Il y a dans la vie publique un certain nombre de comportements qu’il faut savoir absorber pour survivre. Vus de l’extérieur ils ne sont pas perceptibles sauf si l’on réalise une autopsie minutieuse du cadavre de celui que l’on a fini de tuer. Les traces sont peu visibles et se résument à de minuscules traces rouges différentes mais révélatrices d’un comportement identique. Elles ne sont pas perceptibles par les gens qui ne voient bien évidemment que les apparences sans trop se soucier de la réalité. En fait toute femme ou tout homme qui se tourne tant soit peu vers les autres court le risque de se trouver face à ce danger permanent : celui de la vampirisation de sa personne !
Dans chaque rencontre il doit se méfier, se protéger contre ce phénomène social de plus en plus répandu, consistant à " sucer " l’énergie potentielle dont il dispose. Subrepticement la femme ou l’homme ayant une responsabilité va constituer une proie potentielle qu’il faut approcher et récupérer au bon moment. On capte ce qu’il peut apporter durant quelques temps puis ensuite on l’abandonne pour aller se " ravitailler " ailleurs. Mieux certains exploitent plusieurs victimes à la fois afin de tenter de puiser le maximum du profit qu’ils veulent obtenir.
Le vampire est non-mort et non-vivant. Il est un "revenant en corps", se distinguant ainsi des revenants immatériels (fantômes ou esprits). Suivant Pérel Wilgowicz les thèmes de prédilection du vampirisme sont l'ombre et le reflet, le miroir et le verre, l'œil et le regard, le cercueil, l'effacement de l'espace et du temps, la dent du vampire et les voi(x)(es) du sang.
Si vous cherchez bien vous en trouvez toujours dans l’entourage des femmes et des hommes ayant le moindre pouvoir. Ils traînent avec l’espoir de pouvoir récupérer un avantage quelconque en vidant l’autre de ses forces.
PIRE QUE LES COURTISANS
La technique est simple : s’approcher le plus souvent possible de celui dont on espère aspirer une part de la notoriété. En se montrant et en se recommandant de lui, en lui prenant une part de son aura, on va chercher ailleurs ce qui manque. Cette attitude devient pire que celle des courtisans d’antan car ils n’attendent pas qu'on leur octroie une faveur, ils vont la chercher souvent sans le consentement de celui qu’ils ont squatté.
Il arrive que le soir, je me retrouve totalement vidé avec la désagréable impression d’avoir été " aspiré " par les problèmes des autres. Pas une seconde à consacrer à mes propres préoccupations mais la nécessité absolue de remplir les vides des gens qui viennent me voir : l’usure monte vite. Ils traversent ma vie durant quelques minutes piquent tout ce qu’ils peuvent piquer intellectuellement ou matériellement récupérer avec l’espoir qu’ils pourront vite se requinquer.
Ils escomptent une transfusion compatible avec leurs manques : travail, logement, dérogations diverses, réponses à une situation de crise, soutien psychologique, argent… Ils n’avouent que rarement l’urgence de l’apport mais ils se détectent très vite. Un peu comme le conducteur qui tourne la clé de son véhicule et constate que la batterie est déchargée ils effectuent un pontage. Ils tournent, tournent autour de moi comme je les vois tourner autour des autres pour récupérer ce qui peut l’être.
Ils avancent parfois masqués et pour les détecter le travail devient beaucoup plus ardu. Ils évitent la pleine lumière et se contentent de s’approcher pour exploiter une pseudo amitié. Ils se promènent ensuite en se recommandant d’une improbable amitié qui leur ouvre les portes et leur permet de jouer un rôle supposé important. Ceux là demeurent les plus dangereux car les vampires qui vous dépouillent à l’insu de votre plein gré finissent tôt ou tard par vous détruire. Ils endorment votre confiance et récupèrent aisément ce que vous oublieriez en route. Quand l’heure du réveil sonne il est trop tard. Le mal est fait.
DANS LES CERCLES LES PLUS PROCHES
Il arrive aussi bien souvent que les plus subtils tentent de prendre appui sur des proches dont ils connaissent l’influence. Les vampires sociaux s’introduisent dans les cercles les plus proches de celui qu’ils visent. En général leur atout principal c’est la flatterie et l’éloge bon marché. J’ai appris à me méfier des enthousiastes laudateurs. Je préfère et de loin, l’absence de démonstrations voyantes car elles me paraissent toujours surdimensionnées et j’avoue que rapidement je me méfie. Mais il m’arrive aussi de me faire berner et de croire en la sincérité de personnes qui ne sont là que pour exploiter des circonstances favorables. Regardez bien car vous allez bien les détecter si vous prenez un brin de recul et que vous observiez les mouvements autour de quelqu’un détenant le moindre pouvoir.
En général on distingue aisément celles et ceux qui tentent subrepticement de se glisser dans un cercle constitué, qui essaient de surprendre une conversation afin d’apporter leur grain de sel, qui piaffent quand on les teint un peu trop à distance… Vous les retrouvez partout ! Vous pouvez dresser un répertoire des pique-assiettes de la notoriété.
Parfois j’ai du mal à ne pas réagir. J’apparais alors comme distant ce qui devient catastrophique pour l’image. Il faut donc accepter une proximité dérangeante pour éviter de décevoir les vrais amis. Mon épouse parfois constate cette pression dont elle tente aussitôt de se dégager. Mes enfants l’ont eue. Ma mère ne l’accepte pas. Pourtant de partout arrive les sollicitations destinés à procurer une reconnaissance.
Combien de fois ai-je déçu mes proches en leur répétant que je n’avais pas les capacités qu’ils me prêtaient, que je ne pourrais pas, malgré mon affection résoudre encore plus pour eux que pour les autres, les demandes qu’ils me transmettaient?
Un inavouable sentiment de culpabilité m’envahit aussitôt. Et c’est sûrement le plus insupportable : ne pas avoir assez de ressources pour nourrir tous les vampires et obtenir la paix ! La seule certitude en la matière réside dans un principe simple : il ne faut jamais commencer pour espérer tenir le coup ! Tout le reste relève de la naïveté la plus pure.
AUCUNE RECONNAISSANCE
Le pire c’est en définitive quand le vampire obtient ce qu’il attend car il est vite tenté de revenir. Il oublie d’ailleurs très rapidement ce qu’il a déjà obtenu afin de se refaire une santé et il ne témoigne d’aucune reconnaissance. Il lui faut absolument revenir à la charge car il ressent l’accoutumance et même parfois la dépendance intégrale. De l’autre coté vous avez les déçus permanents qui ne parviennent pas à décrocher le moindre contenu positif. Dans les deux cas vous n’avez que des mécontents potentiels qui vous forcent, d’une manière ou d’une autre, à renoncer à vous éloigner des ces " suceurs d’énergie ".
Cette situation n’est pas propre à la vie politique car on retrouve des phénomènes identiques dans de multiples autres contextes : sport professionnel, show bizz, professions libérales, chefs d’entreprises, journalistes… On recherche leur compagnie pour leur voler une parcelle de leur notoriété. On hésite pas à les appeler au nom des services rendus pour une nomination, pour une promotion, pour une recommandation. Il arrive même que vos propres ennemis tentent de vous vampiriser.
On en a un bel exemple avec l’attitude de Sarkozy vis à vis du PS. Il tente de prendre les forces vives socialistes soit en les compromettant par des effets d’annonce ou par des attributions de postes. Il sait que c’est le meilleur moyen pour affaiblir l’adversaire. Il abuse de la tentation des caciques de se laisser vampiriser!
La " vampirisation " conduit en effet inévitablement à la déchéance de celui que l’on épuise progressivement. Elle finit par tuer celles et ceux qui en sont victimes. Ils ont de plus en plus de mal à se " reconstituer " face à une tendance qui ne fait que s’accroître. Le temps leur est compté et donc la récupération devient impossible.
La contradiction essentielle c’est que plus les élus cherchent à être proche des autres et plus ils sont exposés. Ceux qui s’isolent meurent inexorablement.
Alors il leur faut admettre que les vampires appartiennent obligatoirement à leur environnement et accepter de rentrer lessiver par le danger permanent qui rôde autour d’eux.
Mais je déblogue…