Il ne faut jamais désespérer de la citoyenneté. Certes elle est devenue beaucoup plus fragile qu’antérieurement car elle est instable, fugace, indifférente, mais elle ressurgit quand on la croit désespérément amorphe. Les médias et les grand faise
urs d’opinion s’en étaient aperçu à leurs dépens lors du vote sur le Traité constitutionnel européen. Un réveil brutal, considéré comme absurde par les analystes de l’opinion dominante, miraculeux par celles et ceux qui cultivent l’esprit critique, inquiétant par les adeptes de la pensée unique, révoltant par les gens de plus en plus nombreux qui n’aiment que ce qui conforte leur propre choix, dépassé par les tenants d’une démocratie anti-potiches. Depuis quelques jours, dans une mairie désertée durant cette semaine d’entre deux fêtes, je sens monter une désillusion pour bien des apôtres de la consultation populaire. Hier en aura été l’illustration parfaite avec, événement étonnant à Créon, la queue dans le secrétariat. Ils étaient venus, ils étaient tous là, jeunes moins jeunes, célibataires endurcis, couples officiels ou officieux, familles solidaires, comme si, quand le temps presse, on pressent que l’on ne peut pas rester en marge de l’événement. Toutes et tous arrivaient avec leurs papiers, qu’ils présentaient avec satisfaction, parfois timidement, parfois ostensiblement, mais avec le sentiment de faire un premier pas décisif vers leur devoir. Certains avouaient en un souffle qu’ils n’avaient encore jamais réalisé cette démarche. D’autres, arrivés de fraîche date, lâchaient le nom d’une grande ville des brumes parisiennes et du " neuf trois ". Une étonnante leçon de géographie pour les deux employées qui avaient fait l’impasse sur ce viaduc institutionnel, pour une journée épuisante de révision des départements et de leurs préfectures. Le défilé aura été ininterrompu, avec des pointes dans le courant de l’après-midi. Toutes et tous venaient s’inscrire sur les listes électorales : plus de 330 nouveaux noms seront ainsi à porter sur les listes en contre partie de quelques dizaines qui vont disparaître, pour être partis sous d’autres cieux. Le constat est le même quasiment partout.
INSCRIPTIONS DOUBLEES OU QUADRUPLEES
Les mairies de différentes villes ont constaté en effet hier, à trois jours de la clôture des listes électorales, une étonnante augmentation du nombre d'inscrits. Par rapport à décembre 2001, il y a 12% d'inscrits en plus à Marseille, 60% de plus à Nancy, 76% de plus à Amiens et… 90% de plus à Trappes.
A Clichy-sous-Bois, ville d'où est partie la crise des banlieues de l'automne 2005, l'augmentation avait été enregistrée juste après les émeutes, soit un bond de 1.000 nouveaux inscrits. Par rapport à 2005, les inscriptions ont doublé à Lyon et quadruplé à Metz.
A Toulouse, 23 826 personnes se sont inscrites entre février et décembre 2006 (7 420 en 2005). Le 22 décembre, Nantes enregistrait 19 985 nouveaux futurs électeurs (9 140 en 2005). A Roubaix, les chiffres ont été multiplié par dix entre novembre 2005 et novembre 2006, passant de 52 à 577. Plusieurs mairies parlent de "rush" depuis 15 jours. A Périgueux par exemple, 56 demandes ont été enregistrées en deux heures hier. Et à Créon dans une seule journée ce sont 32 nouvelles personnes qui se sont présentées…
Un véritable " tsunami" qui, s’il se poursuit jusqu’à samedi, va conduire la commune à approcher les 3 000 électrices et électeurs, ce qui la placerait nettement en tête des communes du canton, et selon toute vraisemblance en troisième position dans la 9° circonscription. L’enjeu créonnais deviendra important.
AUGMENTATION SIGNIFICATIVE DANS LES CITES
Selon les premiers constats, l'augmentation des inscriptions est particulièrement significative chez les jeunes des cités. Cette mobilisation peut s'expliquer par l'année mouvementée (crise du CPE, violences urbaines) ainsi que par les initiatives lancées par diverses associations: bus citoyens à Lyon, SMS envoyés en Midi-Pyrénées, campagne "Vote mon pote" par SOS Racisme, "atelier citoyen" organisé par une MJC à Nancy. Il faut donc faire dans le "marketing" pour espérer désormais intéresser les gens à la vie politique, et il est vrai que dans ce domaine, plus rien ne sera comme avant. La " clientèle " électorale créonnaise a l’air, comme les autres, d’être passionnée
par les " têtes de gondole " qui s’installent dans le supermarché présidentiel. Elle veut pouvoir effecteur le tri et consommer son droit à la politique. Elle n’a pas eu besoin d’incitation à " s'inscrire " pour le festin de 2007, car sa motivation semble intacte ! Une rapide discussion avec quelques nouveaux inscrits prouve à l’évidence que leur démarche repose en effet sur une volonté réelle de ne pas rester le 22 avril et le 6 mai en dehors de ce qu’ils considèrent comme un événement décisif de 2007. Ils ont envie d’y participer, d’utiliser le pouvoir que leur donne la carte qui leur sera adressée dans quelques semaines. Ils le disent, ce qui constitue une incontestable preuve de motivation, dont on peut être certain qu’elle sera durable ! Je n’ai pas osé leur demander quel serait leur choix dans l'isoloir, car ils auraient eu une piètre opinion de leur Maire, mais la tentation était grande. J’aurais aimé pourtant connaître leur tendance, ne serait-ce que parce que je me serais senti plus intelligent…au sujet de ce mouvement citoyen de fond qui est incontestable.
J’ai donc tenté de deviner si tous ces " jeunes " avaient au moins une idée prédéterminée de leur choix, mais c’est le mystère du suffrage universel. Mes talents, très incertains en la matière, ne me permettent que d’espérer qu’ils se préparent à voter… contre quelqu’un. Je ne prends pas grand risque, car depuis que l’élection présidentielle existe, l’essentiel du choix consiste à écarter un candidat ou un autre au profit de celui qui paraît moins dangereux. Il m’ont semblé dans cet état d’esprit, et vouloir éviter une nouvelle erreur de casting... Mais au-delà, je ne suis pas certain que tous aient véritablement fait leur choix.
L’ACTION AURA ETE ESSENTIELLE