Oui. je l'avoue humblement même en effectuant, comme hier, des journées de 20 heures je ne suis pas parvenu à écrire une chronique. Ce non respect d'un engagement me pèse et je veux absolument vous livrer un papier pouvant générer des interrogations voire des réactions.
Alors je vous propose aujourd'hui, pour estomper ma carence, un texte que Noël Mamère, député vert de Bègles m'a récemment adressé. Il est lucide. Je crois que sur bien des aspects j'aurais pu écrire le même.
Suivez le chez les Gremlins! Ca décoiffe!
L’élection présidentielle produit son tsunami à gauche. Le PS devra choisir entre la coalition arc en ciel de Ségolène Royal, la coalition rose bleu vert de DSK et le parti de toute la gauche de François Hollande dans un simulacre de débat ressemblant plus à une fuite en avant des écuries présidentielles pour 2012 qu’à une réelle refondation. Le PC va y perdre son groupe parlementaire, signant la fin programmée du Parti du Front Populaire, de la Résistance et du Programme commun. Les antilibéraux, coincés entre la politique du facteur protestataire et une gauche alternative de gouvernement, s’enfoncent dans la décomposition.
Quant aux Verts, ils viennent d’adopter la posture des Gremlins à leur dernier conseil national. Les Gremlins sont de petits hommes verts qui, de sympathiques compagnons, se retrouvent transformés en petits monstres parce qu’ils n’ont pas respecté les consignes : ne jamais se mettre en contact avec de l'eau ; ne pas se nourrir après minuit ; éviter le contact avec la lumière vive.
Comme les Gremlins, les Verts se sont réveillés le jour d’après le 6 mai pour constater qu’ils s’étaient noyés dans l’eau du bain de la présidentielle en indexant leur avenir sur la victoire de Ségolène. N’ayant plus de part de gâteau dans la distribution des places, ils ont exigé de continuer à être nourris par le PS. Certains ont vu le contact violent de la lumière vive projetée par les démocrates de Bayrou et tous se sont précipités dans la piscine en contribuant à semer la zizanie dans une gauche déboussolée. En refusant tout accord avec le PS, le PC ou les antilibéraux les Verts, comme les Gremlins ont un comportement régressif et reviennent de fait au ni droite ni gauche d’Antoine Waechter, légèrement transformé par le désir d’être élu " et à droite et à gauche ". Le prétexte du " mépris " du PS de François Hollande masque le désir de nombre d’entre eux de se connecter au Modem de l’autre François.
La métaphore des Gremlins s’applique aux Verts parce que, faute d’avoir accepté toute discussion sur leur identité, sur leur orientation stratégique, sur leur place et leur rôle dans la société, ils sont devenus un groupe d’élus et d’hommes d’appareil, coupé de la réalité, sans autre objectif que la propre reproduction du logo vert. Comme la gauche aura toujours besoin de Verts, plus besoin de se poser des questions sur l’avenir de l’écologie politique. Il faut tenir, attendre des lendemains qui chantent, retranché sur son pré carré, crier haro sur le diable PS qui n’a pas laissé de place, tout en clamant son autonomie et sa " fierté d’être Vert ".
Cette politique "hors sol " est devenue une stratégie en soi. Exister pour durer, durer pour exister est devenu un mot d’ordre, mais c’est un mot d’ordre de secte. La pantalonnade de nos dernières négociations avec le Parti Socialiste le montre clairement. Après avoir misé sur l’élection de Ségolène Royal et sur un bras de fer dans l’entre deux tours afin d’obtenir ministres et parlementaires pour rejouer un mauvais remake de la gauche plurielle, les Verts se retrouvent pris dans la tenaille au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy, Ils n’ont devant eux que de mauvais choix. Au lieu de prendre acte des propositions du Pari socialiste et de tout faire pour battre la droite, ils s’enferment dans un splendide isolement et, tels les mogwaÏ, avancent en chantant vers le bord du précipice.
Je refuse ce scénario de série B. Dans une période où il faut d’abord redonner des raisons d’espérer aux millions de gens qui sont comme tétanisés par l’accession des néo-conservateurs à tous les pouvoirs, il est temps de relever le drapeau d’une écologie politique ancrée à gauche. Hormis les régions, l’Etat-UMP détient l’ensemble des pouvoirs politiques, institutionnels, médiatiques et économiques. Je ne peux me résoudre à la perspective d’élections législatives aux couleurs d’une vague bleue recouvrant la Chambre des députés. Il faut tout faire pour limiter la casse et défendre les droits des salariés, des précaires, des immigrés. L’environnement est une chose trop sérieuse pour la laisser à Alain Juppé qui, droit dans ses bottes, ne fera qu’accompagner la crise écologique.
La politique, c’est d’abord des mots et des signes. Le signe que l’on vient d’adresser au peuple de gauche et à la société c’est que nous ne nous intéressons qu’à notre petite boutique en pleine bourrasque. Le Parti Socialiste n’a pas accédé à nos demandes. Il n’a jamais voulu vraiment négocier. Tout cela est vrai. Mais nous lui avons fourni tous les prétextes pour nous isoler… Et, comme les petits hommes verts, nous sommes précipités dans la régression en n’indiquant pas clairement notre volonté d’appeler au second tour à voter pour le candidat de gauche le mieux placé.
Les Gremlins sont des êtres régressifs, mais ils sont aussi des magiciens.
Les Verts ont inventé l’écologie municipale et construit des politiques publiques environnementales dans les régions. Ils ont été à l’avant - garde des combats sociétaux, du mariage gay aux sans papiers, et des luttes sociales, de la réduction du temps de travail au revenu garanti pour tous. Bien avant Nicolas Hulot et son pacte prêt à porter, ils ont annoncé l’avènement de la révolution écologique. Ce que nous avons fait pour changer la société dans les vingt dernières années, nous pouvons le refaire en sortant du repli sur soi et en ouvrant grand nos portes et nos fenêtres. Je ne suis pas d’accord avec Jean Luc Benhamias et ses amis qui se sont précipités dans le triangle des Bermudes centriste sans espoir de retour. J’ai vu comment mon ami José Bové s’était fracassé sur la groupuscularisation de la gauche de la gauche. Pourtant ces tentatives prématurées et maladroites font bouger les lignes.
Il faut maintenant que les bouches s’ouvrent, que l’on cesse de se voiler la face. Je refuse que le seul horizon des Verts soit aujourd’hui notre maintien en l’état sous la bannière verte. Inversons la tendance à la régression. Abandonnons la métaphore du petit monstre vert pour celle du papillon : ni supplétif du Parti socialiste, ni composante du nouveau centre, mais libre de voler de ses propres ailes, à gauche et en Vert. J’appelle les militants et les sympathisants verts à une prise de conscience. Ceux qui veulent construire une alternative citoyenne, alter-mondialiste et écologiste doivent se regrouper pour changer la gauche. Ceux qui veulent résister, refonder, reconstruire, sans œillères mais au sein de la gauche, doivent prendre leur destin en main.
Je ne mourrai pas noyé avec les Gremlins.
Noël Mamère
14 mai 2007
Il déblogue au moins autant que moi...