La chasse bat son plein. Chaqu
e soir on compte et on recompte le nombre de pièces de la journée. Il faut, chacun le sait fort bien, déployer beaucoup d’adresse et d’efforts pour réussir à aligner quelques victimes. On en voit passer pas mal. On tente par tous les moyens de les allécher, de leur montrer l’intérêt de poser leur marque au bon endroit, de leur faire miroiter une récompense éventuelle… mais rien n’est fait d’avance ! La technique de l’approche se révèle en effet primordiale. Il faut avancer en douceur, se montrer adroit pour ne pas risquer immédiatement un refus. On envoie des " appeaux " rôdés ou des jeunes bourrés d’enthousiasme, pour tenter de traquer le bon coup. Il faut convenir que parfois, à leur seule vue, la " proie " convoitée s’envole ou passe sa route, car elle sait que le coup de fusil ne tardera pas à venir dès que l’on aura apposé sa griffe. Le gibier se réfugie parfois dans les coins les plus reculés. Des heures de marche sont alors indispensables pour aller le dénicher dans une " tanière " véritablement rupestre. Et, souvent, la déception pointe : il refuse absolument de participer à une future séance de " tir aux pigeons " et se contente de se claquemurer dans un silence réprobateur.
La chasse aux signatures de Maires pour l’élection présidentielle est donc ouverte depuis plusieurs semaines. Elle préoccupe bien des états majors, car l’objectif de 500 paraphes semble encore très loin pour beaucoup de présidentiables annoncés. D’ailleurs, ça commence à gronder dans des camps aussi divers que ceux de Le Pen, Besancenot, Voynet ou Laguiller… Pour les autres, c’est assuré ou déjà cuit depuis longtemps. Si l’on annonce encore des dizaines de candidats au départ, il serait étonnant qu’il y en ait autant à l’arrivée !
Pour simplement exister, pour rappeler qu’ils existent encore, ou plus prosaïquement pour se faire finalement un brin de pub, la grande majorité ne passera pas le cap de la fin de l’année, car elle n’a absolument aucune chance de recueillir les centaines de signatures nécessaires.
Parmi les hypothèses qui parcourent les instances " pensantes " des grands partis, l’une d’entre elles consiste à imaginer que Sarkozy, qui a les moyens de faire ce que bon lui semble, tarirait le robinet en faveur du FN… et que Hollande verrouillerait les élus du PS, afin qu’il n’y ait qu’une possibilité de candidature " abordable " sur la gauche de la candidate socialiste, car la seule qui a déjà l’assurance de pouvoir partir n’est autre que Marie Georges Buffet… Il faudra donc, tôt ou tard, que ce cadeau fait au PC se monnaye, étant donné que ni la LCR, ni LO, ni Bové, ni Voynet, ni Chevènement ne possèdent un porte feuille suffisant tout seuls pour partir. Ce sont les communistes qui détiennent les clés du coffre-fort… et ils ne les donneront pas facilement aux autres.
PAS PUREMENT ET SINCEREMENT POLITIQUE
Ce que l’on ne dit pas assez c’est que la quête éperdue de ces 500 soutiens n’est pas purement et sincèrement idéologique contrairement aux déclarations enflammées des uns et des autres. Seul Le Pen a déjà annoncé, pour noircir le tableau, que si sa récolte était insuffisante et qu’il ne puisse pas partir aux présidentielles, le FN serait dans l’obligation de vendre " le Paquebot ", son siège de Saint Cloud. En effet le dépôt officiel de la liste au conseil constitutionnel vaut à peu près… 700 000 € ! Ce pactole forfaitaire n’est pas obligé d’être utilisé dans la campagne, et aucun justificatif n’est demandé sur son emploi. Si les frais sont réduits, le reste va dans les caisses du parti. C’est ainsi que l’on peut considérer que chaque signature de maire vaut… 1 400 € ce qui peut autoriser quelques libéralités… et favoriser des arrangements entre amis.
Mieux, cette chasse a éveillé, dans le passé, des vocations éphémères, car
l'opération purement financière est tentante pour des candidats opportunistes comme le furent récemment Jacques Cheminade ou Daniel Gluckstein dont on ne peut pas dire qu’ils aient laissé une trace politique impérissable. Absents de la vie politique entre deux présidentielles, ils réapparaissent, comme d’autres, aux mêmes échéances qui leur rapportent plus qu'elles ne leur coûtent. D'autant que les frais d'organisation matérielle de l'élection (envoi des professions de foi, impression des bulletins de vote...) sont pris en charge par l’Etat et que ces 700 000 € ne servent qu’aux éventuelles autres… dépenses (meetings, déplacements, acquisition d’espaces publicitaires, rémunération de copains…). La réussite de cette étape " signatures " est donc financièrement décisive car, sans elle, la ruine menace dans des partis qui manquent parfois singulièrement de cotisants. On imagine mal par exemple Lutte ouvrière se passer d’une pareille manne céleste que, jusqu’à présent, Arlette a toujours apportée à ses mentors, ou le facteur Besancenot rentrer à la maison sans le " mandat " de la dernière fois. C’est pour cela que l’affolement menace.
UNE PERTE SECHE DE 3 MILLIONS D’€
Le sésame obtenu ouvre en effet d’autres bonifications avantageuses, si par exemple, on dépasse le fameux cap des 5 % des suffrages exprimés. Les dépenses de campagne sont alors remboursées à hauteur de 50 % des comptes présentés, avec un plafond toujours largement atteint de… 7 millions d’€ au premier tour et de 10 millions au second tour. On peut considérer que Lutte Ouvrière, faute des 500 signatures (surtout si LCR n’y parvient pas) enregistrerait une perte sèche avoisinant les 3 millions d’€ ! De quoi vous donner des ailes pour traquer le moindre maire hésitant et pouvant se décider au titre de la… défense de la démocratie ! Tous les V.R.P. (Voyageurs Représentants de Parti) tiennent le même discours sur le scandale que représenterait leur absence lors du scrutin. La tentation compatissante de les aider fait le reste. En revanche, il n’est pas certain que chacun d’entre eux, en signant une promesse de soutien, se rende vraiment compte de cette réalité sonnante et trébuchante.
En fait, les plus courtisés sont ceux qui n’ont aucun engagement affiché. Les fameux " apolitiques " ou " sans étiquettes " sont harcelés par les sergents recruteurs qui les poursuivent jusque dans leurs fermes ou sur leur lieu de travail. En 2007, les délais seront serrés, avec réception fin janvier des formulaires par les élus, et dépôt des signatures au Conseil constitutionnel un mois avant les élections, soit à la mi-mars. Il y aura fort peu de temps. Mais a contrario, si les municipales sont maintenues en 2008, il y aura plusieurs mois pour faire oublier aux électrices et électeurs une signature un peu trop politisée. J’ai pourtant en mémoire l’histoire de ce Maire de Madirac qui avait accordé son soutien à Le Pen en 81 et qui aux élections locales suivantes (83) se retrouva laminé dans son village ! La leçon a calmé tous ses collègues du canton. Il y a des soutiens qui ne s’oublient pas !
LA RESURRECTION DE CHEVENEMENT
Chaque matin arrive donc une lettre d’un candidat potentiel. La dernière en date marque la résurrection de Jean Pierre Chevènement, qui tente de se repositionner comme en 2002. Il cherche surtout à savoir
s’il a justement un espoir de collecter les 500 signatures avant d’avancer sur le chemin très long (il s’en est aperçu la dernière fois) qui peut conduire au 5 % de suffrages exprimés au premier tour. En fait, il est à peu près certain qu’à la gauche de la gauche le choix du candidat s’effectuera par élimination… liste de maires en mains. En vieux renard, Chevènement le sait. Il possède encore un réseau que pilote Georges Sarre, Maire du XI° arrondissement de Paris. Il sait que même au sein du PS, il pourrait ramasser, selon le verdict des urnes le 16 novembre, des soutiens de déçus qui constitueraient alors son fonds de commerce. Le principal risque pour la ribambelle des autres candidats serait l’arrivée de Nicolas Hulot dans le jeu, car il aurait un effet pervers vis à vis de ces maires non engagés. Si accorder son soutien à l’extrême droite ou à l’extrême gauche nuit à une réputation, l’accorder à une vedette de la télévision ne peut qu’améliorer votre image. Ce serait alors un véritable désastre, notamment pour les Verts, qui seraient contraints de renvoyer Voynet pantoufler au Sénat. Déjà qu’elle n’est vraiment pas assurée d’obtenir son viatique, sa situation deviendrait désespérée. Ce serait alors un coup terrible pour la vie politique en général, car l’intrusion de Hulot accentuerait la débâcle actuelle de la démocratie représentative, mise à mal par les sondages, les cotes de popularité, les hit-parades " pipolisés ", les jurys citoyens potentiels et les soupçons de magouilles.
D’ailleurs, je me demande pourquoi personne n’a encore eu l’idée, au PS, de demander à l’abbé Pierre de porter les couleurs de la gauche. Considéré comme le plus aimé des français, engagé contre l’exclusion depuis des décennies, adepte de la démocratie participative, défenseur des sans papiers, exigeant sur le problème du logement, créateur d’emploi avec ses chiffonniers d’Emmaüs il paraît être le mieux placé pour battre Sarkozy. Et lui, au moins, il n’aura aucun problème pour recueillir les 500 signatures !
Mais je déblogue…