Attention la période des soldes va prendre fin dans quelques heures. Il paraît qu’elle n’a pas été à la hauteur des espérances des commerçants, désormais obsédés par les stocks. Quelle que soit sa passion pour cette technique de vente, on ne peut pas admettre qu’elle constitue une escroquerie officiellement organisée.
En effet, un pantalon acheté le 15 juin vous aurait été vendu plus de 60 % plus cher que le même acquis le… 16 juillet. Faut-il que la marge soit considérable pour que ce rabais permette d’éviter la vente à perte et plus encore de réaliser encore un bénéfice. Je suis de ceux qui se demandent comment on peut tolérer qu’en un mois, les consommateurs ayant accepté de payer au prix demandé un objet, passent ainsi pour de splendides naïfs dans la mesure où ils constatent que la vérité des prix n’existe pas. La libre concurrence dont l’Europe est tellement friande devient le vecteur d’une déplorable mystification. Lors des commissions d’appel d’offres que je préside, je le constate souvent avec des écarts faramineux entre les montants proposés et… ceux pratiqués vers le grand public : du simple au triple quand ce n’est pas au quadruple.
Les soldes qui s’achèvent ont inspiré Fillon, qui, le pauvre, ne sert qu’à annoncer les mauvaises nouvelles. Pendant que le patron effectuait ses emplettes médiatiques de la journée en allant à Dax démontrer sa compassion pour les vieillards emprisonnés dans la maladie d’Alzeimer, puis en filant à Orange assister au " Trouvère ", opéra sur la vengeance absurde, il a effectué une liquidation du stock, une braderie avait l’heure, des services publics.
Conformément aux engagements de campagne de Nicolas Sarkozy, l’homme invisible du gouvernement a rappelé que la moitié des économies réalisées par le non-remplacement de fonctionnaires partant à la retraite sera affectée à la revalorisation des carrières… Pour l'Education nationale, environ un fonctionnaire sur trois ne sera pas remplacé. Mais "il y aura plus de 6.000 créations de postes correspondant à des besoins nouveaux" dans l'Education nationale, dont les études dirigées, a précisé le Premier Ministre. "Il y aura aussi des suppressions, qui font l’objet de réglages fins". Les modalités de cette mesure seront négociées dans les prochaines semaines avec les syndicats par le secrétaire d’Etat à la Fonction publique André Santini. D'autres secteurs vont être épargnés par ces économies qui avaient été annoncées comme pires, et qui désormais sont… atténuées grâce à la compréhension du gouvernement ! On connaît la méthode : je mets le prix très haut pour ensuite vous faire le vrai en vous faisant croire à un rabais !
DE 1 A 2 SUR 3
Le chef du gouvernement a ainsi annoncé que le ministère de la Justice bénéficierait de 1.600 créations d'emplois et que son budget progresserait de 4,5% en 2008. Une somme de 1,8 milliard d'€ supplémentaires sera également affectée en 2008 à l'Enseignement supérieur et la Recherche. Mais rassurez vous, tout cela se fera avec une diminution des ressources de l’Etat dues au " paquet fiscal " et un pari sur la croissance générée par les exonérations accordées aux plus aisés dont on sait qu’ils vont se dépêcher d'… investir.
A l’issue du séminaire gouvernemental sur les arbitrages budgétaires pour le projet de loi de finance 2008, François Fillon, le brave des braves, a confirmé le grand déstockage avec…22.700 départs en retraite de fonctionnaires qui ne seront pas remplacés en 2008, soit en moyenne 1 fonctionnaire sur 2, hormis dans l’Education Nationale, la Justice et l'Enseignement supérieur (à voir). Le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite représentera 7 à 800 millions d'€ d'économies par an pour le budget de l'Etat, a estimé hier le ministre du Budget et des Comptes publics Eric Woerth. On en arrive à des soldes de 33 à 50 %.
Bien que pour arriver en moyenne à un fonctionnaire liquidé sur deux, alors que l’on en épargne un sur trois… il ne faut pas être grand mathématicien pour affirmer qu’il y aura des secteurs où ce sera forcément 2 sur 3 qui ne seront pas remplacés ! Où ? Mystère : il faudra attendre que les affiches soient placées sur les devantures des Ministères.
Sûrement pas dans la fonction publique hospitalière puisque Nicolas Sarkozy a annoncé à Dax pour celles et ceux qui ont encore un brin de mémoire, des efforts accrus. Sûrement pas dans la culture puisque Nicolas Sarkozy a promis que la culture serait revalorisée. Sûrement pas dans la Police ou la Gendarmerie, car Nicolas Sarkozy a promis plus d’efficacité. Sûrement pas dans la justice, puisque Nicolas Sarkozy a juré que les récidivistes allaient trinquer durablement dans des prisons surchargées et qu’il faudra embaucher 4 à 5 000 gardiens supplémentaires pour surveiller ce beau monde. Sûrement pas dans l’armée, car elle est engagée sur tellement de missions hors du territoire national que l’on arrive tout juste à effectuer les relèves. Alors : où Santini, dont on sait que c’est une…grosse tête, va-t-il proposer ses soldes ? Il faudra attendre l’arrivée des missives de l’Elysée pour connaître les malheureux élus, quelques heures avant le départ en vacances, dans les Ministères.
LA FRANCHISE SARKOZISTE
Accompagné par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, toujours aussi efficace, et par la secrétaire d’Etat à la Solidarité Valérie Létard, Nicolas Sarkozy a attaqué sa période anti-solde, c’est à dire celle qui permet de récupérer d’une main ce que vous avez donné aux autres de l’autre. Il a indiqué, lors d’une table ronde avec des professionnels de la santé, sans préciser de date pour la mise en œuvre, une mesure inique consistant à faire payer par tout le monde, de manière strictement égalitaire, une franchise destinée à pallier les carences financière de l’Etat qui n’a plus rien de providentiel. Cette franchise sera de 50 centimes par boîte de médicaments, de 50 centimes par acte paramédical et de deux € sur les transports sanitaires accordés à celles et ceux qui souffrent d’affection très graves (cancers, handicaps physiques lourds, longues maladies…) et qui sont contraints d’effectuer des déplacements réguliers vers les hôpitaux, et dont la prise en charge était à ce jour de 100 %. Tant pis pour eux : ils savent désormais que le plafond annuel "ne dépassera pas 50 € " selon le Président, sans que ce dernier précise que 50 € pour un retraité agricole touchant 650 € par mois et 50 € pour quelqu’un bénéficiant du bouclier fiscal n’aura pas les mêmes conséquences !
Sarkozy a heureusement précisé que les personnes " les plus modestes en seront dispensées, ainsi que les enfants et les femmes enceintes". II a également souhaité que "cette franchise puisse être prise en charge par les assurances complémentaires santé." quand les gens pourront se la payer et notamment les jeunes en situation de travail précaire. Cette mesure devra permettre de financer la lutte contre le cancer et contre la maladie d’Alzheimer, ainsi que les soins palliatifs, désignés le 20 juin comme "chantiers présidentiels" par le Président Sarkozy. Les soldes ne sont pas pour demain : la santé va se payer au prix fort, à moins que l’on aille résolument vers une inégalité absolue d’accès aux soins par doses homéopathiques ! C’est bien plus efficace que l’opération pièces jaunes de " Bernadette et Douillet " qui fait gagne petit ! Cette franchise ressemble étrangement à la vignette de Paul Ramadier qui était destinée... aux retraites et qui finit ailleurs.
ANPE ET ASSEDIC : ON DESTOCKE !
On baisse tout, la protection sociale, les garanties constitutionnelles sur le droit de grève, mais aussi le nombre de chômeurs en France, qui a diminué de 1,2% (-24.500 personnes) en juin, ramenant le taux de chômage au sens du BIT à 8% de la population active (-0,1 point sur un mois), selon un chiffre provisoire vite publié par le gouvernement. Fin juin, la France comptait 1.962.700 demandeurs d'emploi de catégorie 1, qui sert de baromètre officiel en France depuis 1995, mais ne concerne que les personnes immédiatement disponibles, à la recherche d'un CDI à temps plein et ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois. En un mois, la baisse est de 1,2% par rapport au mois de mai. Sur un an, elle atteint 10,6%.
Le nombre de chômeurs avait déjà chuté à la fin du mois de mai sous la barre symbolique des 2 millions, un chiffre qui n'inclut pas les demandeurs d'emploi de catégorie 1 des DOM-TOM (plus de 144.000 personnes) car… ceux-là ne sont Français que pour voter, pas pour les statistiques ! Les soldes sont en cours dans toutes les ANPE (1) où l’on cherche par tous les moyens à se débarrasser des stocks !
Ces résultats sont publiés sur fond de polémique récurrente sur les chiffres du chômage. En effet, l'Association des journalistes de l'information sociale avait adressé un courrier, le 5 juin, à l'ancien ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, pour réclamer que deux des catégories de demandeurs d'emploi qui sont encore absentes des statistiques mensuelles du chômage y soient désormais intégrées. A savoir les catégories 4 et 5 qui représentent des chômeurs non disponibles sur le champ et qui ne sont pas tenus d'accomplir des "actes positifs de recherche d'emploi". Ces deux catégories regrouperaient 320.000 personnes.
Dans un tout autre registre, l'Unedic (Assurance-chômage) a publié, le 26 juillet, par le biais du quotidien Les Echos, un bilan révélant que les sanctions prononcées contre les chômeurs à la suite d'un signalement des Assedic a plus que triplé entre 2005 et 2006. Ainsi, le nombre de peines prononcées est passé de 7.200 à 24.800 pour un taux de sanction sur les dossiers suspects atteignant désormais 57% contre 18% précédemment. Il semblerait que ces sanctions fassent principalement suite à des absences aux entretiens, à des refus d'emploi ou de contrats d'apprentissage, ou encore à des déclarations mensongères. Le seul qui ne chôme pas dans ce pays, c’est bien Sarkozy et c’est une certitude. Le seul qui joue la franchise intégrale, c’est Sarkozy. Le seul qui a augmenté démesurément le nombre des personnels à son service à l’Elysée, c’est Sarkozy.
Le ménage d'été semble en effet en cours au palais de l'Elysée. Par ici la sortie pour l'ensemble du personnel de maison, qui ne se retrouve pas à la rue, mais reclassé dans divers ministères. Les Sarkozy viendraient avec leurs propres gens, et auraient demandé, étant en charge d'une famille nombreuse, que l'effectif de l'époque Chirac soit doublé. Tout va donc pour le mieux.
Mais je déblogue…
(1) L’association des maires de France a souhaité me désigner prochainement pour siéger au " conseil de surveilalnce régional " de l’ANPE. Je suis impatient d’aller y siéger… pour m’exprimer !