Parfois je me surprends à avoir des réactions illogiques. Ainsi, hier, en sortant pour traverser la place de la Prévôté vers la Mairie, je râlais contre une température que j’estimais beaucoup trop fraîche. Un peu comme si un petit –1° à la mi-décembre constituait un phénomène climatique anormal. Il est vrai que depuis des semaines, nous avions un automne réellement chaleureux. Cette propension à nous habituer à un climat différent du rythme antérieur des saisons constitue peut-être l’annonce d’une véritable mutation des esprits. En effet, le froid, la pluie, le vent sont désormais considérés comme des événements négatifs, surnaturels, car dérangeant le confort d’un quotidien reposant sur un temps clément permanent. Cette attitude constitue la résultante d’une évolution de plus en plus préoccupante.
2006 devrait être, en effet, la sixième année la plus chaude depuis que les relevés météorologiques ont été systématisés dans le monde voici un siècle et demi, a déclaré hier l'Organisation météorologique mondiale. Le problème, c’est que les dix années les plus chaudes ont toutes été recensées au cours des 12 dernières.Celle qui se termine a été marquée par une sécheresse extrême, et de fortes inondations dans la Corne de l'Afrique, agitée par des soubresauts catastrophiques, des feux de forêt d'une ampleur record aux Etats-Unis, des pluies torrentielles aux Philippines, un nouveau rétrécissement de la calotte de l'océan glacial Arctique et… l'automne le plus doux jamais constaté en Europe.
En Europe, les températures ont ainsi été de plus de trois degrés supérieures à la normale cet automne. En Grande-Bretagne, l'automne a été le plus doux depuis l'établissement des premiers relevés de températures au XVIIe siècle. Les Pays-Bas ont connu leur automne le plus doux depuis 1706, le Danemark depuis 1768… Tous les records tombent les uns après les autres sans pour autant affoler les populations qui préfèrent la chemisette ou le polo à la doudoune ou l’anorak. Justement, on ne va pas tarder à avoir des manifestations, car toute une filière économique va progressivement s’effondrer : celle des sports d’un hiver qui n’existe plus…
MENACE POUR LES ECONOMIES REGIONALES
Le réchauffement climatique "remet gravement en question la fiabilité de l'enneigement" dans les stations de ski des pays alpins en Europe, et "menace les économies régionales" tributaires du tourisme d'hiver, selon une étude que l'OCDE a rendue publique mercredi . "Les Alpes sont particulièrement sensibles aux changements climatiques, et le réchauffement récent y a été près de trois fois supérieur à la moyenne mondiale", note l'étude. Actuellement, on considère que 90% des domaines skiables alpins de moyenne ou grande taille, soit 599 domaines sur 666, bénéficient d'un enneigement naturel suffisant, soit une couche d'au moins 30 cm de neige, pendant au moins 100 jours par an, relèvent les auteurs. Les 10% restants sont déjà soumis à des conditions précaires.
" Une ha
usse de la température de 1°C, de 2°C ou de 4°C à l'avenir pourrait ramener le nombre de domaines skiables jouissant d'un enneigement fiable à 500, 400 ou finalement à 2000", prévient l'OCDE. Ce n’est pas le moment de publier de telles nouvelles alors que la France, active et dynamique, prépare ses skis !
Une étude de Greenpeace intitulée "changement climatique: quels impacts en France?", publiée en 2005, aboutissait pourtant déjà à des conclusions similaires à celles de l'OCDE. Un réchauffement moyen de 2 degrés par rapport aux conditions de la décennie 1980-1990, entraînerait une diminution de la durée d'enneigement de 5 à 4 mois (entre 1500 et 2500 mètres) dans les Alpes du nord et de 3 à 2 mois dans les Alpes du sud. Dans les deux cas, l'épaisseur du manteau neigeux serait réduite de 40 à 50 %. "Les études récentes suggèrent une probable remise en cause de l'existence même des stations de sports d'hiver de moyenne montagne", concluait également l'étude de Greenpeace. Des milliards d’€ d’investissements vont se révéler inutiles et donc improductifs. Et le malheur guette notre société qui consomme de plus en plus de sport… d’hiver : les bronzés ne pourront plus faire de ski, et ce n’est véritablement pas le top, pour le moral et pour les finances, des stations qui n'ont pas massivement investi dans des canons à neige artificielle. Ils n’auront même plus la possibilité d’aller se dépayser sur la banquise.
DISPARITION DE LA BANQUISE ARCTIQUE
La calotte glaciaire diminue au rythme de près de 8,6% par décennie, soit plus de 60.000 km² par an (plus que la superficie de la Suisse), ou l'équivalent… de la France, tous les neuf ans. Le réchauffement climatique pourrait en effet entraîner la disparition de la banquise arctique pendant l'été, dès l'année 2040, ce qui aura des conséquences environnementales mais aussi commerciales et stratégiques, selon des chercheurs américains et canadiens.
Selon leurs travaux, la quantité de glace dans l'Océan glacial arctique pourrait être réduite si brutalement chaque mois de septembre que, d'ici 20 ans, elle pourrait commencer à se réduire quatre fois plus vite que ce qui a pu être constaté jusqu'ici. "La glace est en fait très stable jusqu'en 2025, puis, boum, elle s'en va", a déclaré Marika Holland, une scientifique lors de la réunion d'automne de l'Union américaine de géophysique à San Francisco. Ce qui
signifie que le pôle nord pourrait être sans glace dès l'été 2040, selon une modélisation produite par des ordinateurs. Selon une des simulations produites, la glace de septembre se réduit pour passer d'environ 6 millions de kilomètres carrés à 2 millions de kilomètres carrés sur une période de dix ans.
En 2040, la quasi-totalité de la région arctique sera libre de glace en septembre; seule une partie de la banquise restera le long des côtes septentrionales du Groenland et du Canada. La fonte de la banquise pourrait modifier l'écosystème mondial. Les animaux vont devoir s'adapter et les pays répondre à cette modification des frontières.
Autre conséquence négative, la pratique du... ski pourrait être rendue plus difficile au Colorado, du fait d'un moindre rafraîchissement venu de l'Arctique. Cette prévision, apocalyptique en raison de ses conséquences sur l’équilibre mondial, n’est peut-être que le début d’un grand cycle de modification des conditions climatologiques, et alors là, pour le ski… la situation deviendra désespérée. Les climatologues s'accordent sur le fait que la Terre a traversé plusieurs cycles de réchauffement et de refroidissement planétaires durant les 400 000 dernières années. Selon eux, un cycle de 100 000 ans environ s'est répété au cours de cette période. Ce cycle commence par un réchauffement brutal suivi d’une période chaude de 10000 à 20 000 ans environ, appelée période interglaciaire. Cette période est suivie par un refroidissement progressif, et l'installation d’une ère glaciaire. A la fin de la glaciation, un réchauffement brutal amorce un nouveau cycle. La dernière période interglaciaire correspond au temps présent, et dure depuis plus de 10 000 ans.
Sommes-nous simplement en train de la subir, ou de l’accélérer, car les météorologues prévoient d'ores et déjà que 2007 pourrait être encore plus chaude, au plan mondial, que 1998, année record, cela en raison du phénomène El Nino, en train de réapparaître.
PRINCIPAL RESPONSABLE : LE GAZ CARBONIQUE
Aujourd’hui, quasiment tous les scientifiques s’accordent à imputer l’essentiel de cette évolution sur les dernières décennies du XXe siècle aux gaz à effet de serre, produits par les activités humaines. Le principal responsable est le gaz carbonique, qui représente 70 % des émissions, puis vient le méthane. Leur concentration dans l’atmosphère n’arrête pas d’augmenter depuis le début de l’ère industrielle : depuis 1750, la concentration en gaz carbonique a augmenté de 31 % et celle en méthane de 150 %. Une partie de ces gaz reste dans l’atmosphère, et le reste est absorbé par les océans et les végétaux.
Mais ne nous y trompons pas. Notre planète sera plus chaude, mais deviendra aussi plus humide. Les modèles prévoient que la nouvelle répartition des pluies accentuerait encore les inégalités existantes : les régions équatoriales recevraient plus d’eau, contrairement aux régions subtropicales et méditerranéennes dont la sécheresse augmenterait, et dont les ressources hydriques diminueraient. Finalement, les pays les plus fragiles vis-à-vis de leurs ressources en eau le deviendraient encore davantage… générant des mouvements de population incontrôlables ou une redoutable désertification.
En outre, les scientifiques prévoient d’ici à 2100 la fonte partielle ou totale des glaciers, 98 % d’entre eux étant actuellement en régression, et une élévation moyenne du niveau des océans comprise entre 9 et 88 cm. La planche à voile et le surf ont plus d’avenir que le snowboard et le ski ! Qui s’en réjouira ?
Pour traverser la Place de la Prévôté, ce matin, j’ai mis mon chapeau, mon écharpe et j’ai forcé le pas en essayant de me persuader que le réchauffement de la planète n’est pas irrémédiable. Je suis prêt à tenir bon dans le froid et à oublier le ski. Ce sera d'autant plus facile que je ne déteste pas l'un et que je déteste l'autre.
Mais je déblogue…