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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE CRASH D'EADS

L’Europe avait sa vitrine. Elle avait l’avantage extraordinaire d’avoir son siège à Toulouse, ville où, on le sait, on voit toujours la vie en rose. Cette réussite vantée haut et fort sur tous les continents comme étant l’exemple même de ce que le libéralisme peut apporter à notre économie flattait notre ego. Partenariat efficace et équilibré entre pays, capacité énorme d’innovation, rentabilité économique maximum, gisement considérable d’emplois de haut niveau, rivalité victorieuse avec les géants américains : dès que l’on évoque EADS les éloges pleuvent.
Créée le 10 juillet 2000 par la fusion de l'entreprise allemande Daimler, de Matra et de l'espagnol CASA, le titan de l’air est composé de cinq divisions : aéronautique, airbus, défense et sécurité, avions de transports militaires et espace. Plus de 34 % des parts sont détenues par des investisseurs privés. Daimler Chrysler et le holding français Sogeade (regroupant le groupe Lagardère et l'Etat Français) en possèdent chacun plus de 30%. Le holding d'état espagnol Sepi possède environ 5,5 % des actions.
Cette splendide machine économique, dotée de doubles commandes, s’est installée au sommet du CAC 40. Afin de refléter sa dimension multinationale, le groupe a en effet une structure bicéphale respectant une certaine parité entre allemands et français : ainsi les deux co-présidents actuels sont Noël Forgeard et Thomas Enders (nommés en juin 2005). Manfred Bischoff et Arnaud Lagardère sont tous deux présidents du directoire. Le bonheur parfait !
UN SENS INNE DES AFFAIRES
Il aura suffi que la droite française mette son grain de sel dans cette " machine " fort complexe pour que tout s’effondre ou presque. Il est vrai que nos politiques ont un sens inné des affaires, dans toutes les acceptions du terme, et qu’ils cultivent l’art de détruire ce que le milieu économique fait de mieux. Une sorte de jeu de massacre permanent, au nom d’une idéologie dont on finira bien par se demander, un jour, ce qu’elle apporte de positif à notre société.
Toute l’Europe a donc découvert avec étonnement que sa plus belle entreprise communautaire servait de repaire à diverses barbouzes, préoccupées de régler des comptes politiques. Un directeur adjoint, somptueusement payé, copain du Premier Ministre, n’avait pas d’autre occupation que celle d’expédier des lettres anonymes à un juge d’instruction. Un très haut technicien en informatique fabriquait des faux listings. Et tous ces cadres (et probablement quelques-uns de leurs collaborateurs) vivaient heureux en montant des complots contre les plus hauts personnages de la République. Une occupation comme une autre, que sûrement Noël Forgeard, nommé après une farouche lutte secrète, ne connaissait pas!
Candidat au poste de Philippe Camus à la coprésidence d'EADS, il avait délégué à Philippe Delmas le soin de faire sa campagne auprès des personnalités politiques, de l'Etat-major de Lagardère, principal actionnaire d'EADS et de la presse. A la tête d'Airbus, première filiale d'EADS, Noël Forgeard formait avec son agent électoral un couple exécutif très efficace. Il a donc obtenu satisfaction, pour aussitôt plonger dans les problèmes et les combines.
Dans l'affaire " courant clair ", survenue en 2004 en marge de celle des frégates de Taïwan, son bureau à EADS a fait l'objet d'une perquisition, le 3 avril dernier, ainsi que celui de Jean Louis Gergorin, membre du Comité exécutif d'EADS et corbeau avéré. Honneur aux dirigeants français, dans un consortium co-dirigé avec des Allemands tatillons et surtout soucieux de gérer avec une rigueur absolue une entreprise essentielle pour le redressement de leur pays. Chez nous, les responsables d'une entreprise jouent, sans problème, à l’espion au service des ambitions de leur copain. On peut penser qu’ils ont du temps à perdre, car tout " baigne " à EADS tellement la situation économique est saine. Leurs agissements, déjà suspects, ne seraient que des broutilles en comparaison des enjeux réels de l’A 380 !  D'abord, les magouilles. Après, le dévelopement.
RIGUEUR ET DETERMINATION
Arrive alors l’annonce, par M. Noël Forgeard, de la fermeture pure et simple de la SOGERMA à Mérignac au nom de l’efficacité. Ce gars là fait preuve de rigueur et de détermination. La SOGERMA n’est plus rentable : exit ses employés ! L’annonce faite à Sainte-Marie provoque un tollé. Même ses potes les plus proches se fâchent. Du haut de son fauteuil directorial, le coprésident d’EADS s’offre deux pas en arrière, mais maintient le cap. Une sorte d’exécution collective pour l’exemple, dont on diffèrera la mise en œuvre, la sentence  demeurant toutefois inéluctable. Sans que l’on affirme que l’avenir de l’entreprise est en jeu, on laisse filtrer l'annonce de pertes inquiétantes…On conditionne l'opinion. On se targue de gestion efficace, et surtout irréprochable sur le plan moral.
La situation paraît désespérée, et comme lors d’une catastrophe " naturelle ", le Premier de ce qu’il reste comme Ministres, se déplace en personne pour réconforter les sinistrés. L’image d’EADS, déjà écornée par l’affaire " courant clair " s’assombrit un peu plus.
La France s’illustre par sa gestion d’un dossier dans lequel " l’Etat actionnaire " a refusé à une filiale du groupe qu’il doit développer, le carnet de commandes de " L’Etat client ". Incompréhensible mais logique dans le système outrancièrement concurrentiel actuel. Provisoirement, le dossier a été " anesthésié " pour que la Coupe du monde, puis les vacances, l’endorment définitivement.
IL RESTE LE COUP DE GRACE
Coups tordus en douce. Désastre social programmé. EADS a perdu de sa superbe. Il reste le coup de grâce, car pendant que ces péripéties occupent le devant de la scène, le pire se tramait. Mercredi, le titre chutait de plus de 25 % à la mi-journée, miné par l'annonce, la veille, par Airbus, de nouveaux retards de livraison de l'avion géant A380, qui vont amputer de manière importante les résultats de sa maison mère EADS dès 2007.
Ces retards ne devraient pas avoir d'impact sur le bénéfice d'exploitation d'EADS en 2006, mais ils devraient le diminuer " d'environ 500 millions d'€ par an par rapport au plan initial, de 2007 à 2010 ", a précisé EADS, maison-mère de l'avionneur européen. Un coup terrible pour la crédibilité du fleuron de notre industrie aéronautique.
Des milliards d’€ se sont envolés en quelques heures. Pas de réactions officielles, et personne n’évoque les " boulots au noir " de Gergorin et de Lahoud, le démantèlement de la SOGERMA, heureuses facettes d’une gestion déjà exemplaire ! De telles prouesses méritent d’ailleurs une récompense… c’est du moins ce qu’ont pensé les éminents dirigeants d’EADS. On avait eu le scandale politique, puis le scandale social et le scandale boursier, il ne restait que le scandale financier…
UNE FAMILLE EN OR
C’est fait depuis hier, au moment où l’action du groupe européen de défense s’est effondrée de 26% à la Bourse de Paris. Trois mois avant, Noël Forgeard, ses trois enfants et plusieurs membres de l’Etat major d’EADS ont en effet vendu pour plusieurs millions d’€ de stock-options. Le 15 mars, Noël Forgeard liquidait une partie de ses stock-options pour un total de 2,5 millions d’€ (une paille pour un salarié de la SOGERMA), avant commissions. Dans le même temps, ses enfants, Louis, Catherine et Marie, font de même : chacun cède 42 666 actions entre le 15 et le 17, pour un prix moyen de 32,82 € par titre. Au total, pour la famille de celui qui ne voit rien, ne sait rien et ne dit rien : 6 700 000 € !
François Auque, un membre de la direction chargé du département Espace, se débarrasse pour sa part de plusieurs centaines de milliers d’€ et Jean-Paul Gut, un membre de la direction chargé du marketing, de la stratégie et de l'international, passe deux ordres, le 10 et le 15 mars. Stefan Zoller directeur de la division défense du groupe, se sépare également d’une partie de ses stock-options. Une épidémie de cessions… bien évidemment non liée à la situation d’EADS. D’ailleurs, selon les communiqués officiels, il s’agit d’un malencontreux concours de circonstances. Vous pouvez le croire…C'est aussi sûr que le fait que Gergorin n'était pour rien dans les lettres anonymes, que la SOGERMA ne va pas fermer, que Airbus va pour le mieux.
Il y a pourtant une explication beaucoup plus plausible : un corbeau a posté, depuis la SOGERMA en grève, à destination de toutes ces personnalités absolument pas au courant de la situation de l’entreprise dont ils avaient la charge, l’information relative aux ennuis techniques de l’A 380… ce qui a permis aux personnes concernées d'être initiées aux secrets d'EADS et de vendre leurs actions pour éviter d'engorger le marche au moment des soldes ! Ces gens là pratiquent la transparence de la gestion.
Il suffit maintenant de chercher le coupable de ces envois discrets. Allez, il se cache sûrement parmi ces élus pourris qui se sucrent sur les marchés publics. C'est bien connu, les dirigeants des grandes entreprises sont d'une honneteté sans faille. Eux, ce sont les actionnaires qui les contrôlent. Pas les citoyens!
Mais je déblogue…
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