Tous les matins, j’é
coute dès l’aube la radio qui me suit dans la maison selon les lieux où je me trouve. J’alterne les stations nationales ou locales afin d’avoir une idée générale de l’actualité, avec l’espoir que la vérité se trouve dans la diversité. Or, ce matin j’ai failli me couper en me rasant, car France Bleu Gironde, excellente radio par ailleurs, présentait comme un scoop avec interviews multiples le fait qu’Alain Juppé ait tenu une permanence dans son bureau du Palais Rohan. Et suprème audace : une permanence de Maire, ouverte sans rendez-vous… Bien évidemment cette information méritait un traitement particulier, car Alain Juppé ne faisait que poursuivre une initiative prise par son remplaçant, le maire marri. L'information aurait mérité une reprise sur France Infos et un traitement par TF1 en cette semaine où s'ouvre, à Paris, le congrès de l'AMF (Association des maires de France). Elle est exceptionnelle, en cette période de la " démocratie participative " triomphante, et prend une dimension nationale voire internationale… Imaginez un instant un ex-Premier Ministre qui, maintenant qu’il a du temps à perdre, se met à répondre en direct aux besoins du Peuple. Même sur la voie royale pavée de bonnes intentions, on n’a pas prévu pareille audace. Le rapporteur de ce moment d’extrême authenticité, auquel, durant la dizaine d’années de son mandat antérieur, l’intéressé n’avait pas encore pensé, en était tout esbaubi! Afin d’être complet, le journaliste de service questionna bien évidemment quelques-uns des cinquante citoyens qui avaient osé se rendre à cette grande première. Tous ne purent pas accéder au confessionnal, et seulement une vingtaine d’entre eux
eurent la possibilité d’exprimer leur détresse personnelle. A maintes reprises, dans les chroniques précédentes, j’ai eu l’opportunité de clamer que contrairement à une opinion dominante soigneusement entretenue par les médias, les présidentiables demeurent en dehors des réalités. Qu’étaient venus majoritairement exprimer ces gens ? Voulaient-ils plus de transparence dans la gestion de la ville de Bordeaux, ou siéger dans un jury citoyen ? Venaient-ils protester contre l’insécurité ou l’ordre injuste régnant dans leur quartier ? Souhaitaient-ils débattre avec lui de sa vision d’une réforme constitutionnelle ? Espéraient-il pouvoir lui parler du cumul des mandats ou de la carte scolaire ?… Pas du tout ! Ils voulaient profiter de l’aubaine afin que, simplement, Alain Juppé leur donne une solution miracle au problème crucial de la société actuelle : le logement !
La quasi totalité d’entre eux n’avait effectué le déplacement vers le Palais Rohan que pour quémander un logement digne, à un prix convenable. Le reste ne passionne que les gens qui sont au chaud et ont une situation assise. Et je prends date : on se retrouvera au soir du premier tour !
SITUATION TOTALEMENT CATASTROPHIQUE
La situation dans ce domaine est totalement catastrophique mais elle ne fera pas, j’en suis certain, le cœur de la prochaine campagne. Et pourtant. Si la nouvelle permanence populaire d’Alain Juppé lui permet de mesurer l’écart considérable existant entre les débats au sommet du pays et les préoccupations de la base, elle n’aura pas été inutile. Nous sommes en effet aujourd’hui face à une situation de grave crise du logement, reconnue et dénoncée par tous les acteurs lucides.
Beaucoup s’interrogent pour savoir si cette crise est temporaire ou durable, mais dans les faits elle ne semble pas s’atténuer. Ce qui est sûr, c’est que cette situation affecte en priorité les familles les plus modestes, mais qu’elle n’épargne plus, non plus, les classes moyennes ou certaines catégories de la population comme les personnes ne possédant que de petits salaires.
Si de multiples facteurs peuvent expliquer ce phénomène, le tout premier est bien celui du manque de logements à des prix accessibles financièrement pour les familles, et qui aboutit par conséquent à une véritable " crise de leur solvabilisation ". Le pouvoir d’achat devient alors la préoccupation majeure quand, pour enter dans le moindre appartement, on vous demande un salaire équivalent à 3 fois le montant du loyer, et qu’il faut parfois ajouter deux cautionnaires solvables.
Le logement est le premier poste de dépenses et de préoccupations des familles ; des préoccupations pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs enfants (étudiants ou jeunes adultes voulant dé-cohabiter, etc.) ou pour leurs parents âgés, qui souhaitent se rapprocher d’eux ou obtenir un domicile de plain pied . Ce sont bien toutes les générations qui sont touchées, et les solidarités familiales qui sont, de ce fait, sollicitées. Il suffit de regarder autour de soi pour constater cette crainte, vérité qui ne figure pas dans les débats, car ceux-ci ne rassemblent que des gens… logés et solvables !
UN ESPACE DE SECURITE
Or le logement constitue bien pour les familles et encore plus pour celles en situation de fragilité, un espace de sécurité, lorsque l’emploi est incertain. Alors que la société a pris en charge beaucoup des phénomènes de la socialisation de l’enfant, par l’école, la PMI, la santé scolaire, les loisirs, le parascolaire, l’éducation, etc., la famille demeure et est aujourd’hui plus que jamais, le lieu de transmission intime des valeurs, et ce faisant, le logement est l’espace de cette transmission qui organise les générations. Il est inadmissible que des difficultés de logement puissent être aujourd’hui à l’origine d’un éclatement de la famille et de bien des explications à ce phénomène de " sor
tie " permanente des jeunes du refuge familial. On va au bas de la cage d’escalier parfois, quand on se retrouve dans le contexte d’un domicile exigu ! Le nombre de ménages considérés en situation de fragilité par rapport au logement (inconfort, surpeuplement, précarité de l’occupation, etc.) dépasse selon l’INSEE les 3 millions ! Cette situation d’exclusion face au logement est de plus en plus intolérable, d’autant plus qu’elle touche des familles avec enfants. Les familles nombreuses connaissent aussi des difficultés, tant pour l’accès au logement social que pour l’accès au logement intermédiaire. Car la triste loi De Robien a favorisé outrancièrement la construction de T2 ou de T3 dont la rentabilité est nettement supérieure à un T4 ou un T5.
Cette défiscalisation massive des investissements dans le locatif constitue une plaie pour l’avenir. En effet, dans les statistiques de construction de logements neufs, elle donne l’impression que des opportunités massives existent, alors qu’une fois la réduction opérée sur les impôts, la vocation locative du bien devient secondaire. On en arrive à avoir dans certaines résidences De Robien à constater des taux de remplissage catastrophiques et pour attirer le client " rentable " les agences proposent des cadeaux supplémentaires (bons d’achat dans des grandes surfaces, réduction dans des salles de gym…) afin de réaliser le minimum de mois de location et ensuite faire jouer les assurances.
LE CHANTAGE A LA NON "EXPULSABILITE"
Le pire c’est que, en définitive, en consentant une défiscalisation des investissements, l'Etat perd beaucoup plus d’argent que s’il subventionnait massivement du… logement social ! Et pourtant, on est parti pour continuer la gabegie ! Il manque 500.000 logements à loyer accessible en France, et nous pouvons en proposer 400.000 tout de suite si l'on suit nos propositions", a affirmé Jean Perrin, le président de l'UNPI (Union nationale de la propriété immobilière) lors d'une conférence de presse le 13 septembre 2006.
C'est le nombre de logements vacants qui pourraient être, selon une estimation avancée à plusieurs reprises par cette organisation de propriétaires privés, remis sur le marché par des propriétaires qui, aujourd'hui, préfèrent les garder vacants, plutôt que de risquer des impayés ou des difficultés pour retrouver la libre disposition de leurs biens, à l'issue d'une première période de location ! Dommage que ce brave homme ne parle pas du prix du loyer. Sur Créon, au 15 mai, une douzaine de locataires deviendra expulsable…
La vison libérale a encore frappé, et continue massivement à déstructurer la totalité de la société, car l’accès au logement est absolument indissociable de celle du pouvoir d’achat. Compte tenu du prix du foncier et donc des loyers, les occupants qui se sont rués vers ce qui existait sur le marché ne peuvent pas toujours ensuite faire face à leur engagement. Ils ont tout fait pour entrer dans les lieux, souvent en tapant les amis et la famille, mais sans se rendre compte que le loyer et les charges étaient au-dessus de leurs moyens…
Je voudrais donc pouvoir connaître la réponse d’Alain Juppé à cette Bordelaise qui déclarait sur France Bleu Gironde vouloir un logement correspondant à son maigre salaire… Je suis respectueux de son intelligence et de sa technicité de grand élu. C’est la raison qui me ferait tout bonnement " copier " son argumentation citoyenne pour pouvoir, lors de ma 550ème permanence libre, la répéter à ces dizaines de personnes qui pensent que je suis nul, car je n’ai aucune solution concrète à leur angoissante préoccupation. Mais il est vrai que je ne suis pas un as de la démocratie participative !
Mais je déblogue…
JE VOUS AVAIS PREVENUS MAIS VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU...
Relisez la chronique de L'AUTRE QUOTIDIEN "La rupture du grand soir" et allez sur