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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LA DEMOCRATIE A TOUS PRIX

Contrairement à ce que peuvent penser les citoyens prompts à la critique, la décision d’être candidat à une élection, quelle qu’elle soit, ne se prend pas facilement. Il semble que, dans l’opinion dominante, ce choix relèverait de la foucade ou de la seule volonté de paraître. Il faut bien avouer que parfois, les électrices et les électeurs, ne mesurent pas exactement les conséquences d’accession à un mandat de n’importe quel niveau. Les apparences sont trompeuses puisque les élus les plus éminents font croire que le " boulot " ne nécessite pas trop d’efforts.
Comment en effet persuader le peuple que chaque fonction de base suffit à occuper une femme et un homme motivé et disponible quand on assiste à la mascarade des cumuls ? Devenir le plus important des ministres d’un gouvernement réduit à Paris et prétendre que l’on peut se consacrer, dans le même temps, à la mairie de la neuvième ville France à Bordeaux, être premier vice-président de l’une de ses plus importantes communautés urbaines du pays relève véritablement de la publicité mensongère. Comme en plus il est devenu, législatives obligent, indispensable d’effectuer une campagne personnelle et même soutenir celle des amis, on imagine aisément le temps qu’il y aura à répartir entre la plus " grosse mission " gouvernementale et la gestion du quotidien des personnes vous ayant accordé leur confiance.
Cette tromperie sur l’investissement consacré à un mandat électif pèse fortement sur la vision qu’en ont les candidat(e)s. Ils pensent qu’ils pourraient aisément participer, eux aussi, au niveau de leur commune, de leur canton, de leur circonscription puisque certains arrivent à être efficaces dans la gestion cumulée de collectivités extrêmement plus exigeantes. Ils ne savent pas que non seulement il leur faudra en cas de réussite tirer un trait sur bien des moments de leur vie personnelle mais qu’en plus ils prennent un certain nombre de risques auxquels ils ne pensent pas toujours. Dans bien des pays le mandat électif unique interrompt la carrière professionnelle et il est donc légitimement rémunéré. C’est courageux mais Ségolène Royal n’ayant pas convaincu les Françaises et les Français sur le bien-fondé du non-cumul, les amis de Sarkozy vont s’en donner à chœur joie. Onze ministres vont par exemple solliciter une place à l’Assemblée nationale qu’ils n’occuperont…pas et garderont leur siège au chaud même s’ils ne viennent plus régulièrement l’occuper. La démocratie n’en sort pas grandie mais peu importe le flacon quand on peut avoir l’ivresse du pouvoir !
AUCUNE CHANCE D’ETRE A L’ARRIVEE
Il est exact aussi que bien des partants savent pertinemment qu’ils n’ont absolument aucune chance de se retrouver à l’arrivée. On a connu même une période où certains " pseudos partis " fraîchement constitués " payaient " des citoyennes ou des citoyens pour se lancer dans une aventure dont ils n’ont rien à cirer. A Créon nous avons eu l’exemple d’une famille, il y a quelques années, qui avait émargé pour se disperser comme suppléants sur diverses circonscriptions de Gironde ou de France. En fait cette vocation monnayée… n’était destinée qu’à faire entrer massivement dans les caisses de celui qui " patronne " les candidatures la somme de 1, 66 € durant toute la législature par voix obtenue dans au minimum 50 circonscriptions à condition d’obtenir plus de 1% des suffrages exprimés !
Par exemple sur la 9° circonscription de la Gironde pour remplir ce contrat il faudra rassembler… environ 1000 voix soit environ en moyenne un peu plus de 5 par commune ! Comment s’étonner alors que l’on y retrouve sur ce territoire électoral pas moins de 13 candidatures dont certaines émanant de gens n’ayant pas un domicile sur place et ne connaissant pas une ou deux des 172 communes qui la composent. Peu importe ils affichent une étiquette commune et ils apporteront au minimum quelques milliers d’euros durant 5 ans ce qui amortira les frais qu’on leur remboursera d’autant plus aisément qu’il leur suffira de déposer les bulletins de vote et un tract national rentabilisé en millions d’exemplaires identiques comme seuls supports électoraux. Surveillez donc votre boîte aux lettres et vous verrez ce que fait par exemple le FN depuis quelques jours et vous constaterez également que des partants ne feront absolument rien pour vous convaincre.
Ils investissent seulement pour décrocher la rente de 8,30 € " percevable " sur 5 ans soit pour 1 million de voix glanées sur l’incrédulité des gens la bagatelle cumulée de 8 300 000 € . Une somme qui explique bien des vocations collectives coordonnées et des motivations aussi éphémères que surprenantes. Après des présidentielles désastreuses sur le plan financier pour certains partis, il devient en effet indispensable de reconstituer un minimum de trésorerie prévisionnelle pour les municipales et les cantonales qui arrivent. MPF, LCR, LO, PC et Verts sont dans ce cas mais on n découvrira probablement d'autres jusque là inconnus. Il est vrai que le vote dit " utile " ne l’est pas nécessairement pour les candidat(e)s que l’on croit.
UN SYSTEME PERVERS
Actuellement pour se lancer dans une véritable campagne électorale il est devenu malheureusement capital d’avoir les moyens financiers qui vont avec. Rien n’a été véritablement réglé par la loi puisqu’elle fixe un plafond à ne pas dépasser mais ne garantit pas le minimum accordé. Si le compte de campagne est approuvé, l'État octroie en effet, aux candidats ayant recueilli au moins 5 % des suffrages exprimés au premier tour, un remboursement forfaitaire pouvant atteindre 50 % du montant du plafond des dépenses dans la circonscription considérée, dans la limite des sommes effectivement dépensées.
En clair, ce dispositif permet au candidat de bénéficier d'une prise en charge par l'État de 100 % de ses frais de campagne, pour peu qu'il ait veillé à ne pas dépenser plus que… 50 % du plafond autorisé. Ce plafond s'élève au maximum à 38 000 € par candidat, montant auquel il faut ajouter la somme de 0,15 € par habitant de la circonscription. Le remboursement de l'État pourra atteindre 19 000 € et donc un candidat qui n'aurait dépensé que 14 000 € sera défrayé intégralement de ses frais de campagne.
A cette aide, s'ajoute une prise en charge par l'État des frais afférents à la "propagande officielle", définie comme le coût du papier, l'impression des bulletins de vote, les circulaires, les affiches et les frais d'affichage réglementaires (ces frais sont remboursés sur la base d'un barème officiel aux candidats ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés). Là encore un subterfuge consiste à " s’auto alimenter " en réglant les factures d’impression de publications standardisés nationales à des imprimeries maîtrisées par le parti donneur d’ordre.
En revanche si vous souhaitez dépasser les 50 % de la somme déterminée par la loi et atteindre le plafond, rien ne vous en empêche si votre parti ou des particuliers (pour la moralisation de la vie publique, les entreprises ne peuvent plus cotiser) ou votre compte en banque personnel le permet d’aller au plafond. C’est là que les " amis " qui vous veulent du bien sont importants.
Bien évidemment il sera plus facile de collecter ces fonds en fonction de votre position sur l’échiquier politique… et se creusera vite l’inégalité d’accès au verdict du suffrage universel. Les délais de remboursement étant parfois assez longs (il faut parfaitement maîtriser les comptes de campagne et s’assurer qu’ils n’y a aucune erreur) les candidats sont contraints d’emprunter avec des intérêts en plus pour pouvoir régler les fournisseurs correctement.
IMPERATIF DE BIEN REFLECHIR
Avant de partir, sauf pour effectuer de la figuration et se faire plaisir en ayant son nom parmi une liste d’inconnus, il est impératif de bien réfléchir. Se lancer dans l’aventure et espérer être autre chose qu’un candidat de paille nécessite une forte motivation militante personnelle et collective.
Inutile de préciser que si vous êtes sortant la situation n’est pas la même. D’abord parce que durant 5 ans vous pouvez cumuler les indemnités et constituer une réserve indispensable pour financer, via des dons déductibles de vos impôts, le dépassement des 50 % remboursables. L’assemblée nationale effectue également des prêts à des taux avantageux aux parlementaires en place ce qui autorise une anticipation pour renouvellement de bail. En affirmant également que le soutien d’un grand parti facilité largement la décision on énonce une évidence. Il va apporter une aide et un soutien logistique essentiels.
Par contre, selon votre option politique, il ne faut pas en attendre l’ouverture d’un budget énorme. Seuls les militants, les vrais amis et la famille demeurent les bases les plus efficaces de soutiens financiers efficaces.
L’organisation de dîners débats, la vente de badges ou de tee-shirts, les collectes… ne sont réservés qu’aux candidats pauvres. Une distribution bénévole économise beaucoup de fonds… une couverture presse convenable est aussi efficace que des milliers de tracts. Le drapeau bleu, blanc, rouge que l’on tend à la sortie pour recueillir les " offrandes " est passé de mode.
L’inégalité des candidatures reposera sur d’autres sur bien d’autres aspects indirects : téléphone, voiture avec chauffeur, repas difficilement classables " campagne " ou " hors campagne ", secrétariat à l’écoute… Pour un ministre il faut ajouter l’impact de notoriété et surtout une différenciation extrêmement délicate de ce qui appartient à sa fonction ou au scrutin qui se présente.
Constater ceci c’est purement et simplement porter un regard lucide sur le fonctionnement de la démocratie. Il est de plus en plus dépendant, qu’on le veuille ou non, de l’argent. Non seulement il est indispensable d’avoir les fonds nécessaires pour développer la communication qui ne passe plus par les réunions sous les préaux des écoles mais être entouré de gens compétents pouvant conforter votre action. Le militantisme constitue encore le bien le plus précieux… s’il s’accompagne des outils destinés à le mettre en œuvre. Et l’américanisation de la vie publique se profile car il y a les règles et le contournement des règles. Il paraît que c’est Français !
Mais je déblogue…
 

JE VOUS AVAIS PREVENU MAIS VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU

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http://www.liberation.fr/actualite/politiques/254895.FR.php

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