OPPOSITION ENTRE IMITATION ET INNOVATION Bien qu’il y ait eu, en apparence, dans la querelle littéraire des anciens et des modernes, deux camps idéologiquement bien tranchés, il s’agissait surtout de rivalités de personnes, et de cabales entre coteries, ce qui explique peut-être l’âpreté de la lutte. Néanmoins, quelques grands problèmes ont été abordés. Par exemple l’opposition entre imitation, échappant aux modes éphémères, et innovation, tenant compte de l’évolution du monde.
Elle pose surtout la question du progrès en art. Il est impossible
pour les Anciens ("Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis mille ans qu’il y a des hommes, et qui pensent", La Bruyère), mais nécessaire pour
les Modernes ("Le temps a découvert plusieurs se
crets dans les arts, qui, joints à ceux que les Anciens nous ont laissé, les ont rendus plus accomplis" Charles Perrault). Ce
duel féroce a laissé des
traces terribles, car il a
brisé des carrières et des vies, mais il a aussi, c’est vrai, permis de
préparer, d’un certaine manière, la Révolution qui arrivera plus d’un siècle après.
Les conséquences ne sont donc pas négligeables. La remise en cause des modèles du passé ébranle les notions de tradition et d’autorité, et cela plait aux gens installés qui y voient un signe de force morale louable.
Le goût classique ne peut plus imposer son esthétique, qui puise dans " l’Antiquité ", et l’esprit critique, qui résulte de l’affrontement, va s’imposer. La querelle des Anciens et des Modernes annonce ainsi la philosophie des Lumières, mais elle oblige à constater que les œuvres qui ont survécu ne sont pas toujours celles qui ont été, à leur époque, le fruit de la modernité.
Ainsi, avouer au parti socialiste que vous avez plus de 30 ans de militantisme avéré et que vous y puisez votre idéologie, c’est un peu " s’autofossiliser ". Il vaut mieux affirmer sa présence récente, avec un enthousiasme communicatif né dans un besoin soudain de participer au combat honorable des novateurs, face aux conservateurs. Le mal est irrémédiable : toute fidélité à des principes basiques (laïcité, solidarité, égalité, fraternité, lucidité, efficacité…) devient inexorablement suspecte. Elle relève, selon les modernistes, de cette volonté à préserver des acquis ou d'un manque de sincérité patent.
LE REMORD VIVANT
Justement, plus un homme va à l’encontre de son intérêt, plus il doute du chemin qu’il emprunte, plus il tient bon dans la tempête, plus ses convictions vont dans le sens opposé à sa carrière et plus il devient moderne, dans un contexte où tout le monde s’évertue à faire le contraire. Pour l’instant, les gens de cette envergure sont rares. Très rares. Trop rares. Le seul que je respecte dans la vie politique ,à cet égard, c’est Pierre Mendés France
. Il n’a jamais cédé à l’opinion dominante. Et lui, qui aurait pu avoir une carrière infiniment plus glorieuse que celle qu’il a eue, a toujours été le remord vivant de celles et ceux qui avaient oublié des " valeurs dépassées " pour envisager de sauver leur avenir. Jamais Mendés n’a pu devenir populaire au sein de ce qui était le parti radical d’antan. On ne lui rendra justice que bien plus tard (et encore…) en reconnaissant qu’il avait eu raison avant les autres, mais qu’il n’avait pas su, malgré ses causeries radiophoniques, convaincre les militants ! Ainsi "C’est le droit des prolétaires, c’est le droit des opprimés, de lire dans notre conscience et dans notre vie comme dans un livre ouvert, disait Jaurès. Et quand le prolétariat connaîtra à fond tous les militants, il verra qu’il ne doit jamais s’abandonner complètement à aucun homme. Tous, quel que soit notre bon vouloir, nous pouvons un jour ou l’autre trébucher ou errer". (…). Existe-t-il une phrase plus actuelle que celle-ci extraite de la République moderne. Je sais que j’appartiens à "l’Antiquité" puisque je n’ai pas rejoint le PS par Internet. Je sais que mon discours ne séduira pas nécessairement les foules. Je sais que je n’ai pas été majoritaire dans mes trente premières années de militantisme politique car je respectais les principes mendésistes qui voulaient que l’archaïsme repose dans la facilité jamais dans l’exigence morale.
VOLONTES PRECISES,OBJECTIFS DETERMINES, CONTRATS CLAIRS
" …Que le pays les juge aussi avec rigueur, qu’il fasse demain de meilleurs choix, je le souhaite de tout mon patriotisme. Mais toutes ses décisions doivent d’abord être fondées sur des volontés précises, sur des objectifs déterminés, sur des contrats clairs. Choisir un homme sur la seule base de son talent, de ses mérites, de son prestige (ou de son habileté électorale ou de son charme télégénique), c’est une abdication de la part du peuple, une renonciation à commander et à contrôler lui-même, c’est une régression par rapport à une évolution que toute l’histoire nous a appris à considérer comme un progrès." Pourquoi dans les sections du PS ne remet-on pas cet autre extrait de la "République moderne" de Mendés écrite en… 1962 !
Laurent Fabius risque bien d’être le Mendés de ce début de XXI° siècle. Je n’ai cru en lui que le jour où je l’ai vu personnellement et directement douter de lui, de ce qu’il avait fait, de ce qu’il avait été, de ce qu’il devait faire. J’ai commencé à avoir confiance, quand j’ai eu la surprise de l’entendre me demander qu’elle serait ma priorité si j’avais un jour son pouvoir. J’ai accepté de le suivre quand il a pris une direction qui ne pouvait lui valoir que l’échec. Lui qui apparaissait sûr de son intelligence, de son savoir, de ses capacités, de son passé aura eu à mes yeux le mérite de ne plus avoir de certitudes, ce qui lui a permis de revenir à l’essentiel : se rester fidèle, quel qu’en soit le prix ! Certes ce n’est guère rassurant, quand on rêve d’idole portée par l’opinion dominante…
Mendès-France aurait aimé le modernisme de cette conception de la politique mais aurait probablement confié à Fabius que l’on ne sort jamais indemne de tels combats. On n'y acquiert que l'estime, mais pas la victoire !
Mais je déblogue…