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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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IL Y A DU MENDES DANS L'AIR

La question revient sans arrêt dans les conversations détendues que je peux avoir avec des amis. Ils s’inquiètent, toutes et tous, de savoir quelle mouche du sommeil a pu me piquer. Ils veulent absolument deviner comment j’ai pu sombrer dans une dépression pareille. En effet, je n’appartiens pas à la cohorte joyeuse des adhérents du Parti Socialiste se prononçant sur l’apparence des femmes et des hommes, mais plus prosaïquement sur des critères beaucoup plus idéologiques. Le jeu actuel c’est de tenter, par tous les moyens, de séduire avant de convaincre, et je constate que nombre de mes proches se laissent aisément attirer par cette attitude marketing. Ils préfèrent, en effet, la facilité d’un espoir factice à une réflexion plus exigeante sur la réalité. Et chaque fois, je me rapproche d’une certitude : le recul donné par l’histoire est le seul outil qui permet de résister à la tentation médiatique.
 Malheureusement, notre société frappée du jeunisme triomphant, ne tient plus compte du fait que la valeur puisse attendre le nombre des années. Dans le milieu du travail, on pousse vers la sortie, par des incitations financières, des quinquagénaires n’ayant pas encore tourné la page de leur décennie charnière. Dans celui du sport, on devient vieux à tout juste plus de 30 ans, et l’on prépare sans cesse des relèves juvéniles. Etre branché suffit à ouvrir des portes. Etre " has been " ne permet que de multiplier les tournées d’adieux.
L’apologie de la consommation conduit à un besoin constant de renouvellement des femmes et des hommes de pouvoir. Ils sont vidés rapidement de la substantifique moelle faisant leur originalité, pour être jetés aux orties de la notoriété. On passe à autre chose avec le sentiment qu’il faut du neuf et que l’échec ne repose que sur l’usure du temps. Il sera de plus en plus difficile d’accomplir une carrière gagnante qui dure, car le poids des ans rend inévitablement suspect, et surtout prédisposé à la mise au rencard. Il n’y a qu’en Afrique que le principe du " conseil des sages " fonctionne réellement car, chez nous, on a inventé... les conseils d’enfants… dont on sait que, parfois, ils tournent à la singerie de la comédie politique. On effectue rapidement un parrallèle avec d'autres aspects de l'Histoire.
Au sein du Parti socialiste, il semble en effet se rejouer la fameuse querelle des anciens et des modernes dont on sait qu’elle a enflammé le XVII° siècle. L’opposition entre tradition et modernité est une constante dans l'histoire de la littérature moderne, elle l’est aussi de plus en plus dans la politique, depuis l’arrivée sur la scène, aux USA, d’un certain John Fitzgerald Kennedy, et l’installation à l’Elysée de Valéry Giscard d’Estaing.

OPPOSITION ENTRE IMITATION ET INNOVATION
Bien qu’il y ait eu, en apparence, dans la querelle littéraire des anciens et des modernes, deux camps idéologiquement bien tranchés, il s’agissait surtout de rivalités de personnes, et de cabales entre coteries, ce qui explique peut-être l’âpreté de la lutte. Néanmoins, quelques grands problèmes ont été abordés. Par exemple l’opposition entre imitation, échappant aux modes éphémères, et innovation, tenant compte de l’évolution du monde.
Elle pose surtout la question du progrès en art. Il est impossible pour les Anciens ("Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis mille ans qu’il y a des hommes, et qui pensent", La Bruyère), mais nécessaire pour les Modernes ("Le temps a découvert plusieurs secrets dans les arts, qui, joints à ceux que les Anciens nous ont laissé, les ont rendus plus accomplis" Charles Perrault). Ce duel féroce a laissé des traces terribles, car il a brisé des carrières et des vies, mais il a aussi, c’est vrai, permis de préparer, d’un certaine manière, la Révolution qui arrivera plus d’un siècle après.
Les conséquences ne sont donc pas négligeables. La remise en cause des modèles du passé ébranle les notions de tradition et d’autorité, et cela plait aux gens installés qui y voient un signe de force morale louable.
Le goût classique ne peut plus imposer son esthétique, qui puise dans " l’Antiquité ", et l’esprit critique, qui résulte de l’affrontement, va s’imposer. La querelle des Anciens et des Modernes annonce ainsi la philosophie des Lumières, mais elle oblige à constater que les œuvres qui ont survécu ne sont pas toujours celles qui ont été, à leur époque, le fruit de la modernité.
Ainsi, avouer au parti socialiste que vous avez plus de 30 ans de militantisme avéré et que vous y puisez votre idéologie, c’est un peu " s’autofossiliser ". Il vaut mieux affirmer sa présence récente, avec un enthousiasme communicatif né dans un besoin soudain de participer au combat honorable des novateurs, face aux conservateurs. Le mal est irrémédiable : toute fidélité à des principes basiques (laïcité, solidarité, égalité, fraternité, lucidité, efficacité…) devient inexorablement suspecte. Elle relève, selon les modernistes, de cette volonté à préserver des acquis ou d'un manque de sincérité patent.

LE REMORD VIVANT
Justement, plus un homme va à l’encontre de son intérêt, plus il doute du chemin qu’il emprunte, plus il tient bon dans la tempête, plus ses convictions vont dans le sens opposé à sa carrière et plus il devient moderne, dans un contexte où tout le monde s’évertue à faire le contraire. Pour l’instant, les gens de cette envergure sont rares. Très rares. Trop rares. Le seul que je respecte dans la vie politique ,à cet égard, c’est Pierre Mendés France. Il n’a jamais cédé à l’opinion dominante. Et lui, qui aurait pu avoir une carrière infiniment plus glorieuse que celle qu’il a eue, a toujours été le remord vivant de celles et ceux qui avaient oublié des " valeurs dépassées " pour envisager de sauver leur avenir. Jamais Mendés n’a pu devenir populaire au sein de ce qui était le parti radical d’antan. On ne lui rendra justice que bien plus tard (et encore…) en reconnaissant qu’il avait eu raison avant les autres, mais qu’il n’avait pas su, malgré ses causeries radiophoniques, convaincre les militants !
Ainsi "C’est le droit des prolétaires, c’est le droit des opprimés, de lire dans notre conscience et dans notre vie comme dans un livre ouvert, disait Jaurès. Et quand le prolétariat connaîtra à fond tous les militants, il verra qu’il ne doit jamais s’abandonner complètement à aucun homme. Tous, quel que soit notre bon vouloir, nous pouvons un jour ou l’autre trébucher ou errer". (…). Existe-t-il une phrase plus actuelle que celle-ci extraite de la République moderne. Je sais que j’appartiens à "l’Antiquité" puisque je n’ai pas rejoint le PS par Internet. Je sais que mon discours ne séduira pas nécessairement les foules. Je sais que je n’ai pas été majoritaire dans mes trente premières années de militantisme politique car je respectais les principes mendésistes qui voulaient que l’archaïsme repose dans la facilité jamais dans l’exigence morale.

VOLONTES PRECISES,OBJECTIFS DETERMINES, CONTRATS CLAIRS
" …Que le pays les juge aussi avec rigueur, qu’il fasse demain de meilleurs choix, je le souhaite de tout mon patriotisme. Mais toutes ses décisions doivent d’abord être fondées sur des volontés précises, sur des objectifs déterminés, sur des contrats clairs. Choisir un homme sur la seule base de son talent, de ses mérites, de son prestige (ou de son habileté électorale ou de son charme télégénique), c’est une abdication de la part du peuple, une renonciation à commander et à contrôler lui-même, c’est une régression par rapport à une évolution que toute l’histoire nous a appris à considérer comme un progrès." Pourquoi dans les sections du PS ne remet-on pas cet autre extrait de la "République moderne" de Mendés écrite en… 1962 !
Laurent Fabius risque bien d’être le Mendés de ce début de XXI° siècle. Je n’ai cru en lui que le jour où je l’ai vu personnellement et directement douter de lui, de ce qu’il avait fait, de ce qu’il avait été, de ce qu’il devait faire. J’ai commencé à avoir confiance, quand j’ai eu la surprise de l’entendre me demander qu’elle serait ma priorité si j’avais un jour son pouvoir. J’ai accepté de le suivre quand il a pris une direction qui ne pouvait lui valoir que l’échec. Lui qui apparaissait sûr de son intelligence, de son savoir, de ses capacités, de son passé aura eu à mes yeux le mérite de ne plus avoir de certitudes, ce qui lui a permis de revenir à l’essentiel : se rester fidèle, quel qu’en soit le prix ! Certes ce n’est guère rassurant, quand on rêve d’idole portée par l’opinion dominante
Mendès-France aurait aimé le modernisme de cette conception de la politique mais aurait probablement confié à Fabius que l’on ne sort jamais indemne de tels combats. On n'y acquiert que l'estime, mais pas la victoire !
Mais je déblogue…
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E
Jean-Louis, viens voir mon site et envoie moi un mail que je puisse avoir ton adresse. Merci.
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J
Dans les idées exprimées par les candidats socialistes à la candidature, quand il s'agit de programme, ou de la manière d'appliquer un programme, quand il s'agit d'exprimer ses convictions, c'est Laurent Fabius qui a ma préférence et qui aura mon vote. Mais il est vrai que son passé ne plaide pas toujours pas en sa faveur, et la bataille qu'il mène actuellement n'en est que plus courageuse. Pourvu qu'il y arrive.<br /> Mais tu écris :"Je n’ai cru en lui que le jour où je l’ai vu personnellement ". Et là tu prouves peut-être que la tâche de Laurent Fabius est très rude.
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