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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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UNE ARMEE TROP OUBLIEE

Aujourd'hui Créon a souhaité rendre hommage à la première armée française, celles des désormais fameux "indigènes" oubliés par l'Histoire. Voici le texte des propos que j'ai tenu en présence de l'un de ceux quia participé à cette épopée de 42 à 45 que vous retrouverez sous le prénom de Roger.
"Messieurs les Présidents je voudrais avant de m’exprimer sur le fond, vous remercier à tous deux pour la qualité de vos propos ainsi que pour celle de l’organisation de cette cérémonie qui se voulait solennelle mais aussi très amicale. Mon cher Roger, je tiens à souligner le rôle extrêmement important que tu as pris dans la mise en place de cet hommage local à cette "Première armée Française" , celle des Indigènes et à son illustre chef le Maréchal de Lattre de Tassigny dont tu fus, avec tes amis ici présents, l’un des plus valeureux combattants comme en atteste le petit montage audiovisuel que nous avons pu préparer grâce à tes merveilleuses et authentiques archives de ce périple extraordinaire entre 1942 et 1945.
Tu n’as cessé depuis plusieurs mois de te préoccuper des moindres détails de ce rendez-vous que tu souhaitais depuis tellement de temps. Ton implication constante dans le vie citoyenne, ton dévouement au bien public, tonsouci de préserver la mémoire réelle des faits que tu as vécu font de toi un éternel serviteur d’une certain idée de la République.
Sur ton initiative le conseil municipal unanime avait déjà décidéde donner le nom du Maréchal de Lattre deTassigny à une voie nouvelle de notre cité. Il a également accepté qu’une plaque interpelle désormais les gens sur cette" Première armée française "qui, pour beaucoup et notamment pour les responsables de la Fondation que tu soutiens de toutes tes forces, aura symbolisé la véritable dimension de notre pays ainsi que sa capacité à se construire dans les moments les plus difficiles une identité à partir de sa diversité.
Je tenais publiquement à te remercier pour cet engagement quasiment quotidien en faveur d’une certaine idée du rôle de celles et ceux qui, comme toi, ont contribué à redonner uns sens à la liberté, à l’égalité et la fraternité dans une France défigurée par l’oppression, l’exclusion et le racisme. Sans ceux qui, comme vous, officiers, sous-officiers, hommes du rang prennent de leur temps pour témoigner, inlassablement témoigner, l’Histoire finirait par être un éternel recommencement. Je ne cesse de répéter les bienfaits de la valeur de l’exemple et j’espère donc que nous aurons réussi aujourd’hui par cette solidarité active autour de cette Armée dont la cohésion fut brillamment assurée par un homme exceptionnel à démontrer qu’il ne faut jamais renoncer à rappeler ce que la France doit à certains de ses enfants de hier.
Cette Armée constituée sur cette terre d’Afrique, après avoir été celle qui avait contribué à faire reculer, pour la première fois de la seconde guerre mondiale, les armées nazies, portait en son sein la France que nous rêvons toutes et tous de construire : celle de la diversité. Le Maréchal de Lattre de Tassigny, lui-même, en a parfaitement décrit la composition et la force ;" Venus de toutes les terres de l’Union française, et de toutes les familles spirituelles françaises, ces combattants étaient à l’image de la Nation. Beaucoup avaient connu la guerre depuis de longues années. Beaucoup venaient de recevoir le baptême du feu. Mais tous sentaient en eux et par eux, naissait une Armée nouvelle, ardente, joyeuse, confiante " C’est cette force inspirée de la notion de servir l’intérêt général par delà des différences, les divergences, les références que Créon a voulu honorer.
Notre attachement à la nécessité absolue de tourner le dos à tout ce qui sépare, qui oppose, qui confronte nous conduit, les uns et les autres à rappeler qu’il fut une époque sombre durant laquelle les jeunes d’un pays nommé France, avaient refusé le renoncement, l’abandon, la résignation. L’admirable de cette armée de libération arrivée du Sud pour terminer sa progression à Berlin c’est que sous l’égide d’un général hors du commun elle avait transformé sa diversité en complémentarité pour finir par être l’une des plus dignes unités combattante de la seconde guerre mondiale. Elle n’a jamais eu dans l’Histoire la place qu’elle méritait. Ses chefs non plus.
 La médiatisation américaine du débarquement en Normandie éclipsa en effet tous les autres actes pourtant glorieux accomplit par des soldats de l’Union Française sur le territoire national. Il est nullement question de nier ou d’occulter le rôle capital tenu par les Alliés dans ces mois de libération mais tout simplement par une plaque de rappeler qu’il il eut aussi d’autres acteurs plus humbles, plus discrets, moins connus d’un conflit qui conduisit le peuple de France à mettre son sort en le courage d’autres peuples parfois ignorés ou oubliés.
Le linceul de l’histoire recouvre parfois des tombes glorieuses, les occultant du paysage, les éliminant des mémoires. On adapte parfois les faits aux convenances. On utilise le filtre des mémoires pour ne pas reconnaître les réalités. Cette première armée française constituée par des contingents de soldats comme toi Roger qui avaient rallié l’Afrique pour retrouver volontairement les réfractaires au renoncement étaient en effet constitué par ces " indigènes " qu’un film récent à remis sur le devant de la scène.
Certes ils ne furent jamais les seuls dans ce combat pour la libération de villes et de villages qu’ils ne connaissaient même pas par les images.
Certes ils ne furent pas les plus exubérants au milieu des neiges vosgiennes, alsaciennes ou allemandes. Certes ils n’ont jamais obtenu de partager autre chose que l’impérieuse nécessité du devoir à accomplir partout et en toutes circonstances. Certes beaucup d’entre eux ont été oubliés par le pays qu’ils ont libéré. Le Maréchal de Lattre dans l’un des ses textes avaient pourtant écrits sur ces soldats ces lignes remarquables qui ont encore une actualité sociale forte." Vous avez été silencieux dans l’action, mais la page que vous avez écrite dans l’Histoire de la France reste trop lumineuse pour qu’elle puisse s’estomper aujourd’hui dans les grisailles des petitesses quotidiennes. Vous méritez le respect ! "
Grâce à vous mesdames et messieurs, aujourd’hui Créon fait sienne cette analyse d’une histoire malmenée parfois par celles et ceux qui ne l’ont approchée que de loin ou qui l’ont adoptée comme étant la leur sans l’avoir même partagée. Un hommage large, collectif, puissant à celui que tu admires, ce Maréchal qui avait acquis son titre dans l’honneur, la droiture et le devoir. Ce Maréchal qui avait su, rassembler pour agir, fédérer pour conquérir, exister pour redonner sa place dans le monde libre, galvaniser pour libérer. Il n’aurait rien été sans ces soldats venus d’ailleurs qui lui firent confiance jusqu’au sacrifice de leur vie. Il le savait et le reconnaissait d’ailleurs en déclarant lors d’une rencontre avec ceux qui avaient servi sous ses ordres " Ah ! Mes compagnons intrépides à qui j’ai tant demandé et qui avez tant donné pour la France… Chers compagnons qui avez à jamais rempli ma vie de fierté et de joie, comment ne pas redire l’affection que je vous porte à tous que j’unis dans mon cœur comme vous le fûtes dans l’effort la souffrance et la gloire ".Mesdames, messieurs, même si ça fait un peu désuet et passéiste, permettez moi de vous dire combien vous avez honoré notre ville bastide en venant ce matin partager avec nous un moment de mémoire collective. Je suis personnellement viscéralement attaché à la vertu de l’exemple. Je sais qu’il demeure toujours dans le vie des gens des parcelles, certes parfois infime, d’une instant de vie sociale constructive, unitaire, formelle. Parfois cet éclat éclaire les chemins obscurs de la vie collective sur lesquels les peuples sont tentés de s’engager sans en connaître les tristes conséquences.
Tant, Martine Faure députée que Philippe Madrelle, Président du Conseil général auraient été émus de partager avec vous cette leçon d’Histoire vécue, concrète, authentique. Ils s’associent donc à moi pour vous donner à méditer cette phrase de Léon Blum moins d’un an avant que n’éclate le tragique conflit de 39-45 : " Il n'y a pas d'exemple dans l'Histoire qu'on ait acquis la sécurité par la lâcheté, et cela, ni pour les peuples, ni pour les hommes "
Merci donc à toutes et à tous d’avoir eu le courage de penser qu’il fallait rendre hommage à ces hommes ayant eu le courage d’aller au devant de la mort pour que nous puissions les uns et les autres espérer vivre dans la pais et la sécurité.
Merci à vous de l’avoir compris et d’avoir fait que des milliers et des milleirs de citoyennes et de citoyens qui passeront près de cette plaque se poseront au moins la question de son existence et des raisons de sa présence.
Merci à vous de nous avoir permis de mettre des visages, des actes concrets, des souvenirs derrière les lettres qu’elle portera pour quelques décennies.
Merci à vous d’être venus chez nous pour nous rappeler une part de notre vérité collective.
Merci simplement à vous d’avoir eu le courage de vous pencher sur un passé parfois douloureux.
Merci à vous de nous avoir aidé à rappeler que le devoir accompagne nécessairement les droits.
Merci à vous de nous permettre de vivre dans la paix parce que la majorité d’entre vous a eu le courage d’affronter la guerre.
Merci tout simplement d’avoir compris que Créon avait la préoccupation de rappeler qu’une identité nationale ne se construit que dans le respect des diversités et la reconnaissance de leur participation à la vie du pays. La première armée française et le Maréchal de Lattre méritaient amplement de servir d’exemple à cette volonté.

Et pour une fois je n'ai pas l'impression d'avoir trop déblogué... dans ces rapports très difficiles entre guerre, mémoire, armée et pacifisme.  

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