4h 30 : La moiteur de l’atmosphère à peine rafraîchie par ces grosses gouttes que les orages réservent aux feuilles encore fragiles a été brève. Réveil bien avant l’heure. Impossible de replonger dans ce sommeil si bienfaisant car permettant l’oubli provisoire de la réalité. Je tourne, je retourne sur l’écran noir d’une nuit blanche les inévitables manques de réussite de la vie publique. Je broie encore plus de noir que n’en contient la chambre. Je n’arrive pas malgré mes efforts à me débarrasser d’un sentiment de culpabilité, celui qui assaille les gens persuadés qu’ils n’ont pas été parfaits. J’ai toujours rêvé d’une rigoureuse perfection. Gamin, je souhaitais avoir le comportement impassible des samouraïs. Je me morfonds et je ressasse sans arrêt des reproches pour ne pas avoir été assez vigilant, assez rectiligne, assez intransigeant avec mon idéal. Les minutes s’éternisent. Elles me laissent mariner dans un bain d’angoisse qui m’étreint. En ai-je fait assez ? Pouvais-je donner encore plus au autres ? Comment ai-je pu ne pas me rendre compte des failles dans mon comportement ? Avais-je d’autres solutions que celles qui ont été utilisées ? Comment me rendormir avant que la fameuse tentation de Venise vienne frapper aux portes de mon esprit ? Que sera demain ? La nuit traîne. La nuit me permet d’imaginer le pire et de me persuader que c’est lui qui surgira à un moment ou un autre. La nuit pèse… alors que je l’imaginais comme un refuge contre les incertitudes. 6 h 47 : le radio réveil se transforme en sauveteur. Il distille un " Be bop a lula " des Chaussettes noires du meilleur effet. Je suis soulagé que cet instrument de torture matinal se soit enfin décidé à donner de la voix. Il me permet de sortir des sables mouvants du stress pour poser le pied sur le plancher solide de la vie. Je me réconforte comme je le peux en me disant que si ma journée débute par mon " rock " historique, il faut y voir un signe favorable. Je m’accorde quelques secondes d’optimisme avant d’aller vérifier que c’est bien, le matin, en se rasant que l’on construit son avenir. J’ai pourtant la gueule des mauvais jours. Impossible de ne pas y voir encore un signe défavorable. Je me demande comment dans les circonstances présentes, d’autres peuvent se muter en héros des temps modernes face à la glace de leur salle de bains. Je traque le poil de barbe afin d’être en apparence irréprochable… La douche, meilleur moment d’une journée pour moi, n’a pas la même température qu’à l’ordinaire. Je cherche à chasser les miasmes psychologiques des heures antérieures. J’ai la sensation de me laver des doutes… Un coup de peigne précis, chemise, cravate, costume : pas question d’oublier les repères dont ont besoin les observateurs de la bienséance.
le radio réveil se transforme en sauveteur. Il distille un " Be bop a lula " des Chaussettes noires du meilleur effet. Je suis soulagé que cet instrument de torture matinal se soit enfin décidé à donner de la voix. Il me permet de sortir des sables mouvants du stress pour poser le pied sur le plancher solide de la vie. Je me réconforte comme je le peux en me disant que si ma journée débute par mon " rock " historique, il faut y voir un signe favorable. Je m’accorde quelques secondes d’optimisme avant d’aller vérifier que c’est bien, le matin, en se rasant que l’on construit son avenir. J’ai pourtant la gueule des mauvais jours. Impossible de ne pas y voir encore un signe défavorable. Je me demande comment dans les circonstances présentes, d’autres peuvent se muter en héros des temps modernes face à la glace de leur salle de bains. Je traque le poil de barbe afin d’être en apparence irréprochable… La douche, meilleur moment d’une journée pour moi, n’a pas la même température qu’à l’ordinaire. Je cherche à chasser les miasmes psychologiques des heures antérieures. J’ai la sensation de me laver des doutes… Un coup de peigne précis, chemise, cravate, costume : pas question d’oublier les repères dont ont besoin les observateurs de la bienséance. 7 h 13 : La nuit est estompée. Elle a laissé la place à une atmosphère grise qui correspond à mon humeur. Je fais semblant d’être préoccupé par des tâches matérielles, histoire de me détacher des pensées de fonds qui m’assaillent. Je cherche dans le détail inutile la perte de l’essentiel. La solitude dans la maison me permet de me remettre sur les rails. La ville bastide est silencieuse, terriblement feutrée comme le sera toute cette journée. Je sais qu’elle ne sera meublée que de conciliabules, de confidences moroses, de prédictions hasardeuses avant que ne tombent les certitudes mathématiques. Je retarde inconsciemment le moment du départ comme si le verdict me faisait peur. Il repose sur le sentiment que ces élections seront encore un rendez-vous manqué !
La nuit est estompée. Elle a laissé la place à une atmosphère grise qui correspond à mon humeur. Je fais semblant d’être préoccupé par des tâches matérielles, histoire de me détacher des pensées de fonds qui m’assaillent. Je cherche dans le détail inutile la perte de l’essentiel. La solitude dans la maison me permet de me remettre sur les rails. La ville bastide est silencieuse, terriblement feutrée comme le sera toute cette journée. Je sais qu’elle ne sera meublée que de conciliabules, de confidences moroses, de prédictions hasardeuses avant que ne tombent les certitudes mathématiques. Je retarde inconsciemment le moment du départ comme si le verdict me faisait peur. Il repose sur le sentiment que ces élections seront encore un rendez-vous manqué ! 7h 27 : la clé plate du passe ouvre la porte de l’Hôtel de ville. Une dame s’impatiente devant la boulangerie dont le rideau est encore tiré alors que le bureau de tabac reçoit ses premiers clients en état de manque. La place centrale sonne creux. Rien ne bouge. L’air frais réveille et Créon s’éveille. La mise en place des bureaux s’effectue méticuleusement avec le personnel habitué à ce type d’exercice. Chacun vaque à son occupation en lançant de temps à autres une plaisanterie ou une question. Nous avons l’impression de préparer les rites païens d’une cérémonie inutile puisque nous en connaîtrions les résultats à l’avance. Personne ne croît réellement dans l’issue de la journée. Le sujet est imposé et il faut bien s’y plier. Les bulletins destinés à donner une note aux participants sont soigneusement installés. Les surveillants arrivent les uns après les autres pour une brève concertation car chacun d’entre eux possède une longue expérience de ce type de rendez-vous. Un ultime coup d’œil : c’est parti !
7 h 57 : les premiers volontaires motivés par une obligation particulière se présentent, impatients d’en découdre avec leur devoir du jour. Ils piaffent… nous lançons avec quelques secondes d’anticipation l’épreuve. Je prends place derrière la table pour recueillir avec le maximum de rigueur leur expression. Je cherche à deviner à al crispation de leurs gestes, à la lueur de leur regard, à un signe complice ou un dédain marqué qu’elle en est la tendance. On prétend à tort que la première impression est la bonne. Je n’ose y croire compte tenu de l’engagement connu de ces pionniers. Je me force à y voir un signe encourageant. Ce n’est qu’un pur hasard… Le chapelet des participants s’égraine. Il suffit de bien observer pour voir que les plus motivés sont au rendez-vous mais que les adeptes de la " pipolisation " n’ont trouvé aucun intérêt dans cette matinée. Ils attendant patiemment que les autres bossent pour eux en faisant la sale besogne. Ils copieront la semaine prochaine en se rapprochant des certitudes données par un résultat déjà acquis… J’enrage intérieurement de voir que ce sont celles et ceux qui en ont le plus besoin, qui ont déjà dédaigné le rendez-vous avec une certaine forme de réussite. Ils laissent filer leur chance comme si elle pouvait se représenter bientôt ! Un, puis deux, puis trois cafés me réveillent !
10 h 02 : La relève arrive. Je vais dialoguer un instant avec les uns ou les autres devant la porte. Certaines personnes passent sans me voir comme s’ils avaient l’appréhension que je devine dans leur attitude qu’ils n’ont pas voté pour moi. Ils font semblant d’être très pressés. Ont-ils honte de leur vote ? Ont-ils peur que je leur tienne rigueur de m’avoir oublié ? Les retraités sont nettement les plus nombreux. Les actifs, les salariés, les jeunes ont oublié leur carte au fond d’un tiroir. Impossible de ne pas le constater. Impossible de ne pas prendre un coup au moral face à ce renoncement qui fait incontestablement le bonheur des uns et le désespoir des autres. Beaucoup me témoignent leur confiance personnelle mais pas nécessairement aux idées que je défends. Je perds vite pied et préfère me retrouver seul ailleurs plutôt que d’affronter des regards fuyants et des mains qui se tendent accompagnées d’un sourire jaune.
10 h 30 : Sa majesté la télé m’apprend que les DOM ont totalement oublié de se réveiller. Bien moins d’un électeur sur deux a pris le chemin des urnes. On passe vite sur ces constats car on sait bien dans les rédactions qu’ils vont accentuer l’effet de l’opinion dominante portée par des sondages qui se révèlent très partiaux et partiels car n’ayant jamais chiffré… l’abstention ! Lamentable manipulation que personne ne dénoncera
12 h 11 : La métropole s’effondre avec 22,56 % de participation à la mi-journée. Un élan de citoyenneté qui me replonge dans le noir. Je rumine mes idées noires. Je pars immédiatement refaire un tour aux bureaux de vote. Plus de 48 %. Ouf ! Au moins nous sauverons les meubles localement. La grande salle de l’espace culturel sonne creux. On n’a plus les militants qui virevoltent. Ils ont oublié de se lever. Certains se préparent visiblement aux déclarations de ce soir… Ils verront au second tour ou ils espèrent que l’on ne reconstruit que sur des ruines, laissant les autres mettre des étais et boucher les trous de leurs petits bras musclés !
13 h 08 : mon père enlisé dans sa paralysie ne peut même plus manger. Impossible de communiquer avec lui et de lui confier, comme autrefois les angoisses. Il m’aurait répété pour la énième fois que le renoncement et le reniement sont les pires signes de déchéance. Il me regarde fixement comme s’il se demandait ce que je peux bien faire là alors qu’il y a du boulot à faire. Ma mère a peur pour moi. " Laisse les !. Quand ils viendront te demander un logement, un emploi ou que sais-je encore tu n’auras qu’à leur donner la carte du Député… et son adresse en avouant humblement ton impuissance ! Peut-être qu’ils comprendront ? Dis ce soir tu m’appelles pour me donner le résultat… " Elle n’arrête pas de parler comme pour exorciser sa propre angoisse. Secrétaire de mairie durant 42 ans elle en a vu des élections gagnées ou perdues : elle n’a jamais varié en votant à gauche… mais ce n’est que la seconde fois dans sa vie qu’elle peut le faire partiellement pour son fils. La première ce fut en 93 pour des législatives perdues. Alors cette fois… elle espérait bien. " N’oublies pas. Tu m’appelles… " Le tragique regard de mon père m’accompagne vers la sortie.
15 h 10 : Fédérer et Nadal entrent sur le court pour la finale de Roland Garros. Une confrontation de cogneurs où l’on se promène de droite à gauche pour essuyer un coup droit ou un revers. Un second tour avant l’heure avec des résultats variables pour gens décidés à se battre jusqu’au bout. La terre rouge de ce qu’il faut bien appeler le central des nantis redonne un sens au principe du " pain et du jeu " comme acte de gouvernance. Un France Ukraine de foot… une finale du championnat de France de rugby… mais pas de finale de Roland Garros pour le Président de la République. Trop long, trop statique, trop monotone pour celui qui court partout en expliquant qu’il cogne inlassablement tous azimuts comme Nadal ou qu’il ruse comme Fédérer. Les images de Bachelot dans la tribune du stade de France furent du plus bel effet. Cherchez l’erreur de casting : on aurait dit un cachalot découvrant une cour de récréation. Vite, vite un secrétaire d’Etat sachant au moins ce qu’il regarde. Il y a bien un David Douillet, un Alain Prost, une Marielle Goitschel disponibles pour " pipoliser " encore plus un gouvernement. Nadal expédie Fédérer aux pelotes car il a perdu… 10 balles de break dans le premier set ! Un bon signe : les favoris peuvent se faire secouer ! rien n’est joué 16 h 12 : Le portable sonne. Appel de Martine Faure qui se ronge les ongles. Elle ne pensait pas être aussi angoissée. Elle aussi note tous ce qu’elle pense être des signes positifs mais elle n’ose y croire. Tout lui paraît indécis. Elle est incrédule. Nous nous réconfortons. La journée traîne en longueur. On vote davantage chez nous qu’ailleurs. Mais pour qui… de quel coté ? Nous nous appellerons plus tard…
Le portable sonne. Appel de Martine Faure qui se ronge les ongles. Elle ne pensait pas être aussi angoissée. Elle aussi note tous ce qu’elle pense être des signes positifs mais elle n’ose y croire. Tout lui paraît indécis. Elle est incrédule. Nous nous réconfortons. La journée traîne en longueur. On vote davantage chez nous qu’ailleurs. Mais pour qui… de quel coté ? Nous nous appellerons plus tard… 16 h 59 : Retour dans les bureaux de vote. La dernière heure va être longue. Même si elle ne débouche que sur une semaine supplémentaire de campagne encore exigeante et qu’aucun résultat ne peut être acquis ce soir, je souhaite voir arriver la fin du match. Je veux connaître le premier verdict pour savoir enfin si la France que je connais, celle que je côtoie au quotidien est si gangrenée que cela par l’opinion dominante.
18 h 32 : Les premières enveloppes sont ouvertes. Les noms claquent. Sur les cent premières de chaque table le résultat créonnais tombe. Je l’absorbe sans mot dire. Il est bon. Je n’ose y croire. Il approche la majorité absolue sur certaines tables et tourne à 40 % autour des autres. La machine à dépouiller tourne à plein. Elle apporte un réel plaisir car elle récompense surtout celles et ceux qui m’entourent et bossent au quotidien. Chaque bulletin tiré d’une enveloppe conforte la lutte contre l’opinion dominante voulant que la déferlante bleue ne rencontre aucun obstacle. Le portable sonne. On veut connaître le résultat global que je connais pas moi-même.
19h 03 : Le tableau sur l’ordinateur se complète peu à peu. On compte et on recompte. Le miracle des calculs tout prêt permet d’afficher instantanément un 46,97 % en la faveur de Martine Faure (1). Inutile d’exulter, de faire de grandes déclarations. Ce résultat permet seulement de continuer à espérer au second tour !.. C’est un brin de soleil dans l’eau froide de la soirée qui s’annonce. En Gironde il arrive avec l'automne le mal bleu... celui où les pigeons sauvages (palombes) tombent dans les filets des chasseurs. Tiens donc cette année les vols ont de l'avance pour se faire tordre le cou.
Mais je déblogue...
(1) Résultats de Créon :
Inscrits: 2 532
Votants : 1 679
Exprimés : 1 645
Martine Faure (PS) : 772 voix
Dubourg (UMP sortant) : 362 voix
Meynard (MoDem) : 122 voix
Orsoni (PSLE) : 89 voix
Laernoés (Verts) : 62 voix
Augey (PCF) : 57 voix
De Badereau (FN) : 56 voix
Villemeney (LCR) : 39 voix
Graule (CPNT) : 21 voix
Boucher (Div) : 21 voix
Vaury (MPF) : 18 voix
Delcamp (LO) : 16 voix