Il faut parfois prendre des risques et assumer son intuition. Le plus dur réside dans la capacité que l’on doit avoir pour résister au déferlement cathodique de l’opinion dominante. Le doute finit toujours par vous envahir car autour de vous l’Union pour la Manipulation Programmée fait son battage et déploie ses efforts pour transformer de faux indices en preuves. En répétant, répétant sans cesse des contre vérités ou des pseudos vérités le système médiatique achève les hésitants et désarment les convaincus. C’est ainsi que l’on en arrive lentement mais sûrement à transformer une apparence en certitude et à décourager toutes les contestations.
Depuis l’élection présidentielle deux concepts sont énoncés, diffusés et ressassés de telle manière qu’ils deviennent des évidences. Le premier voudrait que lors des prochaines élections législatives il y ait une grande majorité présidentielle allant du Front national (Ministère de l’immigration et de l’identité nationale) à la social démocratie en passant par une droite libérale et un centre groupusculaire. Dans les média ils appellent ça " l’ouverture " comme si la trahison d’un " général " supposait que l’armée n’existait plus ou si une appellation d’un ministère suffisait à faire une politique. C
ette analyse sommaire ne sert pourtant qu’un seul objectif : incruster l’idée dans l’électorat qui s’est opposé au Sarkozisme triomphant que les législatives sont perdues. La résistance est inutile. Restez chez vous. La France entière est derrière " naboléon " et rien ne s’opposera à cette tornade !
Et, quand vous voulez accentuer la sensation de véracité de ce qui n’est qu’une prétention vous sortez l’arme fatale : les sondages! Après quelques jours de congés, les Pythies de la politique sont ainsi de retour depuis ce week-end. Les " voix de son maître " reprennent du service sur la pointe des pieds. Jour après jour elles vont tenter de conforter l’idée préconçue selon laquelle l’UMP aura, sans se fatiguer, la majorité absolue dans la nouvelle Assemblée nationale. C’est acquis. Inutile d’aller voter le 10 et le 17 juin prochain. On sonde pour vous!
UNE FORME MODERNE DE PROPAGANDE
Cette tactique relevant d’une forme moderne de propagande débute toujours par des indications réputées fiables. La première est tombée par la volonté du JDD dont on connaît l’indépendance et en provenance d’Opinionway un organisme de sondages pour le moins discutable (il avait fait fort au lendemain du débat) : un total de 69% des Français se disent satisfaits de la composition du gouvernement de François Fillon annoncée vendredi tandis que 30% ne sont pas satisfaites et 1% ne se prononcent pas, selon cette enquête. Le taux de satisfaction atteint 77% chez les électeurs de… François Bayrou au premier tour, et 81% chez ceux de Jean-Marie Le Pen. Les uns sont contents de la nomination de Morin et de la mort programmée de Bayrou et les autres probablement de l’arrivée de Kouchner aux affaires étrangères à moins que ce soit celle du fameux Ministère que Le Pen n’a jamais pu mettre en place. Comment accorder un quelconque crédit à ces résultats ?
D’ailleurs un autre sondage donne des résultats différents avec 54% des Français se disent satisfaits de la nomination de François Fillon comme Premier ministre et 25% se déclarent mécontents. 21% ne se prononcent pas. 91% des électeurs de Nicolas Sarkozy se déclarent satisfaits de la nomination de François Fillon comme Premier ministre (normal). 72% des électeurs de Jean-Marie Le Pen le sont (la vérification de la symbiose FN-Sarkozisme), tout comme 54% des électeurs de François Bayrou et 28% de ceux de Ségolène Royal (sic). Ils ne sont plus en revanche que 50% des Français à se déclarer satisfaits de la composition du gouvernement de M. Fillon, contre 22% d'un avis contraire. 28% ne se prononcent pas sur ce sujet. On a peu parlé de celui-ci et beaucoup plus cité l’autre. Cherchez pourquoi !
Mais deux autres résultats confortent vite cette béatitude nationale galopante et viennent surenchérir sur ce qui serait une vérité annoncée avant même que la campagne ne débute et que l’on connaisse… les candidats. Les premières projections des instituts prévoient en effet une nette majorité absolue pour l'UMP avec de 317 à 381 (BVA) et de 336 à 390 (Ifop) sièges sur 577. C’est parti ! Et bien parti. Vous l’auriez deviné.
350 CIRCONSCRIPTIONS GAGNABLES
Paradoxalement cette prédiction astronomique ne correspond pas véritablement au résultat du second tour des présidentielles. La raison devrait porter les électrices et les électeurs à respecter une continuité minimum dans l’engagement souscrit le 6 mai dernier. Razzye Hammadi, président du Mouvement des Jeunes socialistes, a démontré une belle audace sur Canal+, en faisant tout bonnement remarqué qu'il y avait déjà " près de 200 circonscriptions où Ségolène Royal avait fait plus de 50% " et " 150 autres où il y avait moins de trois points d'écart". Ce qui concrètement et objectivement fait qu’il existe sur le territoire environ 350 circonscription gagnables par la Gauche dont… 7 en Gironde ! C’est bizarre car elles ne sont pas considérées comme " gagnables par la gauche " mais " perdables " alors qu’à l’inverse toutes celles ou la droite est en tête sont réputés gagnées avant même que le scrutin ait lieu. " On peut gagner ces élections, c'est mathématiquement possible." a affirmé ce jeune plus motivé et vaillant que ces illustres aînés.
Le premier secrétaire François Hollande en tête a vu dans les manœuvres sarkozistes "une volonté de jeter la confusion", en faisant croire qu'il n'y avait "plus de différence entre la gauche et la droite". Il s'agit de "déstabiliser" afin de "capter tous les pouvoirs", a-t-il estimé, parlant de "communication à des fins purement électorales". Le député UMP Pierre Lellouche a accrédité les inquiétudes socialistes, en soulignant que l'ouverture pourrait "avoir des conséquences fortes sur le résultat des législatives" : " Les socialistes vont avoir du mal à mobiliser. Une partie de leurs électeurs vont se poser des questions sur les erreurs de leur campagne. " D’ailleurs, certains l'ont écouté et évitent de trop parler de victoire. L'ancien Premier ministre Lionel Jospin avait fait valoir vendredi que " les socialistes ont une seule chose à faire dans l'immédiat (...), avoir le maximum de députés à l'Assemblée nationale ". Même chorus chez Dominique Strauss-Kahn, estimant que les pouvoirs doivent être " suffisamment équilibrés ", et chez Laurent Fabius, pour qui il faut un " contre-pouvoir " à l'Assemblée. Les éléphants aiment les cimetières où l’on dépose les espoirs des militants !
UN ETRANGE DIALOGUE
Un étrange dialogue quand on sait qu’avec un brin de lucidité, un bon coup de poing sur la table et une action coordonnée mettant tout le monde sur le pont les Socialistes ont encore un espoir réel de faire au moins douter la dream team des mercenaires de Fillon ! A moins que certains ne soient pas trop intéressés pour arriver au pouvoir dans le contexte actuel… Une hypothèse totalement farfelue !
Le porte-parole du PS Julien Dray veut pourtant y croire. Nicolas Sarkozy et son équipe, dit-il, "considèrent que le score de Ségolène Royal (à la présidentielle) n'était pas du tout négligeable" et que donc " il y a un risque pour ces élections législatives ". "Tout est encore possible" au scrutin des 10 et 17 juin, a-t-il lancé. Il se réveille et il va falloir que celui qui passe pour le penseur des tactiques électorales persuade les généraux que leur armée est en place l’arme au pied et prête à se battre pourvu qu’ils aient enfin le courage de sortir le sabre et de partir franchement dans la bataille au lieu de se disputer pour savoir quel doit être le commandant en chef !
Ils possèdent un extraordinaire réseau d’élus locaux (conseillers régionaux, conseillers généraux, maires…) qu’il suffit de mobiliser et de mettre en synergie. Encore faut-il qu’il en aient la volonté et que ces derniers ne s’intéressent pas uniquement à leurs querelles intestines. Laurent Fabius dès 2002 avait souligné en plusieurs occasions, comme antérieurement Mitterrand, que l’élection présidentielle se jouerait sur l’engagement des élus de base. Il suffit d’effectuer une analyse commune par commune pour vérifier cette analyse. Elle se vérifiera pour les législatives car on sait que l’électorat est ultra sensible à la proximité.
Il paraît que François Holande viendrait lancer l’offensive cette semaine depuis la Gironde, terre dont il a beaucoup douté de la loyauté en faveur de la candidate socialiste aux présidentielles. Il peut passer par ces circonscriptions où l’on n’a jamais renoncé, depuis des mois, à inverser le sort des sondages et où parfois on y est parvenu. Il constatera que l’on y est loin de l’ambiance parisienne et que les ralliements de Kouchner, Besson et encore moins Jouyet n'ont guère perturbé les esprits car on les avait rarement assimilés à des militants socialistes. Et d’ailleurs il vaut mieux qu’ils évitent d’y passer !
Mais je déblogue…