Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

DOUBLE JEU

Le monde du ballon ne tourne plus rond depuis un quart de siècle. Et ce n’est pas le procès en cours à Marseille qui va améliorer l’image de ce qu’il ne faut considérer comme un sport que quand il est totalement dépourvu d’enjeu financier. Le déballage, qui a choqué aujourd’hui Robert Louis-Dreyfus, appartient pourtant au conte de fées pour supporteurs crédules à coté de ce qui s'est déroulé durant 15 ans. Selon l’agence de presse Reuters le propriétaire de l’OM a lancé : « l'audience m'a révélé ce qui m'avait été dissimulé et qui heurte ma morale", dans une déclaration dont il a, explique-t-il, "pesé les termes". Heureux soient les "innocents", le royaume de la Champion's League leur est ouvert
«Je ne crois pas avoir commis d'infraction, même par négligence ou imprudence. Il appartiendra à (votre) juridiction de dire ce qu'il en est, mais je souhaitais dire publiquement ma grande tristesse", a-t-il même ajouté face aux juges, des larmes dans les yeux. Poursuivi pour "abus de biens sociaux" dans une quinzaine de transferts douteux entre 1997 et 1999, le PDG d'Adidas  était à l'époque actionnaire et président du club marseillais. "A ce titre, je n'entends ni m'abriter derrière mes obligations professionnelles, ni exciper des vicissitudes de l'existence, pour éluder mes responsabilités", a-t-il dit.
Il a encore estimé que les débats "ont démontré l'existence de dérives dont le football est la principale victime".
"Même si c'est mon patrimoine personnel qui en a été directement affecté", a rappelé celui qui a investi 160 millions d'€ dans les caisses du club, "je ne me suis pas investi autant pour que mon sport favori soit éclaboussé par ce qui apparaît être un système de fraude généralisée", a-t-il encore déclaré. "Je ne peux davantage supporter l'idée que l'on puisse penser que je couvrirais ces comportements par laxisme ou vanité, ni surtout que je les aurais facilités de quelque manière que ce soit", a-t-il précisé.
Je ne mettrai pas en cause la sincérité de ce mea culpa émouvant, mais avec le recul, je suis contraint d’avouer que, ne pas savoir que le foot n’est plus qu’une question de magouilles et de fric, c’est tout bonnement continuer à croire au Père Noël à 50 ans ! Robert Louis-Deyfus ne devait pas s’intéresser beaucoup au milieu du ballon rond, pour ignorer ce qui se pratique depuis au moins 25 ans!

L’ARGENT VINT PERVERTIR LE CHAUDRON

La technique globale de dissimulation des salaires a en effet de longues années d’existence. Elle a débuté aux temps désormais lointains des fameux verts, et de la caisse noire de ce brave Roger Rocher. Pour attirer les meilleurs joueurs étrangers, il avait absolument besoin de les rémunérer sans les affoler par des impôts trop élevés.
L’argent vint alors pervertir le chaudron, et les différences de traitement direct ou caché des joueurs mirent à bas toutes les belles images gravées dans la légende. On se chamailla,  en douce. Et on finit par lâcher des infos ou à se montrer trop gourmand au moment des renouvellements de contrats. On cassa l'espoir. On tua la légende.

Ce système fonctionna cependant longtemps sans trop de problèmes (sauf ceux générés par des querelles entre étrangers et français, au courant des véritables rémunérations) jusqu’au moment où, justement Bordeaux et Marseille voulurent aussi leur part de gloire. Tous les coups bas furent alors permis : dénonciations, intimidations, double jeu, débauchage des uns et des autres avec des salaires bas mais fictifs, car compensés par des versements occultes… On ne laissa pas Saint-Etienne en paix!
 Chaque fois que l’on fut pris hors-jeu, sous un maillot ou un autre, on s’évertua à adapter le principe de la double rémunération aux vedettes arrivant sur la Cannebière ou au Haillan. Ainsi, tout le mérite d’un Président à la robuste moustache, fut de s’adapter à l’échec stéphanois. Il inventa la "caisse noire extérieure". Le stratagème fonctionna parfaitement, et lui permit de recruter des joueurs domiciliés à quelques encablures de paradis fiscaux très peu regardants sur les comptes numérotés. Le principe en était simple : puisque Roger Rocher avait dû avaler sa pipe après s’être fait pincer les mains dans une caisse noire française, il créerait, lui, le pactole à l’étranger.

COURIR LE MONDE

Ainsi on vit, par exemple, les Girondins courir le monde, partir faire des tournées aux USA, au Qatar, aux Emirats Arabes Unis, au Japon contre l’avis du staff d'Aimé Jacquet, ou aller disputer des rencontres amicales, des tournois, loin de la France. On constata que des frais pharaoniques accompagnaient ces sorties ainsi que celles en Coupe d’Europe, dans les pays de l’Est, en Irlande, ou en Turquie. On surévalua des transferts de joueurs "ordinaires" en ne donnant réellement qu’un faible montant au club d’origine, alors que le contrat portait une somme conséquente. Les bénéficiaires de ces largesses (restaurants, hôtels, boîte de nuit, clubs...) restituaient une bonne part des subsides alloués avec un chèque allant du pays en question vers le Lichtenstein, le Luxembourg, la Guyane néerlandaise, le Sénégal ou les Saint Martin…
Le procès de la gestion des Girondins de Bordeaux dans les années quatre-vingt, devant le tribunal correctionnel de Bordeaux en apporta la preuve très partielle. La justice soupçonnait l’ancien patron des Girondins de surfacturations lors de transferts de joueurs et des détournements de fonds à l’occasion de matchs européens, entre 1983 et 1990, dont le montant global atteignait 40 millions de F.
L’examen de deux transferts très ordinaires permit de démonter une faible part de la "pompe à fric": celui du Croate Robert Zagar, du club de Rijeka, en juin 1988, pour la somme de 1,6 million de F., dont seulement 600.000  ont été versés au club croate, et celui du Danois Jesper Olsen de l’équipe anglaise de Manchester United en novembre 1988 pour 7,456 millions de francs, alors que le contrat initial, rédigé en Grande-Bretagne, prévoyait l’achat du joueur pour la somme de 3,75 millions de F.  Le reste constituait le matelas utile pour les seconds salaires, et il serait naïf de penser qu'il n'y a eu que ces deux cas!

EXONERES D’IMPOTS ET DE CHARGES

Grâce à cette source constamment alimentée, les Girondins purent régler, sans passage sur le territoire français, des suppléments salariaux exonérés d’impôts et, plus encore, de charges sociales. Des internationaux allemands ou anglais, tant à Bordeaux qu’à Marseille, furent les bénéficiaires de ce montage inattaquable car ne relevant pas du fisc français. Il fonctionna d’ailleurs dans les deux clubs (et dans d’autres) sans que l’on s’étonne outre mesure de la faiblesse des salaires versés en France à des joueurs gagnant antérieurement beaucoup plus chez eux…
En fait, les Girondins et l’OM avaient le même inspirateur croate. un artiste en la matière. Il prenait même le risque de porter des valises, prélevées sur les recettes en liquide des guichets, effectuées lors de grandes rencontres. Jusqu’au jour où les "grandes gueules" des présidents des deux camps les firent s’affronter, et donc se balancer des gnons ou des crocs en jambes en veux-tu, en voilà. On se piqua des joueurs. On se savonna la planche à billets. On se mit à pratiquer la surenchère, ce qui vida de plus en plus rapidement les comptes off-shore. On se heurta au fait que les sommes « libres » devinrent moins fortes. Mais, j’ai l’intime conviction qu’il est longtemps resté (et qu’il reste encore) sur des comptes secrets, des fonds issus de ce montage, car ils n’ont pas tous été utilisés pour les clubs…
Quand les présidents concernés tombèrent à leur tour, victimes de leur mégalomanie, le milieu se lança dans une autre manipulation (le concept fut parisien à l'origine) qu’il officialisa par les fameux contrats d’image. Si le contrat était "légal", l’image était très brouillée et floue (les sponsors - notamment les èquimentiers - payaient à la place du club), ressemblant à de la poudre aux yeux, et surtout à du « travail fictif » largement rémunéré. On demeurait sur les mêmes bases, mais avec un semblant de légalité supérieure basée à l’étranger…
Bien évidemment toute ressemblance avec des personnes ou des faits, que j’ai bien connus, ne serait bien évidemment que pure coïncidence.
Mais je déblogue…

Montage photo vu sur humour.starmoteur.com

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
V
Excellente la photo! C'est vrai que les footballeurs ne sont que des péripatéticiennes du ballon. Ils vendent leur corps au plus offrant et sont prêts à toutes les entourloupes pour rester sur le devant de la scène (dopage...). Et dire qu'au départ, ce n'était qu'un jeu...
Répondre