Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

CA VA MAL FINIR

Les services aux personnes âgées prennent une importance particulière dans la vie quotidienne. Ils reflètent la mutation démographique en cours, et, plus encore, ils ouvrent la voie à ce qu’il faut bien appeler une " mutation sociale ". Elle est beaucoup moins voyante que celle qui a accompagné la sortie du CPE, mais beaucoup plus profonde. En effet, lentement la France, comme de nombreux autres pays européens, va découvrir que le 3° âge peut être suivi d’un quatrième, voire d'un cinquième. Et elle devra rapidement se préoccuper de problèmes jusque là totalement masqués par des habitudes de vie bien différentes.
Ainsi, l’allongement de la durée de vie provoque l’émergence de maladies dont on ignore les causes réelles. Les statistiques sur les causes de mortalité évoluent à la vitesse grand V. Elles font apparaître des courbes angoissantes pour certaines affections jusque là limitées en nombre, puisque les gens susceptibles de la contracter mouraient avant qu’elles ne les frappent. Alzheimer, Richardson, Parkinson… ont effectué une entrée fracassante dans la vie des familles, bouleversant les rapports entre enfants et parents. Elles inquiètent au moins autant que le cancer, car elles ne reposent sur aucune cause concrète, et pour l’instant on ne connaît aucun moyen de les traiter véritablement.
LA QUESTION DE LA DEPENDANCE ET DU HANDICAP
La question du vieillissement pose donc généralement la question de la dépendance et du handicap, et ces questions deviennent des préoccupations sociales et économiques fortes. Les demandes et les désirs se modifient. Aujourd'hui, le désir de maintien à domicile des personnes se fait plus pressant. La majorité des personnes âgées et des personnes âgées " dépendantes " vivent " chez elles " et désirent y rester. Leur maintien à domicile repose, en grande partie, sur l'aide apportée par les membres de la famille, même si l’Allocation Personnalisée d’Autonomie a profondément modifié cette approche de la solidarité familiale.
87 % des personnes de 75 ans et plus vivent chez elles. Parmi les personnes lourdement dépendantes, 60 % vivent à domicile et 80 % reçoivent l'aide de leur proches, dont 50 % de manière exclusive. L’éclatement de la famille, sous les contraintes économiques liées au travail éloigné de chez l’aïeul, les ruptures des couples, le manque de temps, la pénurie financière… bouleversent rapidement ces statistiques
La politique actuelle préconise de renforcer la capacité à prévoir ou à gérer les pathologies spécifiques du vieillissement, à concevoir des actions qui s'inscrivent dans la durée et le contexte local, et à prendre en compte l'origine des comportements facilitant ou freinant l'adoption de nouvelles conduites d'hygiène de vie et de santé globale. Tout cela paraît très enthousiasmant mais, dans les faits, il reste une distance considérable entre ces belles intentions et les réalités.
UN EXEMPLE : LA MALADIE D’ALZHEIMER
L’exemple le plus flagrant de la non prévision du phénomène se trouve dans la maladie d’Alzheimer (photo ci-dessous). Elle frappe davantage, mais il est difficile d’en connaître les raisons puisqu' elle apparaît souvent tard dans la vie. Selon certains résultats épidémiologiques, il y avait, en 1990, 313 000 personnes âgées de plus de 65 ans atteintes de démence en France. Mais certaines études considèrent que le nombre réel est deux fois plus élevé. Il y en aurait 400 000 en 2005 !
Le principal facteur de risque est l’âge : 21,9 % pour les personnes âgées de 90 ans et plus. Elle est plus élevée chez les femmes. En 2020, il y aurait en France entre… 430 000 et 1 100 000 personnes de 65 ans et plus, atteintes de la maladie, selon les hypothèses de mortalité (stable ou tendancielle). Or on sait justement qu’il sera totalement impossible de maintenir à domicile ces malades, très difficiles à " accompagner ". Toutes les solutions actuelles ne permettent pas de soulager les " accompagnants ", car elles ne règlent rien. Le ménage, le repassage, la confection du repas, qui constituent actuellement le fonds de commerce des services d’aide à domicile, ne résolvent absolument pas la détresse terrible de l'entourage. Face au profond désarroi  entourant le malade, considéré comme un " mort psychique mais un vivant physique ", le maintien à domicile devient très problématique.
Qu’il s’agisse de l’APA, des aides à domicile, de l’accueil de jour, de l’hébergement en maison de retraite, ou de l’hébergement temporaire, toutes les aides existantes sont inadaptées à la situation des personnes âgées atteintes de démence Alzheimer : inégalité de traitement des malades sur le territoire pour l’APA, absence de qualification et de coordination des personnels soignants, en règle générale, problèmes de prise en charge du malade, la nuit et le week-end, financement à la charge exclusive des familles avec des tarifs de journée généralement très onéreux en ce qui concerne l’accueil de jour, délicate cohabitation entre patients atteints d’incapacité physique et personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, dans les structures d’hébergement. Rien n’évolue malgré des déclarations officielles épisodiques. D’ailleurs, les personnes touchées ne votent plus…et leur cas devient moins grave que celui d’autres malades plus rentables.
LA DESESPERANCE EST FORTE
La désespérance dans les cercles où vit encore un parent âgé m’émeut toujours aux larmes. Cette " disparition " permanente se supporte très mal, car on ne peut même pas faire son deuil d’une "absence durable", visible chaque jour. Je me rends presque quotidiennement auprès de mon père, enlisé physiquement dans la Paralysie Supranucléaire Progressive ou Maladie de Steele-Richardson-Olszewski. Une maladie que seul Internet connaît et que les médecins ont mis des mois à identifier. Les pauvres minutes que je lui consacre deviennent interminables, face à celui qui fut un "chêne", et qui désormais se transforme en statue de pierre. Que faire ? Que dire ? Que penser ? Que lui donner ?
Il ne peut plus formuler les mots qui trottent encore dans son esprit. Il n’existe plus que par un fil ténu,qui le relie à cette vie à laquelle il a tout donné. Il n’y a même plus de désespoir, mais une incompréhension totale sur ce sort, nullement douloureux sur le plan physique. Je n’ose pas imaginer ce que serait notre vie s’il n’avait pas été admis, il y a plus d’un an, dans l’EPAHD de Créon. Mon beau-père, lui aussi pensionnaire du même établissement se laisse glisser vers le gouffre de l’inconscience. Ces deux plongées dans un monde d’où l’on ne revient jamais me hantent, car elles donnent une vision angoissante de ce qui, peut-être, m’attend. Elles m’interrogent. Elles me hantent. Elles me rendent modeste, car mon impuissance et celle de la médecine sont totales!
L’allongement de la durée de vie, souvent présentée comme une victoire de l’Homme sur la nature, comme un pied de nez de la science au destin, comme la revanche du rationnel sur l’inéluctable, me rapproche davantage de De Gaulle qui considérait " la vieillesse comme un naufrage " que de Mauriac qui affirmait que " c’est merveilleux la vieillesse… dommage que ça finisse si mal ! ".
Il est vrai qu’en France, certains spécialistes estiment qu’un enfant sur deux naissant aujourd’hui vivra encore à la fin du siècle prochain. Les centenaires sont au nombre de 6 000 aujourd’hui en France, mais ils pourraient être 150 000 en 2050. Chaque année, nous "gagnons" en moyenne 3 mois d’espérance de vie. Alors, la longévité humaine peut-elle se poursuivre jusqu’à l’infini ? Oui, si on peut librement en choisir le terme, et plus encore la qualité.
Mais je déblogue… 
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
O
correctif :  la cérémonie de la décoration d ' Odette Trupin , ancienne Députée , nommée au grade de Chevalier dans l' Ordre de La Pléiade, ordre de la francophonie et du dialogue des cultures, en janvier 2002, aura lieu à la Présidence de l' Assemblée le 26 juin à 19h30.
Répondre
P
Merci tout d'abord pour votre reflexion sur la maladie, empreinte à la fois d'humanité et de lucidité.<br />  <br /> <br />   "Mourir la belle affaire...mais vieillir...oh vieillir.."<br />  <br /> <br /> A mon sens, ces quelques mots de Jacques BREL caractérisent bien l'homme (au sens de "la race humaine"); l'homme dont il est souvent dit qu'il représente la seule espèce au sein du règne animal qui, bien qu'ayant très tôt conscience de sa mortalité, passe sa vie à faire comme si elle ne se terminait jamais.<br />  <br /> <br /> C'est certainement ce qui nous fait avancer, mais nous oublions aussi qu"avant la mort est la vieillesse et que si nous arrivons à nous convaincre que nous rejoindrons la première très tard, c'est sans nous rendre compte que le prix que nous payons est peut-être, paradoxalement, d'entrer dans la deuxième de plus en plus jeune, ce qui me fait penser que non seulement "nous finirons mal" mais que la fin sera longue.<br />  <br /> <br /> En effet , je remarque que le nom de ces maladies n'était pas familier aux enfants des années 50, dont je fais partie, mais nos propres enfants ont appris plus tôt que nous les noms de quelques unes d'entre elles en y ajoutant malheureusement le SIDA et nos petits enfants possèdent déjà dans leur vocabulaire les mots ALZHEIMER, RICHARDSON ou PARKINSON comme autant d'affections dont ils ont entendu dire qu'un des membres de leur famille ou leurs leurs proches en était atteint.<br /> PS : curiosité de notre langue que ce mot "affection" utilisé comme synonyme de "maladie". Après ces propos un peu sombre, gageons qu'en cette journée de fête des pères, l'affection de nos enfants l'emportera sur celles dont nous pouvons être atteints.<br />  <br />
Répondre
M
Je me sens également concernée par ce que tu vis (mon père, en fauteuil roulant, n'entend plus, ne touve plus ses mots, ne peut plus lire !) et par ce que tu dis de ce qui attend la génération qui suit. <br /> Comme Yokaidi, je souhaiterais que quelque chose bouge. J'aimerais pouvoir légalement faire ma dernière "sortie" dans la dignité et à l'heure décidée par moi. <br /> Mon livre référence est le livre écrit par la fille de Mme Jospin qui n' a pas voulu attendre la déchéance inévitable. Mais elle était infirmière, savait comment faire et à qui s'adresser... !?<br /> Un débat, oui... mais légiférer est dangereux : je ne fais personnellement aucune confiance à la nouvelle "race" de médecins qui... je ne sais comment les désigner.
Répondre
Y
En filigrane il est important d'avoir aussi un débat de toute la société sur l'euthanasie et non pas simplement les médecins/politiques/justice.
Répondre
N
Bonjour à tous <br /> Je suis concerné en ce moment pour ma maman ..Qui n\\\'est pas concerné et qui ne le sera point....? personne. .  La fin de vie est un naufrage .parfois.<br /> Cela fait  7 mois... actuellement  Agen ..mais ayant connu 6 structures auparavant  !! J\\\'ai l\\\'impression que tout le monde  se rejette la maladie ,fait son petit travail et passe le relais , sans ce préoccuper si c\\\'est adapté ou pas..<br />  On envoie sans vous prévenir ,comme si c\\\'était un colis .en vous disant qu\\\'à 82 ans ....Les mèdecins , certains, vous reçoivent dans les couloirs , parlent du handicap devant d\\\'autres malades sans précautions . Professeur ,ils en oublient la moindre courtoisie , ou sont  totalemen imbéciles..<br /> Les infirmières atteignent leur limite ..et tachent de conserver leur travail en faisant  leur possible ...Et on annonce 15OOO fonctionnaires en moins en 2007..,pendant ce temps . Je vous promets que je prendrai un tablier bleu ou vert ou blanc et que j\\\'irai dans la rue avec eux. manifester ma révolte et ma colère..sans doute très prochainement..<br /> Nouaille  Christian<br />  <br />  <br />  
Répondre