Hier soir se déroulait la rencontre Marseille-Valenciennes qui fut, il y a un peu plus de 13 ans, dans un ordre inverse, un certain VA-OM entré dans la série noire du football français. Il se trouve que, dans les mois qui suivirent cette affaire détestable, je fréquentais encore le service des sports du journal SUD-OUEST, et que j’ai pu approcher sa réalité, en amont des informations diffusées. Et, comme d’habitude, rien ne fut aussi simple que ce que l’on a voulu faire croire. Un inextricable méli-mélo sportif et politique ne permet pas de saisir tous les tenants et les aboutissants de cette rocambolesque aventure, qui prit naissance, en fait, dans un jardin, où un joueur avait enterré son " pot de vin " dans une boite à biscuits pleine de billets.
On était le 20 mai, et depuis l'arrivée de Bernard Tapie à sa tête, l'Olympique de Marseille avait remporté quatre titres de champion de France consécutifs. L'O.M. était le club le plus admiré à cette époque, grâce à un effectif et des résultats sportifs brillants, notamment de très bonnes performances en coupe d'Europe. Le soir du match, à la mi-temps, Jacques Glassmann fera part de ses doutes sur la sincérité du match à ses dirigeants, qui déposeront des réserves sur la feuille de match. Le 22 mai, le club nordiste révèle officiellement l'existence d'une tentative de corruption.
TROP SURS DE LEUR IMPUNITE
Le défenseur valenciennois Jacques Glassmann avait en effet confié à son entraîneur Bruno Primorac qu'un joueur de Marseille, qui fut auparavant l'un de ses coéquipiers, l'avait contacté par téléphone avant le début de la rencontre. Une somme d'argent aurait été promise par un dirigeant de l'O.M. à Glassmann et deux autres joueurs Valenciennois, Jorge Burruchaga et Christophe Robert (que j’avais connu lors d’un passage à Saint Seurin sur l’Isle) pour qu'ils " laissent filer " le match et surtout que les Marseillais arrivent indemnes à Munich, pour la finale face au Milan.
Une semaine après le début de l'affaire, l'O.M. remporte d'ailleurs la Ligue des Champions de 93 face au Milan AC, sur une tête de Basile Boli, puis dans la foulée, son cinquième titre consécutif de champion de France. Lentement, en démêlant l’écheveau des positions des uns et des autres, les enquêteurs arriveront à prendre la main dans la sac, dans ce cas là, des protagonistes trop sûrs de leur impunité.
Il faut être honnête et expliquer que, pour une affaire VA-OM ridicule tant elle était mal ficelée, grossière, et traduisait le sentiment d’impunité que ressentaient les dirigeants phocéens et ceux de l’ensemble du football français, il aurait pu y en avoir bien d'autres. Les Marseillais et notamment Tapie voulaient trop cette coupe d’Europe pour s’encombrer d’états d’âme et de scrupules, inspirés de l’éthique sportive. Ils savaient bien, car ils étaient fort bien conseillés, que le système fonctionnait à plein régime depuis des années, du fait de l’augmentation des enjeux financiers. Il aura fallu la présence à Valenciennes, comme procureur de la République, d’Eric de Montgolfier pour que le scandale se transforme en affaire judiciaire... mais ce fut la seule !
Bernard Tapie n’avait rien inventé de génial. Il s’est toujours intuitivement glissé dans les bons coups des autres, avec bien sûr, le sens de la communication en plus. Le problème, c'est que politiquement, bien des gens du sérail, éléphants compris, voulaient sa peau. Il suffisait d’attendre le bon moment pour exploiter l’un de ses franchissements de la ligne blanche, ou ses excès de vitesse, pour le priver de son permis médiatique d’être partout ! Et V.A.-O.M., ne fut que l'opportunité de le flinguer, sans mêler la politique au meurtre entre amis.
RENTABILISER SANS TROP DE RISQUES
En fait "l’achat de match" se pratiquait déjà de manière détournée, surtout lors des premiers tours des coupes d’Europe. L’élimination directe ne donnait que peu de chances à certains clubs de franchir cette étape incontournable. Ils cherchaient donc, surtout ceux de l’Est, a rentabiliser, sans trop de risques, les rencontres initiales si elles les opposaient à des adversaires riches, ne pouvant pas se permettre le moindre faux pas. Il suffisait de monter des opérations apparemment régulières.
Par exemple, je suis allé au Haillan, personnellement, à deux reprises, interviewer deux joueurs achetés à prix d’or à des opposants des Girondins du premier tour. Ils ne firent jamais une apparition durable dans la superbe équipe d’alors, avant d’être prêtés pour l’un… à son club d’origine et pour l’autre à des équipes lointaines. En majorant nettement le montant d’un transfert inutile, on pouvait aisément offrir un dédommagement,, non répréhensible, de la cession du premier tour. Et ces deux "vedettes" furent cédées bien moins cher qu'elles n'avaient été acquises. Dans tous les cas, une opération de ce type rapportait beaucoup plus à eux-mêmes et à leur club qu’un éventuel tirage au sort, sans espoir de compensation. C’est d’ailleurs l’une des raisons de la pyramide actuelle de la Ligue des Champions, où les "grands" ne sont pas concernés par les étapes les plus obscures de la compétition. Il existait aussi ce que dans notre langage nous appelions les " chambres garnies " avec envoi, des mois après un match, pour les étrennes, d’une caisse de grand vin bordelais, mais ce serait trop dangereux d'en parler!
Les dirigeants constituaient également d’autres " caisses " noires à l’étranger. En allant disputer soi-disant gratuitement des matches de gala dans quelques paradis fiscaux, ou dans des pays peu regardants sur les mouvements de fonds, ils récupéraient les recettes pour stocker au Lichenstein, en Guyane néerlandaise, aux Antilles ou dans quelques contrées du Moyen Orient des sommes considérables. Ils pratiquaient aussi la surfacturation des déplacements, moyennant une ristourne sur place. Ces fonds secrets permettaient ensuite de régler des primes ou des compléments de salaires, non soumis au contrôle des autorités françaises, à des joueurs étrangers opérant en France.
Ainsi, un grand international anglais ou d’autres, allemands, avaient des salaires ridicules à Marseille ou à Bordeaux ou ailleurs… et constituaient des " bonnes affaires ", alors qu’ils recevaient chaque mois un complément du compte extérieur vers celui de leur pays, ou plus régulièrement en Suisse ou à Monaco ! Le système était aussi utilisé pour des joueurs huppés d’autres équipes…qui pouvaient ne pas avoir à enterrer les billets dans leur jardin !
MELLICK PAIE CASH
Dans l’affaire V.A.-O.M., le gros problème aura été l’intégrité exceptionnelle de Jacques Glassmann, attaché à son club et à son métier, et le fait que ses collègues n’ont pas un " niveau " suffisant pour posséder des comptes bancaires à l'étranger. L’O.M. vivait aussi, je le répète, sur son complexe de supériorité et son sentiment d’impunité. Tapie utilisa tous les subterfuges possibles pour se sortir du guêpier, mais après...
Ainsi, Jacques Mellick, ancien ministre et Maire de Béthune, a été condamné en 1997 pour son faux témoignage, car il avait reconnu avoir menti en soutenant devant le juge qu’il se trouvait dans le bureau de Bernard Tapie à Paris, le 17 juin 1993, à une heure où Boro Primorac, actuellement adjoint d’Arsène Wenger à Arsenal, alors entraîneur de Valenciennes, affirmait avoir rencontré le président de l’Olympique de Marseille, à la demande de ce dernier. Bernard Tapie niait que cette entrevue ait eu lieu.
Le retour sur les déclarations de son assistante parlementaire, la présence avérée de Jacques Mellick, une heure avant, à Béthune lors d'une réunion (d'où son surnom de l'époque de "maire le plus rapide de France") l'avaient obligé à revenir sur ses premières déclarations. Jacques Mellick avait alors soutenu avoir menti "pour sauver Béthune", où était installée l’entreprise Testut appartenant alors au groupe de… Bernard Tapie. Il fut trahi par une fameuse photo publiée dans la presse, le montrant à une fête de la communauté d’agglomération béthunoise.
Ce que l’on ne sait pas, c’est qu’il fut aussi victime d’un règlement de compte politique, relatif à la récupération de son siège de député, après sa sortie du gouvernement Bérégovoy en 93… En effet, quand Mellick voulut revenir à l’assemblée, son suppléant rechigna à laisser la place. Tapie fut victime d'une banale querelle de pouvoir local !
Le suppléant s’arrangea, grâce à un membre de sa famille bien placé, pour faire circuler des photos amateurs de la manifestation en question dans les journaux parisiens, dont l’Equipe. J’ai encore en mémoire quelques coups de téléphone mystérieux autour de ces clichés, sur une rencontre avec les agents recrutés par la communauté du Béthunois, durant ces quatre derniers mois, dont, malheureusement pour Tapie, une revue avait gardé une trace ! La justice n'eut qu'à se servir !
Depuis, le suppléant est aux oubliettes, son "familier" occupe des fonctions importantes dans un grand quotidien, et Mellick (supporteur de DSK) est revenu triomphalement dans ses mandats antérieurs… Tapie ayant accumulé les casseroles, ne bouge plus guère, sauf pour récupérer son fric au Lyonnais.
Au fait, 13 ans après, l’O.M. a aussi péniblement gagné hier soir 1-0 ! ne cherchez pas; les Valenciennois n’étaient visiblement pas achetés, et même, on peut se demander si certains Marseillais ont véritablement joué à leur niveau ! Pour moi, c'est aussi suspect que la victoire des Girondins à Paris. Je plaisante... Enfin, je le crois !
Mais surtout je déblogue…