L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Le monde du ballon rond français est en deuil. Le Lyon est mort mardi soir… Il a emporté dans sa tombe de San Siro les espoirs de tout le football hexagonal. Et pourtant, ils étaient au plus haut. En une période où nous perdons dans tous les domaines, un résultat positif chez les Italiens, qui ont tenté de nous piquer GDF ou Suez, aurait permis à De Villepin de regagner quelques points dans les sondages. Dommage qu’à quelques centaines de secondes de ce qui aurait été un exploit, les Gones aient cédé.
Comment voulez-vous, après une telle désillusion, que le moral des troupes cocardières soit au beau fixe ? Elles l’ont dans les chaussettes, et même sous les crampons. Une victoire sur canapé avec une série de Kronenbourg aurait probablement réveillé le patriotisme qui sommeille dans le cœur de tout supporteur.
En fait, les "Brésiliens au cœur de Lyon" n’ont pas pu enrayer cette formidable machine à broyer les optimismes béats qu’est encore le Milan A.C. Et d’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement, en cette période électorale de l’autre coté des Alpes. Berlusconi a dû sérieusement mettre la main au porte-feuille pour donner des ailes à "ses" joueurs, alors qu’il est à quelques heures d’une échéance pour le moins incertaine. En plus, il a véritablement une chance insolente quand, au coup de sifflet final, il a appris que l’Inter de Milan, le rival de toujours, avait chuté en Espagne. La Champion’s League avait des allures de triomphe annoncé.
Dans ce mélange explosif entre politique, football, argent, Lyon a une longueur de retard. La leçon immuable de ce type de rencontre se résume en effet en un seul mot : réalisme. Le footballeur français serait poète insouciant (tiens donc). Le footballeur italien tiendrait du tueur froid, un brin mafieux (tiens donc). Un peu comme si l’on mettait face à face notre Crin Blanc et le "Cavaliere". Une apparence dont il faut se méfier, dans la mesure où tous deux peuvent s’entendre comme larrons en foire.
Lorsque, hier soir, on avait le privilège de suivre un Juventus de Turin-Arsenal, ou un Barcelone-Benfica, on ne doutait pas un instant que Lyon était à son véritable niveau. Il y a une classe d’écart entre des formations dotées de véritables artistes, et un champion de France, certes volontaire, mais manquant singulièrement d’adresse. Il n’y a pas photo entre Fred et Ronaldinho, entre Carew et Henry, entre Wiltord et Etoo. Croire qu’ils évoluent, dans les grandes circonstances, sur les mêmes bases, c’est penser qu’il n’y a pas d’écart entre le talent et le labeur.
Les clubs français, malgré tous leurs efforts, ne pourront jamais combler l’écart qui s’est creusé en Europe entre les "grands" et les presque "grands", car il faut beaucoup plus que de l’argent pour attirer les plus talentueux chevaliers de la balle ronde. Le contexte, l’ambition réelle, les retombées ultérieures, jouent pour une bonne part dans le choix des stars. Or, tout au long de la saison, la concurrence et l’émulation ne sont que rarement au rendez-vous en Ligue 1.
Lyon ne peut espérer qu’une ou deux rencontres de haut niveau en championnat national, alors que ses rivaux en ont une bonne demi-douzaine. Ce n’est pas à Troyes, à Ajaccio, à Toulouse ou à Nice que les prétendants au titre européen trouvent les préparations dont ils ont forcément besoin.
Il faut, une fois dans sa vie, avoir vécu des confrontations à San Siro, au Nou Camp ou à Highburry pour comprendre ce que ces remarques signifient comme pression, comme atout, dans des moments de doute ou d’angoisse de perdre. Inimaginable, tant qu’on n'a pas ressenti cette chair de poule redoutable, qui ne vous permet pas de vous sentir totalement à l’aise dans ces enceintes exceptionnelles.
En France, sauf à un degré bien moindre, à Marseille ou à Paris, les grands soirs, il n’y a que des échantillons de situations identiques. Les Lyonnais ont payé cette insuffisance de haut niveau permettant que vous alliez toujours un cran au-dessus du quotidien dans les moments qui l’exigent. Le Real, le Bayern et les autres clubs sont de plus en plus dans la même situation.
L’O.L. et son président croient un peu trop au seul pouvoir de l’argent. En étant les Princes chez eux, ils pensent trop facilement devenir les Rois ailleurs. Or, ils sont encore loin du trône. Le football français vit en effet à crédit. Les responsables de la L.N.F. affichent un optimisme de façade. Malgré les efforts significatifs des clubs, le résultat net comptable cumulé est en effet toujours déficitaire (-32,5 M€), à peine meilleur que pour la saison 2003-2004 (-36 M€). Ce déficit s'explique par un résultat hors exploitation négatif (-20 M€), dû aux impôts (4 M€), aux frais financiers (4 M€), à la participation des salariés (1,6 M€) et à un résultat exceptionnel - principalement des provisions pour risques et charges (10,6 M€) - qui sont venus grever le résultat d'exploitation. N’empêche que, dans cette spirale, le recrutement de quelques pointures devient problématique.
Or Jean Michel Aulas en convient implicitement : Lyon en a besoin. "Nous pouvons aussi nous dire que ce sont toujours les grands joueurs qui font la différence comme Inzaghi ou Shevchenko, qui ont su marquer les buts lorsqu'il le fallait. Il faut retenir surtout les aspects positifs plutôt que les points négatifs. Nous avons mené un formidable combat, en faisant douter l'AC Milan. Nous avons été très proches du but, mais lorsque l'on ne gagne pas, il faut se remettre en cause. Je ne sais pas s'il nous manque (NDLR : un grand joueur) mais l'absence de Juninho à l'aller ou de Tiago au retour, ont probablement contribué au résultat. Si nous pouvons renforcer encore l'équipe, nous le ferons. Nous avons déjà fait cette année de gros efforts pour avoir des joueurs de grande qualité, en quantité, car nous avons un effectif considérable pour jouer sur tous les tableaux ». Le problème, c’est jusqu’où peut aller l’inflation des budgets français dans une situation économique difficile.
Les récents événements dans la France du ballon rond doivent donner à réfléchir. La chaîne Canal +, plus ou moins accusée de mélange des genres en diffusant fort souvent les matchs de sa propre formation, a lâché prise. Il est quand même extraordinaire d’apprendre qu’elle aurait vendu le P.S.G. pour 50 millions d’€, comme on solde sa bagnole à bout de souffle. La chaîne cryptée a trouvé un accord avec l'ancien président de Lille (L1) Luc Dayan et le fonds d'investissement américain Colony Capital, qui ont fusionné leurs candidatures, mais des détails restent en suspens.
Les "pensionnés américains" vont avoir la chance de contempler, et vont sûrement se passionner, pour Rothen, Cissé, Armand, Pauletta, Déhu, Alonso... courant sur une pelouse, mais surtout, ils vont exiger, à la fin de chaque année, des profits convenables… Une donne nouvelle, en cette année où le Stade de Reims de Raymond Kopa fête, un demi-siècle plus tard, son accession à sa première finale de la Coupe d’Europe des clubs champions face au… Real Madrid. Déjà un, raté de peu !
Raymond Kopa et Roger Piantoni, ainsi que d`autres gloires du football des années 50 ont communié dans le souvenir de la finale perdue (4-3) il y a 50 ans, par le Stade de Reims contre le Real Madrid de Gento, également présent en Champagne. "Contre le Real, on menait 3-2 à 20 minutes de la fin", s`est souvenu Raymond Kopa. Tiens donc : 20 minutes de trop ! A Milan il n'en a manqué que… 2 à Lyon : le foot français s’améliore.
Reims en 1956 et 1959, Saint-Etienne en 1976, Marseille en 1991 et Monaco en 2004 ont connu la même désillusion. Seul l`OM a remporté cette fameuse Coupe en 1993. Comme la France moderne a toujours le culte de Poulidor, on peut s’attendre à ce que l’on vive encore longtemps sur un lit de regrets… En foot, comme dans d’autres secteurs.
Mais je déblogue...
Raymond Kopa et l'Europe : éternel recommencement du foot français