Vous êtes probablement très nombreux à vous être réveillés, un matin, avec le sentiment que le cauchemar inconnu qui vous a poursuivi dans les minutes précédentes était devenu très réel. Vous vous pincez comme pour vous prouver que vous êtes bien revenus dans un quotidien parfois encore moins rassurant. Les Françaises et les Français ont, semble-t-il, choisi de réfuter ce contexte en optant pour le rêve de la série rose avant de s’apercevoir qu’il vire au cauchemar. Ils ne veulent absolument pas en sortir et souhaitent le prolonger avec l’espoir que la réalité sera similaire à la fiction. Ils sont même paraît-il près de 40 % à souhaiter ardemment que l’idylle vieille de 5 ans avec l’UMP ait une suite digne d’un conte de fées. Rien ne semble y faire. Ils sont sur un nuage sans savoir exactement ce qui les attend au moment où ils mettront le pied droit à terre !
Par exemple savent-ils véritablement ces 75 % de plus de 65 ans qui ont vaillamment voté pour " Naboléon " que, eux, si soucieux de leur santé, vont se retrouver si la promesse de Fillon est respectée face à une situation inédite. Le Premier Ministre, dont on murmure, qu’il ferait un bref passage en terre girondine fans les prochaines semaines, a fait écho à la voix de son maître : " je mettrai en œuvre tout le programme de Nicolas Sarkozy ". Cet engagement a de quoi faire frémir les électrices et les électeurs qui n’ont pas cru qu’il tiendrait parole. Car, le paradoxe c’est que la menace vient, cette fois, du fait que les conséquences de la mise en place des mesures prises seraient pires que le mal.
Comment peuvent-ils avoir, par exemple, approuvé le système de la " franchise des soins " ? Sont-ils réellement conscients de ce qui les attend ? N’ont-ils pas confondu le rêve et la dure réalité ? Peut-être que cet état de grâce durera seulement un été quand vont pleuvoir les décisions concrètes, quand on parlera d’autre chose que d’effets d’annonce ? Bintôt ? Dans un mois ? Dans six mois ? Mais ça viendra !
On peut prendre comme premier signe avant coureur le fait que Nicolas Sarkozy a eu hier enfin un premier opposant à son système de franchise sur les soins. Il ne s'agit pas d'un membre de l'opposition, mais du Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, membre du gouvernement. Interrogé par France Inter sur le système de quatre franchises (donc non remboursées par la Sécurité sociale) sur " les premiers Euros annuels " dépensés en examens biologiques, en médicaments, visites médicales et hospitalisation que le président a proposé durant la campagne, Hirsch a répondu:
"Est-ce que j'approuverai cette mesure? La réponse est non."
Il a poursuivi:
"J'ai dit il y a 15 jours, un mois, deux mois, trois mois que ça ne me paraissait pas une bonne mesure." "Je peux être convaincu mais je pense vraiment que ce n'est pas ce qu'il faut faire", a ajouté l'ancien président d'Emmaüs France. Questionné sur le fait que l'on puisse lui
"reprocher sa liberté de parole", Martin Hirsch a répondu:
"Peut-être, mais comment voulez-vous faire autrement ?" Il est assez extraordinaire que le seul opposant à cet mesure réellement inégalitaire et remettant en cause le fondement même de la sécurité sociale soit au sein du gouvernement nommé par celui qui a obtenu une majorité de voix pour la mettre en œuvre !
INEFFICACITE PREVISIBLE DE CETTE MESURE
En 2004 déjà, l'instauration d'un forfait d'un euro par consultation non remboursé par la Sécu ni les complémentaires santé, et un an plus tard, la mise en place d'un forfait de 18 € pour les actes médicaux d'un montant supérieur à 91 € dispensés dans les hôpitaux et cliniques privées avaient suscité l'ire des partenaires sociaux et des associations d'usagers.
L'idée d'un ticket d'entrée signe en effet la fin de la couverture maladie universelle qui garantissait l'accès aux soins pour tous : Il est peu probable que les médecins suivent les opérations comptables de la franchise, puisque chacun devra donc " avancer " à chaque fois le montant des honoraires et des médicaments. Au-delà des problèmes de justice sociale, ces professionnels relèvent aussi l'inefficacité prévisible d'une telle mesure : les malades atteints de lourdes pathologies continueront évidemment à se soigner puisqu'ils n'ont pas le choix, mais pour des maladies d'apparence plus bénignes et faciles à gérer au quotidien, les patients risquent de ne pas aller chez le médecin et aggraver leur cas, pour ne rien dire des actes de prévention dont beaucoup se passeront.
Pour le système de remboursement la facture risque d'être simplement reportée et alourdie. Mais c’est certain que cette décision qui a pourtant figuré dans les mesures prônés par le fringant hôte de l'Elysée va être mise en sourdine durant au minimum 5 semaines avant de ressurgir cet été entre le 15 juillet et le 15 août ! S’il avait lu une chronique sur le blog de Martin Hirsch du… 15 avril dernier il aurait hésité à embaucher l’ex-Président d’Emmaüs comme intermittent du spectacle d’ouverture politique pour législatives proches. Il prévenait les électrices et les électeurs de ne surtout pas voter pour… celui qui l’a installé dans son poste !
REMISE EN CAUSE DES PRINCIPES DE NOTRE DEMOCRATIE SANITAIRE
" Il est très peu question de santé et d’assurance maladie dans la campagne présidentielle. Pourtant, rarement période aura connue autant de signes inquiétants d’une remise en cause des principes qui fondent notre démocratie sanitaire.
Il y a eu les refus de soins pour les patients bénéficiant de la couverture maladie universelle. Les limites mises à l’aide médicale d’Etat, refoulant certains patients en dehors du système. Les abus d’honoraires, avec des enquêtes édifiantes dans le journal le Parisien sur les tarifs pratiqués par certains médecins dans le cadre de leur secteur privé à l’hôpital public, et cette semaine dans le Point sur des dépassements d’honoraires de plusieurs milliers ou dizaines de milliers d’€ par intervention chirurgicale dans les cliniques.
Le Monde, il y a quelques jours, faisait part de la surprise d’une journaliste utilisant la plate forme d’information mise en place par l’assurance maladie et recevant de la part des médecins une information totalement contraire sur la réalité des tarifs proposés. Et dernièrement une enquête de l’IGAS chiffrant à un ou deux milliards le coût des dépassements d’honoraires. On comprend pourquoi on parle moins du déficit de l’assurance maladie : une partie de celui-ci a été transféré directement, mais subrepticement, vers les poches des patients à travers les dépassements d’honoraires ; une autre partie a été reporté sur la génération d’après à travers la caisse d’amortissement de la dette sociale. Et il en reste suffisamment pour que le montant du déficit implique, si on respectait la loi, de réunir le comité d’alerte.
On a souvent brandi la menace d’une sécurité sociale à deux vitesses ou d’une privatisation. Elle es t désormais sous nos yeux et on n’a pas l’impression que cela provoque une grande agitation.
Oui, il faut sauver l’assurance maladie, plus menacée que jamais par une réforme et des pratiques qui ont encouragé la dissociation entre le tarif remboursé et le tarif réel. Ce n’est pas la " franchise " évoquée par le candidat de l’UMP qui permettra le retour aux principes de base de l’assurance maladie. D’une manière insidieuse, elle officialiserait le désengagement de l’assurance maladie d’une partie de la couverture en laissant à la charge des patients les premiers montants de soins, c'est-à-dire des sommes dérisoires pour les plus aisées, des montants critiques pour les plus humbles. ". Je suis certain que pas un homme de gauche écrirait mieux sur le sujet. Je suis certain que son collègue Kouchner à qui ces affaires ne sont pas étrangères ne pense pas différemment à moins d’avoir bénéficié d’un lavage de cerveau. Le problème c’est que les Françaises et les Français qui s’apprêtent à leur faire confiance en retournant leur veste rose pour endosser le blazer bleu qui est plus seyant, n’ont pas entendu ce message avant de voter ! dès qu’ils auront glissé leur bulletin de l’Union pour la Manipulation Programmée dans une urne il vont aller chercher leur carnet de chèque pour pallier les carences d’une sécurité sociale minée non pas par le comportement des patients mais par la frénésie de profit de ceux qui en vivent.
LA QUETE PUBLIQUE PLUTOT QUE L’IMPOT JUSTE
Si l’on s’intéresse à autre chose qu’à l’écume de la vie publique diffusée par la télé complice, on trouvait aussi hier une autre informations sur la priorité que Nicolas Sarkozy entend accorder à la recherche. Quand Ségolène Royal s’indignait de l’état actuel des crédits accordés à ce secteur essentiel de la vie collective, elle n’intéressait que les employés du CNRS ou les étudiants de haut niveau. Le nouveau gouvernement a donc vite innové en la matière : inutile d’augmenter les lignes budgétaires, il suffit de faire à nouveau le coup des pièce jaunes. L’institut Pasteur en appelle en effet depuis longtemps à ces papis et ces mamies qui ont souvent des élans de générosité leur permettant de croire qu’ils économisent des impôts en… donnant à beaucoup d’organisations à but humanitaire au sens large ce qu’ils refusent à l’Etat pour assumer ses responsabilités.
Le prix moyen d'un congélateur de laboratoire à -140°C atteint 20.000 €, celui d'un microscope confocal 160.000 € dit-on et il faut compter un budget annuel moyen de 500.000 € pour une équipe de recherches de 7 à 8 personnes, en comptabilisant dépenses de personnel, d'équipement, de fonctionnement et autres charges. Et pour investir… il faut que vous alliez donc tirer de votre compte en banque l’équivalent des cadeaux fiscaux que le gouvernement va accorder aux plus riches. Il suffirait pourtant d’affecter les fonds à cet Institut de grande qualité. Etrange France que celle de la charité organisée qui compense de pseudos baisses fiscales rendant tout notre système social en déserrance.
Outre un campus réunissant à Paris 146 unités de recherche et 2.600 personnes (chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs), l'Institut comprend aussi un réseau international d'une trentaine d'implantations dans le monde "pour étudier au plus près" le paludisme, la dengue ou des maladies émergentes telles la grippe aviaire ou le Chikungunya. Elles font sa force mais ne peuvent plus vivre ! "Doté d'un statut original, à la fois centre de recherches et fondation reconnue d'utilité publique", l'Institut relève que le soutien des donateurs lui permet de "préserver son autonomie et sa liberté de recherches". Il faudrait rappeler au respectable Monsieur Hirsch que la liberté et l’autonomie n’a pas de prix et qu’ont ne les sacrifie pas sur l’autel de l’efficacité. Même le temps d’une campagne électorale.
Mais je déblogue…