu'ils souhaitent. » confirme Corinne Lepage sur son blog ce qui dénote de sa part une capacité d'analyse objective de qualité ! Elle devrait adhérer au PS pour se pencher sur l'attitude de ces nouveaux adhérents(e)s s'étant fondus dans la nature ! « L'absence de communication en direction des militants, l'absence de mise à disposition de moyens d'échange par internet sont en définitive encore plus gênantes que l'absence d'instances organisées. Si dans certaines fédérations, tous les acteurs ont joué le jeu, il n'en va pas de même dans d'autres où les structures anciennes ont perduré interdisant aux nouveaux militants d'accéder à la communication, à la définition de la stratégie, à la capacité de participer aux réunions. Ils sont également venus au Modem pour travailler sur le fond des sujets, lesquels ne manquent pas. Dire qu'on est ni de droite et de gauche n'a pas d'intérêt en soi, hormis bien évidemment démontrer que l'on n'est pas sectaire. Le seul intérêt de ce positionnement consiste à avoir la liberté nécessaire pour établir un projet autonome, sans avoir à satisfaire un clientélisme de droite ou de gauche, projet qui ne peut être qu'au-delà de la droite et la gauche dans la mesure où les réponses de l'un comme de l'autre ne sont pas adaptées aux enjeux contemporains ». Le diagnostic peut se transposer rue de Solférino car le retard pris devient extrêmement préoccupant dans l'organisation de ces débats sur d'autres thèmes que celui des parcours personnels.
DROIT DANS SES BOTTES
Le président du MoDem François Bayrou a immédiatement écarté la réactivation de l'UDF souhaitée par le sénateur centriste Jean Arthuis, estimant que l'UDF s'était « transformée en MoDem », après avoir de toute façon trouvé son terme en 2002. Il a estimé que l'UDF avait politiquement « trouvé son terme en 2002 quand les neuf dixièmes de ses élus (sont partis) avec Jacques Chirac pour faire le parti unique de la droite. Ce jour là, on a vu que l'UDF n'était pas une famille politique de solidité, mais une famille politique de ralliement: ce jour là, j'ai su qu'il faudrait une forme politique nouvelle. Je ne reviendrai pas en arrière » et « je ne céderai rien ». Il y a un peu de tempérament suicidaire dans une telle position. Le président du Modem s'est aussi exprimé sur la motion de censure PS et PRG qui doit être débattue mardi au Palais Bourbon. Sa position est aussi claire que de l'eau de boudin du Barn : « Je réfléchis, je n'en sais rien ».
« Sur la politique économique et sociale », il s'agit de dire « grosso modo qu'il ne faut pas faire d'économies », et « je suis en désaccord » avec la motion de la gauche, a déclaré M. Bayrou. Sur la question de l'envoi de troupes en Afghanistan, « je pense que c'est une question complexe », a-t-il ajouté M. Bayrou, qui avait expliqué auparavant qu'il n'était « pas choqué qu'on s'interroge sur l'appel au secours » d'un « certain nombre de nos alliés » sur le terrain. Par contre « je suis profondément d'accord avec la partie de la motion qui condamne le retour de la France dans le commandement militaire de l'Otan », a ajouté Bayrou. « Si elle ne portait que sur l'Otan, je la voterais », a-t-il indiqué, en fustigeant la « dérive atlantiste » de l'exécutif donnant ainsi raison à la position de Laurent Fabius... qui a été désavoué, malgré la majorité obtenue au sein du groupe socialiste par des camarades désireux de faire un méli mélo politique. Il reste à savoir combien de temps encore le MoDem tiendra en effectuant un grand écart au dessus du précipice.
Mais je déblogue...